PROVINCE D'ALGER
A Biskra, le cadi frère de Tagha des Zibans, Ben Gana, descendant des Oulad-Ben-Gana, parent de Hadji Ahmed, bey de Constantine, nous a reçu, entouré de ses deux fils, Mohammed et Ahmeida, et de ses deux neveux, Bouaziz et EI-Hadj, et nous a montré les bijoux de tous les siens :
Un diadème (assaba) superbe avec des plaques couvertes de roses, des encadrements, des rubis et des pendeloques (zraref) formés de rubis et d'émeraudes.
Reliées par une qtina, deux superbes bzaïm montées à jour avec des branchages sertissant des roses, des émeraudes, des saphirs. Au verso, des fleurs gravées.
Deux magnifiques ounaïce (meqafel) enrichies de pierres précieuses formant une sorte de lyre très allongée.
Une paire de bracelets meqaU gherbi (façon de l'Ouest), ayant aux extrémités quatre boules carrées avec des soleils sur le bandeau.
Deux dah, bracelets d'or plané couverts d'émail, de filigrane, de rubis et d'émeraudes en cabochons.
Un petit bracelet (meqals), pas très large, presque uni, avec un trait au centre, d'un goût très pur.
Deux m'charref en or, avec des triangles en or inscrits dans le cercle et des perles sur ces triangles. Pour les fermer, des perles et des boucles de filigrane. .
Une paire de grandes boucles d'oreilles appelées zin-el-khadd (beauté de la joue), ornées de pendeloques, de perles et de roses ; sur le cercle, trois massifs de six roses avec trois pendeloques et des perles baroques.
Une paire de chenchena en or, larges boucles d'oreilles garnies de roses et de perles. D'un côté, un gland de perles avec des soltani aux extrémités, de l'autre des chaînes et des crochets.
Deux bzaïm ou khelaïl (on sait que dans le Sud-Algérien l'épingle dite bezima s'appelle quelquefois khelala). Très anciennes, ajourées et ornées, d'un côté, de kuoksa. roses et au revers de rubans et de fleurs (Boocie <roreiiie de niskra.) gravées.
De superbes khorsa très anciennes et des meqafel gigantesques avec, aux extrémités, des boules de corail et des boutons de filigrane d'or. Dans le cercle, des perles fines enfilées.
Deux4 khrass nab tounès ornées de trois gerbes de roses avec pendeloques de perles baroques.
A douze kilomètres de Bou-Saâda se trouve le village d'El-Hamel El-Hamel. qui doit son nom à la légende du bâton d'un derviche fiché en terre Lalia 2i"eb. près d'une source, bientôt couvert de feuilles et transformé en figuier.
Le marabout Mohammed ben Belkacem, investi de la baraka du cheïk El-Mokhtar ben Kalifa des Ouled Djellad sud de Biskra, y fonda pour la seconde fois une zaouïa en 1862. Sa réputation de thaumaturge se développa vite. Ses moqaddim étendirent son influence religieuse jusqu'en Tunisie, d'après le savant ouvrage des Confréries musulmanes de MM. Octave Depont et Xavier Coppolani, à qui nous empruntons ces détails.
Il mourut, en 1895, âgé de soixante-dix-huit ans, près de Boghar, laissant sa succession à sa fille Lalla Zineb.
Cheik
Mohammed
ben Kacem,
marabout
d'El-Hamel.
La nouvelle merabeta est en grande odeur de sainteté dans tout l'Islam algérien. Elle a hérité des vertus et du prestige de son père. Sa bienfaisance est inépuisable envers les pauvres et les nécessiteux de la ville ou de passage. Aussi, de partout, les dons affluent dans son hospitalière demeure et parmi ces offrandes figurent un grand nombre de bijoux qu'elle montre volontiers aux voyageurs qui viennent lui présenter leurs hommages.
Deux fidèles serviteurs les apportent alors sur deux larges plateaux creux de couscouss en bois. Sur l'un s'amoncellent les parures d'or, sur l'autre s'entassent celles d'argent.
Il y en a de fort belles. Nous avons conservé le souvenir de plusieurs pièces remarquables :
Une Dargha ou Dragh, chaîne composée de deux bzaïm en argent à jour, incrustées de pfécièuses émeraudes et rubis, réunies par une selsela d'or à laquelle est accrochée unc/nerveilleuse boîte à talisman, Dargha, qui donne son nom à la parure.
Un Qteb en or formé de deux bzaïm ovales avec une grande chaîne d'or en plaquettes déchiquetées et retenues par des charnières (travail de Chellala, rappelant les ornements des ceintures d'orfèvrerie du xiv°sièclc), qui s'y attache des deux côtés. Une grande boîte à talismans, plate et carrée, à jour, incrustée de pierres, pend à l'extrémité de la chaîne. C'est même cette boîte qui nous paraît donner le nom à la parure.
Des mnaqcche, boucles d'oreilles percées en or, très grandes, à pendeloques de perles fines, rappelant le travail tunisien.
Enfin, un djebine, diadème à deux rangs, composé de plaques d'or découpées et incrustées de pierreries magnifiques.
Si Mohammed ben Hadj M'hammed, marabout, neveu du cheik Mohammed ben Belkacem, cousin et rival de la merabeta Zineb, demeure près d'elle à EI-Hamel et a hérité d'une partie de la succession spirituelle de son oncle ; il possède aussi quelques pièces intéressantes.
Les plus belles sont un superbe djebine incrusté d'émeraudes et un (jteb en or, d'un travail remarquable. Les autres bijoux plus ordinaires sont ceux portés dans la contrée: meharef, bzaïm, mqaïs, mnaqcche, khelakhel, medaouar et khouatème.
Msila.
Boudiaf
A Msila, le caïd Mohammed ben Henni Boudiaf, commandeur de la Légion d'honneur, nous a présenté ses trois femmes portant de
beaux djebine ornés de pierreries ; mais leur parure favorite paraît être la taqlida avec une enfilade d'hassek et portant aux extrémités des qofla de filigrane.
L'une des femmes avait eu l'idée originale et heureuse de faire pendre à ce bijou des perles baroques, du corail et un gland de soie du plus précieux effet.
La seconde avait accroché des sequins et des boules de corail à sa teklila. Ces boucles d'oreilles retenues derrière la tête par des chaînettes et des agrafes encadraient la figure, et produisaient un effet fort gracieux.
La troisième avait orné la sienne d'une autre façon et mis en pendeloque un trophée d'écheveaux d'ambre, de corail et de perles fines.
Les autres bijoux étaient très ordinaires, des mqaU ajourés, des dah à pointes, des boucles d'oreilles à triangles avec des perles fines sur les pointes et passées dans le lobe inférieur de l'oreille.
ben Henni Mohammed
A Miliana, les familles Hadj Hammou, cadi, et Bouzar détiennent de leurs ancêtres de beaux khelkhel en or, des mcchebbek ajourés, des mnaqeche avec des diamants, des colliers de sultanes de Mahmoud, des cherka d'ambTe, des assaba et des khell-errouh ornés de roses et des armes de luxe dans des étuis de velours brodés d'or.
Miliana.
Hadj
Hammou et
Bouzar.
A Tlemcen quelques familles arabes de vieilles souches ont encore des bijoux très beaux qui passent de génération en génération.
Si Choaïb ben Abdallah, cadi de Tlemcen, qui a reçu le nom d'ABOU-BEKR, possède:
Une paire d'anneaux de cheville (redaïf) en argent émaillé et niellé façon du Maroc. D'une forme originale, ils se composent d'un large plané aux extrémités terminées en plein cintre et fermées par une goupille retenue par une chaînette. Sur le corps divisé en compartiments, des émaux bleus, verts et jaunes. Sur les pleins cintres des niellés et un encadrement de têtes de clous ronds et en argent. Ces redaïf dateraient d'une vingtaine d'années.
Une paire de bracelets (dah) planés d'or avec bordure. Corps divisé
par des pilastres formés d'une tête de lion. Compartiments avec des
motifs émaillés de diverses couleurs et enrichis de pierres précieuses.
L'origine de ces bracelets est discutable : Tunisie, Maroc ou
Tlemcen? Sont-ils une copie des anciens modèles hispano-mau-
Tlemcen.
Si Choaïb
ben Abdallah.
358 L'ORFÈVRERIE ALGÉRIENNE ET Tl'NISIENNE
resques? Les orfèvres du pays présument que ces bijoux datent de 150 à 200 ans. Leur propriétaire croit qu'ils sont d'une époque moins ancienne.
L'ne paire de bracelets creux et en ronde, bosse appelés dah-el-menfoukh , faits avec deux minces planés d'or. Plats à l'intérieur, bombés à l'extérieur. Celle partie a été obtenue par l'emboutissage. Sur le corps, des appliques en losange ornées de graines et de cercles en filigrane. Travail marocain probablement exécute dans la région. Datent d'une quarantaine d'années.
Deux bracelets dits souar day-el-hammas (pois chiches). Torsades en bordure et sur le corps des lentilles aplaties au marteau. Passent pour avoir un demi-siècle, mais ce modèle s'est conservé jusqu'à nos jours.
l'ne paire de grands pendants en or dits khona nab tonnes ou sennat el-atn (dents de l'œil). Bijou décoratif et d'une silhouette très gracieuse . Assemblage de diverses pièces : d'abord un plané hémisphérique émaillé où sont enchâssés des rubis et des cmeraudes portant trois boules sphériques (liaxsek) entaillées et soudées sur une barrette où s'accrochent trois écheveaux de perles Gncs. Chacun d'eux est retenu dans trois autres boules plus grosses, fixées, à leur tour, par de petits anneaux dans une autre barrette. Trois petites boules traversées par des fils de soie complètent cet ensemble. Ces pendants, trop lourds pour être même passés autour du lobe de l'oreille, se portent de chaque côté de la joue, à l'aide de chaînettes et d'agrafes qui s'attachent dans les cheveux. Bijoux datant d'une trentaine d'années. Ces khorsa nub tounès sont l'apanage seulement des femmes riches. Us coûtent fort cher, suivant la grosseur des perles.
Deux bztiïm triangulaires et ajourées en or avec, au centre, en saillie, un bouton hémisphérique. Datent de 25 ans seulement, mais le modèle est ancien.
L'ne longue chaîne (selselu) en maillons algérois aplatis au marteau. A son extrémité une boîte à musc en forme d'amande (messka). Sur ta face, des arabesques découpées à jour, des diamants et encadrements de perles fines. Attachées à la cassolette, sept pendeloques de
perles fines de grosseurs graduées. Ce bijou en deux parties s'appelle ambra messka ou selscla, prenant ou le nom de la chaîne ou celui do la cassolette.
Membre d'une famille très riche Ben Alla.
du pays, Bel Alia ben Hadj D.ielloul, commandeur de la Légion d'honneur, possède deux bzaïm ayant la forme d'un oméga majuscule {n), portant au centre un clou hispano-mauresque.
Sala Bou Ali, descendant d'une très vieille famille, nous lit voir deux dah en or d'un travail d'émail cloisonné d'une remarquable finesse ; dans des divisions à tiges, des compartiments portant au centre un clou d'or et des émaux bleus, verts et blancs, placés dans des cloisons formant des cœurs , des trèfles, des amandes ou des rinceaux. En arabe
cette ornementation s'appelle nouar __^!f
(fleurs) et lambria (clous). 1MllipMI TOCJIta
Ces objets n'étaient pas de vieille 10r et penei.)
fabrication. Ils procédaient de modèles de Mokenine (Tunisie). Les orfèvres de Tlemcen prétendent qu'ils ne les font pas,- mais qu'ils pourraient les faire à raison de cinq francs le gramme.
Le petit-fils du khalifa du bey de Tlemcen, Sini Laribi Boursali, Si Laribi possède de beaux bijoux ; mais il n'a pu nous montrer qu'une paire Boursali. de boucles d'oreilles (ounaïce) genre de Tunis.
GRANDS CHEt'S DES AUTRES REGIONS
Il serait intéressant de dresser un inventaire complet de toutes ces richesses artistiques. Mais nous ne saurions, dans cet ouvrage, nous attarder plus longtemps sur ce sujet. Nous nous bornerons maintenant à mentionner rapidement par province, d'après des
3fiO LORFÊVHEnlE ALGERIENNE ET TLN1SIENNE
renseignements dignes de foi, les grands chefs qui possèdent on ont possédé de belles pièces relativement anciennes.
PROVINCE D'USER
Uen Larri Toumi ben Ahmed, Agha honoraire de Bogharî.
Olli) Sun Henni, Cadi d'Orléans ville.
Mahi Ahmed ben Djelloul.
Boichnafa Abd-el-Kader, de Djidjelli.
L'agha Lakhuar des Larbda.
Si Mohammed ben Belkassem, agha des Oulad-Naïl.
Chéhif ben Belkassem, caïd des Abbassi de Djelfa.
Si El-Hadj ben Yamina, caïd des environs d'Orléansville.
L'agha Abd-el-Kader ben Amar, ancien capitaine de spahis, mort tout récemment à Médéa.
L'agha Boi; Alem ben Cherifa.
Longtemps les promeneurs purent remarquer, exposé dans la vitrine d'un marchand d'antiquités de la rue Bab-Azzouo, à Alger, un magnifique yalagan ayant appartenu à l'agha Bou Alem ben Chérifa, de Djcndel, près de Miliann, Son nom était brodé en lettres d'or sur le velours de la gaine. Nous parlerons plus loin de la vente importante qui eut lieu après sa mort.
La grande famille des Guobhim, de Cherchell, qui resta longlemps à la tète de l'aghalik des Zatima, et dont on voulut imposer un membre à la tribu des lieni- Mnaceur en 1871, avait un grand luxe et de nombreux bijoux. Mais les descendants sont tombés dans la gène. Ils ont dû vendre
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ei «n pktrerics : successivement tous les meubles et immeu-
• Ce <|n« Vlta veut ».)
blés que leur avait laissés leur pore. Ils sont aujourd'hui dans l'indigence,
Hadj IIraiiim, (IfiMiliana, ancien adjoint indigène, possède de beaux joyaux et surtout quelques armes anciennes avec garniture d'argent.
Ben Zamoun, chef influent de la tribu des Fliscet Oumalli. II protesta en 1830 contre la confiscation des propriétés du dey, des
beys, des Turcs et des biens de la Mecque et de Médine. Il avait, dit-on, des armes superbes.
PROVINCE D'ORAN
Ould Qadi*, agha honoraire des environs de Frenda.
Ould Si Hamza, agha des Oulad Sidi Cheik, descendant du chef qui périt dans l'insurrection de 1864.
On rapporte que lors du mariage de ce dernier avec la fille d'un commandant en retraite, aujourd'hui chef de gare à Ménerville, son oncle Si Eddine, de Géry ville, qui a droit au burnous vert des nobles musulmans, monta sur un cheval merveilleux, richement caparaçonné et dont les pieds étaient ferrés d'argent. II alla ainsi à la rencontre des hauts fonctionnaires d'Oran qui étaient venus assister à cette noce pompeuse.
L'agha des Beni-Snous, Ben Rahal, de Nédroma.
Si Ahmed, fils du khalifa Si Laribi, bachadel de Relizane.
El Hadj El-Habib Ould Mebkhout, de Méchcria, au pied du Djebel Antar ; on prétend qu'il voyagea toujours avec dix-huit mulets chargés de ses richesses.
Ben Lafgoun, conseiller général et adjoint indigène de Constantine.
Ben Bach Tarzi, dont la femme, Daïkha bent Hassan, appartenant à une grande famille de beys, possède des bijoux merveilleux.
Si Ahmed Ben Chenouf, parent d'Ali Bey, descendant du calife Haroun el-Raschid ; il est agha des tribus du Zab-Chergui, comprenant les Oulad ben Rafa, Oulad Farès, Oulad Amens, Oulad ben Khédidja, Zoubet Ahmed, Zerbé Bellone, Badès, Liana el-Ksar, Il a conservé, nous a-t-il dit, tous les bijoux de sa famille, la plus ancienne de l'Algérie avec celle des Mokrani de la Medjana.
Hadj Smaïn ben Chérif, de Constantine, a beaucoup de parures anciennes d'une forme rare.