DÉCORATIONS DES OFFICIERS I)'ABD-EL-KADER
Les décorations que l'émir Abd-el-Kader donnait à ses réguliers, chefs ou soldats, pour récompenser des actions d'éclat, étaient de véritables bijoux, très dignes de figurer au présent chapitre. >
Cette récompense consistait en une plaque d'or ou d'argent ; elle se portait sur la tête, où elle était maintenue à l'aide d'un crochet qui entrait dans la corde servant à attacher le haïk.
Les mots ^oJl^o'J nmser ed-din (protecteur de la religion) occupaient le milieu de la plaque et se retrouvaient au dos du doigt du milieu.
D'après le règlement militaire, la chia mohammadia (décoration mahométane) était accordée à tout brave qui s'était distingué par un haut fait militaire, pendant un combat : en sauvant son coreligionnaire ; en attaquant l'ennemi avant les autres ; en le repoussant, ou enfin en accomplissant un service quelconque méritant l'estime et l'honorabilité dues par le Commandeur des croyants. Celui-ci la lui accrochait de sa propre main "et au son du tambour, s'il était présent.
Lorsque le soldat se trouvait loin du sultan et près d'un de ses lieutenants, celui-ci signalait son action d'éclat par un rapport à l'émir, qui ordonnait la remise de ces insignes.
Abd-el-Kader accorda même parfois cette distinction à des fonctionnaires étrangers à l'armée, pour de grands services administratifs rendus ou la bonne gestion des deniers publics.
Tout Musulman libre, fût-il nègre, pouvait y prétendre.
Elle donnait à son titulaire des prérogatives et lui assurait certains égards de la part de ses chefs. Grâce à elle, et jusqu'au grade de kebir es-so/f (chef de rang) inclusivement, l'officier pouvait entrer librement chez tous ses supérieurs, et même chez l'émir.
Les décorations des officiers correspondaient à leur titre, d'après M. Alex. Bellemare. 11 les classe ainsi dans son livre Abd-el-Kader, sa vie politique et militaire :
Pour l'agha en chef de la cavalerie ou de l'infanterie, ces insignes se composaient d'une plaque en or, avec huit doigts de même métal ; — avec sept doigts également en or, pour l'agha ordinaire ; — avec six doigts seulement, pour le chef de mille hommes.
Pour les officiers supérieurs {siyafs), la plaque était en argent, et, sur cinq doigts, trois étaient en or et deux en argent ; — pour le
DÉCORATION CRÈfK PAR ABD-EL-KADER.
(D'après un dessin de M. Emile Bigonnet.)
khodja de cent hommes, la plaque était aussi en argent, avec deux doigts en or et trois en argent ; — enfin, pour le chef de rang (kebir es-soff), la plaque était en argent, avec deux doigts en or et deux en argent ; — celle du lieutenant (kahia) était en argent, et, des trois doigts, un seul était en or et les deux autres en argent.
Abd-el-Kader avait attaché une haute paie au port de ces insignes.
Chaque doigt valait une augmentation de solde d'un douro (5 francs)
par an.
Sabre d'Abd- Avant de quitter Abd-el-Kader, il convient enfin de citer un sabre
el-Kader. magnifique que l'empereur Napoléon lui offrit, et qui n'avait pas
coûté moins de 15.000 francs. La lame était une merveille d'exécution, sortie des mains des Beni-Abbès, tribu kabyle dont le renom, pour la fabrication des armes, rayonnait dans les deux départements d'Alger et de Constantine. La poignée était couverte de pierreries ; le fourreau portait gravée l'inscription suivante : « Le sultan Napoléon III à l'émir Abd-el-Kader ben Mahieddine, décembre 1852 ».
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