OC
CQ •
cr u H
ce
as m
X es C.00
Cd Û
ïd
Mustapha Pacha. — Ancien charbonnier, complètement illettré (d'après M. le commandant Rinn, ancien chef du bureau central des Affaires indigènes), il était sans l'ombre d'une qualité ; on le disait à moitié fou; il passait, en outre, pour très poltron. Il fut d'abord khaznadji sous son oncle, Hacen Pacha. Il ne voulait pas être dey et chercha à mettre à sa place l'agha des Arabes, l'oukil el-hardj ou le beit ci-mal. Ces derniers refusèrent et firent proclamer Mustapha ben Ali, plus souvent désigné sous le nom de Mustapha Pacha. Il régna huit ans, de 1212 à 1220 de l'hégire (1798-1803).
11 commença d'abord par dévaliser son oncle maternel, le khaznadji, et persécuta sa famille qui avait mis ses richesses à l'abri ; fit périr sous le bâton plusieurs de ses ennemis, et exigeait des cadeaux et de l'argent des consuls étrangers et des notables musulmans. 11 était l'ami de la France ; aussi le consul d3 cette nation, obéissant aux ordres de son gouvernement, sut résister à ses exigences ; mais le consul d'Angleterre le combla de présents, pour obtenir ses bonnes grâces en faveur de ses nationaux.
Pendant son règne, Buçnach, devenu trop arrogant, fut tué par un janissaire, et les juifs furent massacrés par les Maures, Kabyles, Biskris et Mozabites. Pour sauver sa tête, Mustapha dut s'incliner devant cette rébellion : en guise de pardon, il envoya son chapelet à l'assassin. Le corps de Busnach fut exposé à la porte Bab-Azzoun.
Chaque vendredi, le pacha apportait aux femmes de son harem, pour se parer, un gran4 coffre rempli de joyaux toujours nouveaux ; ils étaient en si grand nombre que beaucoup restaient sans emploi.
Le présent que Mustapha fit à la Porte, lors de son avènement, dépassa de beaucoup celui de ses deux prédécesseurs. Il s'éleva, dit-on, à près d'un million ; mais il faut dire qu'il lui coûta peu, puisqu'il provenait, en grande partie, des diamants et des objets précieux qu'il venait de recevoir lui-même, comme tributs ou comme cadeaux, des puissances européennes.
Pour se distraire, il se promenait un jour dans le Hamma (jardin d'Essai), lorsqu'un yoldach, dissimulé derrière un arbre, tira sur lui et le blessa. Ses soldats voulurent le venger séance tenante et massacrer l'assassin ; il s'y refusa et leur intima l'ordre de se retirer à la caserne des Qechaïria.
Moins heureux plus tard, il ne put échapper â une autre tentative. Le 30 août 1803, des soldats, excités contre lui par un de ses ennemis, Ahmed Khodja, un defterdar destitué qui voulait lui succéder, l'assaillirent ; et l'un d'eux, d'un coup de yatagan, le fît tomber à côté de la mosquée de Sidi Ouali Dada, près la Cathédrale actuelle, où il se rendait pour faire sa prière. On l'enterra d'abord au cimetière de Bab-Azzoun, puis â la mosquée de Sidi Abderrahman, où se trouve maintenant la sépulture de sa famille.
Ahmed Khodja s'empressa de s'emparer de treize coffres contenant le trésor de son prédécesseur. Ils renfermaient des pièces rares et curieuses, qui ont depuis disparu ; mais en cherchant, â la longue, on en retrouverait peut-être des traces dans les inventaires des anciennes archives musulmanes.
Mustapba était fort jaloux : il renfermait ses femmes et leurs esclaves dans la maison qui servait autrefois de Cour d'assises à Alger. Personne ne pouvait y pénétrer ou en sortir. Suivant l'un de ses descendants, les portes étant closes, c'est par les toits que le ravitaillement se faisait.
Bhaham. — Les princes turcs préféraient souvent, aux femmes indigènes, les femmes étrangères. Aussi, Mustapha Pacha avait en réserve, dans son palais, trois jeunes chrétiennes. L'une d'elles, de Tunis, plut à Braham, qui l'épousa. Elle adopta le nom musulman de Vamina.
. Il se rallia immédiatement aux Français et fit partie du premier pouvoir consultatif du pays, créé par le général de Bourmont avec des notables choisis parmi les Maures de la ville.
Prenant en mains la cause de ses coreligionnaires, Sidi Braham ben Mustapha n'hésita pas à sacrifier son repos et à épuiser ses ressources pour venir à Paris, en 1832, afin de protester, au nom de ses nationaux, contre une contribution destinée à former une réserve de 10.000 mesures de grains. H exposa que cet arrêté jetait la désolation dans Alger, vu la position critique de ses habitants. 11 protesta contre la désaffectation des mosquées, transformées en casernes, au mépris de la religion des indigènes et des engagements pris avec eux.
En même temps, il réclamait la restitution des palais et des maisons de la rue de l'État-Major, confisqués à son père par Ahmed Pacha, sous séquestre pendant le règne de Hussein Dey, considérés par le Domaine, à la conquête, comme biens du Beylik, et dont il avait en mains les titres de propriété.
Hanifa. — Fille de Braham Pacha, avait épousé d'abord son cousin Mustapha (4), fils d'Ahmed, et, après sa mort, elle se maria avec Ahmed Boukandoura, assesseur à la Cour d'appel et muphti hanafi de la mosquée de la Pêcherie ; le ménage marcha mal.
Mohammed, le frère et mandataire d'Hanifa, revendiqua pour elle une campagne achetée par Boukandoura avec les bijoux de sa sœur. Le procès fut gagné et la propriété mise au nom d'Hanifa. Le restant de ses bijoux lui fut remis. Boukandoura dut divorcer.
Khaddoudja. — Épousa Mustapha ben cl-Hadj Ahmed ben Mohammed (ce dernier, mort grand vizir en 1794), était le frère de Mustapha Pacha. Son mari mourut en 1859. Elle hérita de ses biens consistant en bijoux, meubles, immeubles, complètement disparus aujourd'hui.
On raconte qu'au moment où Ben Sisni était cadi à Alger, il y a environ cinquante ans, celui-ci vint chez le mari de Khaddoudja, lui demandant de lui prêter tous ses bijoux pour parer ses femmes, invitées à une noce arabe.
Le prince Mustapha Pacha lui remit alors : trois paires de menaguech variés, dont une paire montée sur argent ; une autre, très riche, montée sur le même
ok
métal, et une troisième avec émeraudes vertes, entourées de pierres et de diamants ; deux colliers de perles, de la grosseur d'une noisette, se fermant au moyen dune épingle surmontée d'une rose de diamants ; un autre collier, se composant de douze rangées de perles ; une assaba en argent, avec pierres très •fines ; une richa (plume) ; une broche ornée d'une inscription arabe : &\ S& U (ce que Dieu veut), en diamants ; trois ouarda, dont une en forme de jasmin (yasmina) ; deux souiyef en pierres fines ; quatorze khouatem (bagues), dont une ornée d'une émeraude entourée de diamants, et une autre à rubis rouge; deux paires de melazem (larges bracelets de perles) ; chaque bracelet contenait douze rangées de perles, se fermant par un bouton d'or surmouté d'un gros diamant; et beaucoup d'autres bijoux.
Au bout de six jours, un nommé Sebihi vint chez Mustapha le prévenir que. le cadi Ben Sisni venait d'être écroué, par suite d'un abus de confiance. Il avait disposé, non seulement des dépots d'argent qui appartenaient à des orphelins, mais des bijoux qu'il venait d'emprunter à Khaddoudja ; ceux-ci avaient été déposés en gage par Ben Sisni, chez un juif, Youda Moatti.
Le prince informa l'autorité judiciaire, en sollicitant un permis de communiquer avec le détenu, afin d'obtenir de lui les renseignements nécessaires pour revendiquer les parures.
Ben Sisni nia d'abord, mais finit ensuite par avouer qu'il avait disposé des bijoux. H reconnut qu'il en était débiteur et il ajouta qu'il pourrait probablement les rendre, si sa situation n'était pas aggravée par une plainte nouvelle. Vaines promesses, car le cadi mourut en prison, et le juif garda les bijoux.
Mohammed. — Né à Alger, il avait épousé trois femmes successivement.
Marié d'abord avec Fatma bent el-Maqatadji (chef de la comptabilité), il eut de cette union une fille, qui épousa le gouverneur de la Goulette (Tunisie).
La seconde fois, il se maria avec Fatma, la fille du bey de Constantine, Hadj Achmet. Elle avait des joyaux superbes qui furent vendus à la marquise Lavaggi, M. Boucicaut et autres.
Finalement, il épousa en troisièmes noces Hanifa bent Khelil Khodja, ancien oukil du bey de Constantine, propriétaire à THarrach, qui vit encore, pensionnée du Gouvernement.
Ses prodigalités et ses générosités excessives envers les pauvres de sa religion le ruinèrent. Comme sa famille n'avait pu reprendre ses propriétés, le Gouvernement dut lui faire une pension de dix mille francs, réduite plus tard à six mille, et lui accorder plusieurs fois de nombreux subsides.
Non seulement il avait gaspillé sa fortune, mais celle de ses frères ; et on rapporte qu'au moment où M. Cailly était directeur du Mont-de-Piété, des bijoux qu'ils lui avaient prêtés y étaient depuis longtemps déposés. Us sollicitèrent du Gouvernement un subside pour les dégager. On leur envoya trois mille francs, environ. C'était insuffisant, ils ne purent en retirer qu'une partie ; l'autre partie y resta et fut vendue.
Gros, grand, moustache noire, la figure sympathique, coiffé d'un turban gigantesque, Mohammed était Tune des figures les plus connues d'Alger. Il habita de longues années au n* 6, dans l'un des nombreux détours de la rue de la Révolution. Puis il vint au n* 4 de la rue Villegagnon, qui débouche dans la rue La berna r, dans une maison presque ebétive.
En 1885, des malfaiteurs s'introduisirent chez lui, enlevèrent ses habits, bardes, armes, pistolets à crosse enrichie de pierreries d'or et d'argent, un grand nombre de bijoux, bagues, bracelets, khelkhals, deux sabres : l'un en argent et l'autre en or, avec fourreaux garnis de pierres précieuses, qu'avait possédés son père. Jamais on ne put retrouver les voleurs.
11 mourut le 8 avril 188<>. Ses obsèques eurent lieu à la mosquée de la Marine, au milieu d'une grande aflluence, dit le Petit Algérien. Le chef de la maison militaire du Gouverneur et plusieurs notabilités européennes y assistaient.
Il fut enterré à la mosquée Sidi-Abderrahman, dans le cavfau de la famille Mustapha .
Il a laissé à Alger une veuve et deux filles qui vivent de la pension que leur sert le gouvernement.
Ali. — Connu plus tard sous le nom de Hadj Ali, spahi mercenaire sous le gouvernement français, mourut à Alger.
Zehor. — Se maria avec son cousin Mahmoud, mouderrés (professeur) (v. 19), chez qui elle mourut jeune.
(lo)
Aîcha. — C'est la princesse actuelle, issue de l'union de Khaddoudja avee l'arrière-cousin de Mustapha Pacba (6) ; tous les deux appartiennent à la même généalogie.
Aîcha, âgée d'une soixantaine d'années, vit à Saint-Eugène. Divorcée de Sidi Lekchal bon Allai Ould Sidi Mebarek, descendant d'un grand marabout enterré ft Coléa, elle n'a eu qu'un fils qui est mort laissant un enfant ; celui-ci est chez ses parents paternels, à Coléa. Elle touche une pension du Gouvernement, avec ses cousines maternelles, Yamina et Atiqa.
La princesse Aîcha ne possède que quelques bijoux sans grande importance et douze fils de perles de la grosseur d'un « pois chiche ». Puis une paire de menaguech avec pendant de perles de la même grosseur, à fermoir surmonté d'un gros diamant, quatre bagues en argent avec rose en diamant, une bague en or qaleb louza (forme amande) surmontée d'un gros diamant et entourée d'autres plus petits cadeaux offerts par l'impératrice Eugénie, un kheit errouh en argent surmonté de pierres précieuses, deux bracelets en or, une chéchia de sol tan i avec un papillon en diamant, un rèdif et une "paire d? mechebbek en or. *
Ncfissa. —Mariée avec Caïd Ahmed, gouverneur de la Goulette, habite Tunis. Deux fils, Mustapha et Mohammed, interprète.
Mahmoud. — Né en 1869. Ancien élève de la Médersa d'Alger, aujourd'hui moudcrrès à la mosquée Sidi-Rhamdane. Marié à Atiqa, fille de Mohammed.
(21) Mustapha. — Né en 1882. Étudiant à la Médersa.
Peu à peu les bijoux de cette famille Mustapha furent vendus a l'orfèvre Dauvergne. Mais ce fut la maison Dorez qui acheta les plus belles pièces et les revendit après en avoir conservé le souvenir dans ses albums de dessins, où nous les avons retrouvés.
A citer surtout appartenant à la princesse Fatma, fille d'Achmet Bey et femme de Mohammed :
Un flacon pour le kohl en or massif enrichi de pierreries. Cet objet fabriqué au xvnie siècle fut acquis par M. Boucicaut pour la somme de 32.000 francs.
Un collier arabe en or, datant de la même époque, garni de perles, de rubis, d'émeraudes avec des lambrequins de pierres précieuses portant des perles aux extrémités. Acquis par la marquise Lavaggi .
Un assaba. Travail arabe superbe exécuté au commencement du xvnie siècle. Le sommet de ce diadème était couronné par un croissant auquel pendaient des chaînettes. Le corps de l'assaba était rigide et prenait la forme de la tête comme une couronne. Des rubis et des émeraudes complétaient l'ornementation et formaient une étoile à 6 branches. Enfin, à la partie inférieure, étaient attachées des pendeloques en perles fines mais baroques, . reliées entre elles par des chaînettes. Ce diadème fut vendu 5.000 francs à un Anglais.
Un narghilé en argent, garni de perles fines et incrusté d'or.
Un collier en perles fines qui fut acheté par la maréchale de Mac-Mahon.
Deux poires en brillants, achetées 80.000 francs par un juif italien venu exprès de Livourne, furent revendues à Rome 100.000 francs.
Dispersion bijoux Mustapha .
Familles
disparues ou
émigrèes.
Une montre et une chaîne garnies de brillants avec une châtelaine dont la riche monture enchâssait de belles roses de Hollande. Ce lot fut vendu 6.500 francs à un Anglais.
Les Mustapha -Pacha avaient encore d'autres bijoux, nous ne savons où ils sont allés, notamment : — des Mqafel' montées sur argent et or, enrichies de pierres précieuses représentant un lézard dont la queue était formée de grosses perles ; — un collier composé d'un rang de grosses perles fines irrégulières auquel s'accrochaient trois guirlandes de perles encadrant trois plaques rondes en or dont une grande et deux petites garnies de perles avec des pendeloques de même nature; — enfin une mekahla, petite urne élégante avec deux anses rappelant celles des amphores et venant rejoindre le col ciselé élégamment.*
Voici maintenant les noms de quelques familles de Maures exilées ou disparues depuis la conquête. Nous ne pouvons les citer toutes ; cette nomenclature serait trop longue. Il nous suffit d'ouvrir la voie à des recherches plus complètes et de nature à faire l'objet d'une publication spéciale :
Yahia Agha, dont il à été déjà question dans cet ouvrage.
Ancien ministre de la guerre pendant douze ans, il possédait une grande expérience militaire. Hussein eut la malheureuse idée de le destituer et de le faire étrangler à Blida ; il lui eût probablement épargné les défaites lamentables de Staouéli s'il l'avait conservé dans ses fonctions. L'incapacité de son gendre Ibrahim, qui le remplaça, fut la cause de la chute rapide de la Régence, comme nous l'avons déjà dit ; son petit-fils Yahia Agha aimait beaucoup les bijoux, il en fit faire de fort beaux. Une vente publique dispersa tous ses joyaux.
Mustapha ben Omar, cousin, par la fille de la sœur de son père, de Hassan Pacha. Fils de l'ancien cheikh el-belad de la ville nommé bey de Titteri pour remplacer Mustapha bou Mezrag à Médéa révoqué de la mission que le général de Bourmont lui avait confiée.
Ben Guelatti, originaire des Beni-Guelatti, de la Kabyliç. Ali, l'un d'eux, fut Kateb esserr (écrivain du secret) du ministre des affaires étrangères, puis muphti de la grande mosquée. Son petit-fils fut officier de tirailleurs.
Sidi Mustapha ben Kebabti, descendant des Maures de Grenade, venu en Algérie avec de véritables richesses, propriétaire de Dar
el-Kcbabti démolie lors de la construction du Palais Consulaire. Cadi maleki de l'odjac, il avait été aussi le dernier des ministres des affaires étrangères (el-ownour el-kharidjia). Il avait combattu à Sidi- Ferruch. Rallié aux Français, il fut nommé muphti remplaçant Sidi ben Guellati. Nommé administrateur des biens habous, il refusa son concours pour leur expropriation et partit pour l'exil. Il fut ensuite grand muphti au Caire où une rue porte son nom.
Sidi Allal, agha de Coléa, marabout, cousin de Mahi Eddine, nommé par le général Berthezène. Il prit la fuite lors de l'affaire des laines. Il avait pour lieutenant Hamido, beau-frère de Hamdan ben Othman Khodja. Accusé de haute trahison, ce dernier mourut de frayeur à l'hôpital .
Ahmed ben Abdelatif, descendant des premiers conquérants arabes de l'Afrique, membre de la municipalité provisoire d'Alger. Il possédait sa généalogie depuis 800 ans.
Zaouï Mustapha el-Sajjy, trésorier du kasnadji, et Mohamed Oulid Ibrahim Raïs, deux des sept membres du premier Conseil municipal, qui, leurs conseils n'étarft pas écoutés, donnèrent leur démission et s'expatrièrent.
Ben Smirly, caissier du premier ministre.
Mais l'exil ou la mort n'ont pas fait disparaître toutes les vieilles Anciennes familles algéroises des premiers temps de la conquête. Il en resta familles beaucoup à Alger, où elles firent souche. Il faut mentionner parmi elles :
Oulid el-Caïd Ali, colonel du dey, dont une campagne de l'Arba porte toujours le nom : Haouch Caïd Ali.
Ali Chérif, famille descendant de Mahomet par sa fille Fatmfc Zohra ; originaire de Cordoue, issue d'un marabout célèbre dont le souvenir est perpétué par une inscription à la porte de la mosquée Sidi M'hammed Chérif, à l'extrémité de la rue des Palmiers.
Elle est représentée aujourd'hui par deux frères : Sid Hadj Kaddour Chérif, ancien cadi et membre du medjelès consultatif, chevalier de la Légion d'honneur, et Ali Chérif, ancien capitaine de spahis, conseiller général, délégué au Conseil supérieur, officier de la Légion d'honneur, jadis prisonnier de l'émir Abd-el-Kader lors de la prise de sa smala. Cette famille a reçu le nom patronymique de
restées en Algérie
Zehar et n'a aucun lien de parenté avec les Ben Ali Chérif de la Kabylie, qui résident à Akbou, famille chérifienne et maraboutique qui est fort riche et qui possède surtout des plantations d'oliviers considérables.
Ben Mararet, Hadj Hassan et Mustapha, deux grands négociants de la Porte de la Mer (Bab el-Behar), trafiquant avec toute l'Europe. L'un d'eux alla aux Indes. Ils avaient été chargés par le dey de la construction, à Livourne, d'un chebek qui arriva après la conquête et donna lieu à des réclamations. Mustapha fut membre de la première municipalité, et l'un de ses petits-fils, Mahmoud, est conseiller municipal et membre de la Chambre de commerce d'Alger.
Sid Hassen ren Brihmat, ancien directeur de la Médersa, célèbre par son luxe mauresque et artistique. Famille représentée aujourd'hui par les deux fils d'Hassen : Ahmed, ancien interprète militaire, et Omar, professeur à la Médersa.
Sid Lamalli, muphti. Son fils est professeur à la Médersa.
Ben Smaïa, descendant du secrétaire particulier de l'un des derniers deys. Les petits-fils de sa fille ont repris son nom. Aujourd'hui, ils sont de riches marchands de tabacs.
Peut-être conviendrait-il de. citer, à côté des représentants des grandes familles indigènes, le général Yocsouf (1), bien qu'il soit probablement originaire de l'île d'Elbe ; mais il débuta enfant à la cour du bey de Tunis et resta longtemps plus Arabe qu'Européen par son éducation et par ses goûts. Sa vie n'est, au début, qu'un roman sur lequel les historiens ne sont pas d'accord. Quoi qu'il en soit, il est bien établi qu'il fut arrêté à Tunis pour avoir séduit la fille du bey. Condamné à l'exil d'abord, à la mort ensuite, il s'échappa, grâce à M. Ferdinand de Lesseps, sur le brick français l'Adonis, mais dut abandonner, au moment de sa fuite, un riche coffret de diamants. En débarquant à Sidi-Ferruch, au moment même, de l'expédition française, il ne possédait pour toute fortune que ce qu'il avait sur lui : des armes magnifiques, deux brassards et l'agrafe de son ceinturon, tous ces objets garnis et enrichis de diamants. Accueilli par le général de Bourmont, il fit preuve de courage et d'intelligence. Attaché à l'armée, il fit partie de l'expédition de Blida, fut khalifa de l'agha Bourkaïb, enrôla une troupe de cavaliers indi-
(1) Il signait Yusuf et on prononce Yousouf.
GRANDES FAMILLES Et GÈUNDâ CHEFS 353
gènes et tint en respect les Arabes de la plaine de la Mitidja. Il vendit à cette époque, par Ben Aïssa, neveu du banquier juif Bakri, toutes ses armes pour la somme de 30,000 francs afin d'entretenir ses mameluks dans une petite campagne de Birkhadem où il logeait. Il fut nommé, à titre provisoire, capitaine au 1er régiment de chasseurs d'Afrique, s'empara de Bône et battit Abd-el-Kader à Tlemcen. Nommé colonel de spahis, il mourut en France en 1866.
Renégat, Yousouf, le 1er mars 1844, à Saint-Thomas-d'Aquin, avait épousé Mlle Weyer (parente de la comtesse Guilleminot) dont le père, son ami, maréchal des logis de spahis, devint plus tard trésorierpayeur général. Sa veuve vit encore et habite une taagnïfique propriété sur les coteaux de Mustapha où elle a conservé les armes merveilleuses que possédait son mari : des éperons damasquinés d'or, une selle merveilleusement brodée d'or, des flissas kabyles d'un travail prodigieux et des fusils à pierre avec incrustations de corail et ornements d'argent. Ce sont aujourd'hui encore les plus belles panoplies que l'on connaisse à Alger.
A côté de ces familles qui ont conservé longtemps leur rang, que de Grandeur désastres ou d'abaissements de situation pour bien d'autres ! Les unes et décadence* ont été ruinées par les expropriations. D'autres avaient vendu leur propriété à rente viagère. Le capital leur en fut payé plus tard. Elles ne surent pas placer ces remboursements, laissèrent ces fonds sans emploi et virent s'épuiser peu à peu leur fortune improductive.
Oubliés ou de condition bien modeste aujourd'hui, les petits-fils des Ben El-Annabi, Ben Ouaniche, Ben El-Djiar (l'aminé des chaufourniers), des Ben Negro, lieutenant de Sidi Allal, et des Ben Haffaf, les anciens muphtis. Les descendants des deux frères Ali et Ahmed Ben Haffiz, riches propriétaires à Aïn-Cahdra, sont aujourd'hui simples cultivateurs sur leurs propres terres, après avoir donné des cadis et un général à l'armée turque.
Et combien encore, ayant glissé peu à peu sur la pente de la décadence, exercent aujourd'hui des métiers vulgaires. Disparus avec leur ancienne splendeur, les belles campagnes, les harnachements superbes et les armes magnifiques ! Les beaux bijoux d'antan, souvent enfouis pendant la révolte d' Abd-el-Kader, sont allés se fondre plus tard, en des jours de détresse, dans les creusets des orfèvres
israélites !
Bac hag fias.
aghas
et cheiks.