DUPERRÉ
Duperré, situé à une trentaine de kilomètres de Miliana, est un centre de fabrication sans importance. On y voit de nos jours deux orfèvres :
Mardochée Schiche. Il a pour poinçon ses initiales M S et fabrique une chaîne d'une forme spéciale, dont les maillons sont contournés en forme de doubles agrafes.
Barok Tordjman; BT; symbole, une toupie.
Laghouat
Dans celte riche oasis, première étape de la route de Tombouctou, la fabrication est très active. On y compte treize ateliers, dont un indigène et douze israélites. Aucun d'eux ne connaissait les règlements de la Garantie avant la dernière tournée du Contrôleur d'Alger.
»■ M. de Cazeneuve, dans son rap-
„.<u, ,«. m». port dfi novembre J898, exposa
qu'ils ignoraient tous alors les premiers éléments des règles des alliages. Ils travaillaient au hasard, guides seulement par l'amour du lucre. Les essais faits sur l'or et sur l'argent dont ils se servaient ont donné pour le premier un écart de
(Bracelel m
900 à 300 millièmes. Pour leur défense, ils objectaient la grande distance qui les sépare du Contrôle, le prix élevé des transports garantis pour les matières précieuses et le long délai nécessaire au retour de leurs envois. Il faut reconnaître que ces objections étaient en partie fondées pour les orfèvres qui travaillaient sous la tente, au milieu des douars.
Comment agir, du reste? La loi exige la présence, dans ces cercles militaires, de deux fonctionnaires : le maire ou le commissaire de police, puis un.procès^verbal rédigé sur place, le dépôt fait au greffe des ouvrages ou des faux poinçons saisis. Depuis, on a dû publier à son de caisse, les jours de marché, les règlements de la Garantie. Une circulaire a été envoyée à tous les cadis pour les inviter à surveiller les manœuvres délictueuses des bijoutiers ambulants, mais ces moyens paraissent insuffisants. L'installation d'un bureau auxiliaire à Laghouat serait utile.
Voici les noms des orfèvres de Laghouat qui ont fait insculper
leurs poinçons, le 21 novembre 1898 :
Brahim ben Naoc ; B ; b arabe s~>.
Lalou ben Aaron Zeria ; L ; / arabe J. . >
Chemoul ben Messin ; M ; ç arabe jo.
Youcef ben Abraham Toïoutou ; T ; ta arabe C->.
Judas ben Youcef ; Y ; i arabe v£.
Jacob ben Brahim ; B ; / arabe J.
Jacob ben Amanfa ; A ; 2 arabe T.
Youssef ben Isaac Sellou ; S ; sin arabe ^.
Luc, Michel ; L ; f arabe w?.
Maklouf ben Lalou Zerm ; Z ; dj arabe T.
Eliaou ben Brahim ben Laim ; B ; q arabe J>.
Lalou ben Judas Zeno : Z ; z arabe ;.
Daoud ben Aaron ; A ; d arabe -X
On peut ajouter à cette liste 1rs noms de deux autres orfèvres en faux : Bchi ben Kazoula, Nessim ben Bourak.
Médéa
Le 24 février 1844, Mohammed el-Hanichi fut nommé aminé à Médéa, puis révoqué. Khelil Koudakdjé le remplaça provisoirement
et, le 18 juin 1851, un Français, M. Ducorbier, fut installé définitivement.
Les aminés ayant disparu en 1857, le contrôle des bijoux occasionna des retards aux orfèvres éloignés de la capitale. Aussi-, en 1860, les fabricants de Médéa, pour éviter des déplacements onéreux, demandèrent rétablissement dans leur ville d'un Contrôle de. garantie et proposèrent pour cet emploi le dernier aminé, M. Demolens. L'évaluation des droits de garantie à percevoir était de 2.500 francs et les frais devaient s'élever à 1.000 francs par an. Ceux de premier établissement étaient de 400 francs. La question mise à l'étude par l'Administration supérieure ne reçut jamais de solution.
Les Arabes vendent aux orfèvres juifs de vieux bijoux d'argent qu'on appelle de la mitraille. Ce vieil argent, qui représente la moitié du poids des ouvrages nouveaux, est payé par les juifs 2 fr. 50 l'oukia ou les 30 grammes.
Depuis 1866, les orfèvres de Médéa ont fait insculper leurs poinçons comme suit :
Le 5 mai 1866 :
Chloumou Aïeche ; CA; un arrosoir d'appartement.
Aïem Lebahah; A L ; une lance.
Chmoïl Smirlou ; C S ; deux souliers arabes séparés par un croissant surmonté d'un point.
David Darmon ; D D ; un dromadaire.
Le 27 juillet 1866, deux autres orfèvres :
Braham Anselm ; B A;#symbole, Allah ; et Braham Darmon ; B D ; un damier.
Le 5 mars 1870, Fraïm Chouraki ; FC ; un canard sur pattes.
Le 29 janvier 1875, Liaou Portouch ; LP; une pipe de forme ordinaire.
Sept bijoutiers exercent aujourd'hui :
Clmloum ben Fredj ; C F ; deux flèches croisées. Aïzer Darmon ; D A ; un vilebrequin.
Isaac ben Fredj ; I F ; un coq.
Sportich, Abraham ; S A ; une orange.
Cherki, Messaoud.
Darmon, Salomon. Moïse Alacou.
MlLIANA
Bâtie sur le flanc du Zaccar et dominant la plaine du Chéliff; ancienne Manliana des Romains. Le Maroo en prit possession à la chute du dey Hussein. Plus tard, Abd-el-Kader l'occupa et en fit un kalifat. Cette ville fut détruite en 1840, à l'approche de nos troupes.
Des charges d'aminé furent créées à Miliana et des nominations faites successivement. Citons, le 27 janvier 1846, Youda Ghenassia et, le 12 mars 1850. Bimet.
Le 27 juin 1863, Sadia ben Saïd fit insculper son poinçon; S S ; un soulier arabe. Il est décédé.
Quatre orfèvres travaillent à Miliana :
Maklouf Tordjman ; M T ; une truelle de maçon. Il se fit inscrire le 13 octobre 1872.
Mardochée Chetritt ; M C ; une roue de voiture (20 mars 1891).
Chaloum Médioni ; CM; une brouette.
Senanedj, Moïse ; M S ; deux lances en croix.
La rue de Fleurus est le centre de la fabrication ; mais on n'y fait guère que des réparations et des objets en argent pour les Bédouins des environs. C'est Alger qui approvisionne la ville de bijoux en or.
Orléansville
El-Esnam des Arabes, dans la plaine du Chéliff, est un centre de fabrication relativement important, à cause de son marché arabe, sur la place de la Mosaïque, où viennent, le samedi, les montagnards des croupes et des forêts du Dahra.
Le 12 avril 1855, El-Hadj Mohammed ben Messaeck y fut nommé aminé. A l'installation de la Garantie, plusieurs orfèvres s'y firent inscrire, aujourd'hui disparus.
Eliaou ben Saïd ; E S ; un seau avec son anse dressée (1er décembre 1859). Décédé en 1878.
Mouchi ben Khelifa ; M K ; lettre k en ronde dans un écusson (22 juillet 1875).
Eliaou ben Saïd ; ES ; lettre s dans un hexagone (22 juillet 1875).
Messaoud Lévy; ML; un masque (20 mars 1891).
Aouch ben Haïem ; A H ; un robinet (20 mars 1891).
Actuellement, six orfèvres fabriquent à Orléansville :
Youcef ben Haïem ; Y H ; une hache de sapeur inclinée à droite.
Messaoud Lévy ; M L ; un coquillage.
Joseph Ouziman ; S 0 ; une tour.
Orner Allam ; M T ; une baguette de tambour.
Aïouch ben Haïem ; A H ; un robinet.
Mouchi ben Kalifa ; M K ; un k en ronde dans.un écusson.
Ouarsenis
Près d'Orléansville, la commune mixte de l'Ouarsenis est un massif montagneux qui commande à un grand nombre de douars, dont le chef-lieu est le Bordj des Beni-Hindel.
Un israélite, bijoutier en faux, s'y est installé pour approvisionner les indigènes montagnards. Il se nomme Mardochée Choukroun.
Tablât
Trois bijoutiers y sont installés :
Hadjadj, Jacob ;.HJ; se borne à transformer en bijoux les pièces d'or ou d'argent et les vieux bijoux que lui apportent les indigènes.
Hadjadj, Israël-Salomon, tout récemment installé, achète à Alger l'or et l'argent dont il peut avoir besoin.
Hadjadj, Yehaï, exerce sa profession en faux.
Ténès
L'ancienne Cartenna, le chef-lieu de la deuxième Légion romaine, n'a plus d'orfèvre. Ceux de Cavaignac et de Montenotte la fournissent. Autrefois, on dut y fabriquer beaucoup si l'on en juge par ses ruines importantes, qui indiquent l'emplacement d'une ville considérable. Cette ville fut choisie, le 2 octobre 1856, comme le centre d'opérations de l'aminé français Joseph-Guillaume Ganter.
Teniet-el-Haad
Le Col du Dimanche, comme l'indique son nom arabe ; chef-lieu d'une commune mixte de près de 40.000 habitants, approvisionne
toute ta région. A son marché du dimanche, viennent les habitants des nombreux contreforts de l'Otfarsenis.
Deux orfèvres décédés :
Chekroln, Judas; CJ.
Tordjman, David ; T D ; un triangle avec une étoile au centre .
Actuellement :
Sliman ben Daoud ; S D ; symbole, un chapeau de gendarme.
Lamri ben Brahim ; LB; symbole, une feuille de'Iatanier.
Le Mzab
Le Mzab est une région montagneuse de l'Algérie où se trouvent cinq villes groupées : Ghardaïa, Bcni-Isguene, Melika, Bou-Ateuf et Bounoura. Elles ont été fondées par une émigration de gens jadis établis un peu au sud de Ounrgla, où se retrouvent les ruines de 120 villes, dit-on. Plusieurs sont en effet bien connues. Berryane et Ouerarn, situées isolément et à distance des autres, sont des colonies des cinq villes agglomérées.
Les Mozabitcs, musulmans schismatiques, tenus à l'écart par les autres sectateurs de l'Islam, sont d'une race berbère particulière, parlant un dialecte berbère spécial, voisin mais distinct du chaouïa de l'Aorès. Ifs sont généralement travailleurs, intelligents, probes et très économes : c'est l'Auvergnat de l'Algérie. Leurs femmes respectées et considérées ont un habillement qui rappelle celui des femmes kabyles par son caractère antique et sa simplicité. C'est une pièce d'étoffe relevée sur la ceinture par deux khe'aU (agrafes) et à la taille par une troisième. Leur pâle visage s'encadre dans deux boucles de cheveux noirs qu'elles ramètiuesmut. nen^ (]errjere ja (£[e pi qu'elles tordent en chi-
,Ép"*M^5àpM" 6non> à la Sacque. Des ceintures bariolées enserrent leurs reins, et leurs télés se coiffent d'une loque recouverte d'un mouchoir. Quand elles sortent, elles s'enveloppent des pieds à la tôle et ne montrent qu'un oeil.
Le Mzab est un grand cenlre d'approvisionnement. Il réunit
d'un côté les produits algériens et tunisiens, et de l'autre les richesses du Sahara. Sur le marché de Ghardaïa, installé en haut de la ville, se vendent des étoffes, des armes, de la poudre, des bijoux d'or et d'argent, des plumés d'autruche, de l'ivoire et de la poudre d'or arrivant de l'extrême Sud. Les bazars sont garnis de cotonnades, de burnous et, dans les magasins de gros, on vend de la garance, du tabac et des épices. C'est une ville assez propre, sauf le quartier des juifs. Cette particularité s'explique, car jadis, dès qu'un juif portait un vêtement neuf, les indigènes cherchaient à l'en dépouiller.
Venture de Paradis rapporte que les Mozabites faisaient une grande consommation de clous de girofle. Les femmes en fabriquaient des colliers et les hommes des chapelets.
Quoique les Mozabites préfèrent acheter à Alger la qlada, les hadaïd, les m'cheref, les bzaïm et les larges khelakhel kabyles serrant la jambe, Ghardaïa compte néanmoins une vingtaine de fabricants. Ils travaillent à un titre tellement bas, que les Arabes perdent beaucoup lorsqu'ils veulent revendre leurs bijoux. On leur en offre moins de la moitié du prix qu'ils les ont payés.
Les orfèvres de Ghardaïa habitent totfs le même quartier. Le représentant de la Garantie ne peut entrer chez l'un d'eux sans que les autres soient prévenus immédiatement. Les cases où ils travaillent communiquent avec d'autres réduits intérieurs où se pressent leurs familles. Peut-être les maisons groupées par masses compactes communiquent-elles aussi les unes avec les autres. Le recensement serait donc très difficile à faire dans ces quartiers, pour les fonctionnaires qui voudraient s'assurer que les bijoutiers sont en règle. Rien de plus facile, pour le fabricant, que de faire disparaître les objets au moment d'une perquisition.
Il faut distinguer à Ghardaïa deux catégories d'orfèvres : les marchands et les fabricants.
Les marchands s'approvisionnent chez les orfèvres d'Alger, de Constantine et d'Oran.
Ils sont au nombre de dix :
Hadj Brahim bel Hadj Sliman.
Sliman ben Sala h Merkanti.
Sliman ben Brahim Kohana.
Daoud ben Mouchi Boualen,
El-Hadj Omar ben Ahmed.
Mouchi ben Maklouf.
Mihou beri Attia.
Brahim ben Yaya.
Yaya ben Yamen.
Daoud ben Aïssa Djadi.
; Les fabricants font des bracelets (tisardrin), des colliers (tayer-
mounl), des boucles d'oreilles (touinas), des chaînes de parures (loua-
hil), en or et en argent. Ils font aussi des khelakhcl et des bagues d'une fabrication grossière, lourde et sans cachet artistique. Le marteau, le pointeau et la lime sont à peu près les seuls instruments. Us achètent sur place de vieux bijoux dans les ventes publiques.
Abraham Atelan est le plus important des fabricants. Il est venu d'Alger et s'est installé dans le pays, il y a quelques années. Seul, il ;■ a un poinçon complet avec symbole : une croix de la Légion d'hon-
neur et ses deux initiales A A. D'origine kabyle, il est le fournisseur
attitré des Européens et fait venir ses matières premières de Marseille.
Après Atelan, nous citerons :
Brahim ben Daoud; BD.
Yacoub ben Isaac ; Y I.
Brahim ben Moussa Attia ; B A.
Brahim ben Isaac ; B I.
Lallou ben Brahim ; L B.
^ Yacoub Bouchoucha ; Y B.
Daoud Choucroun ; D G.
Fraïm Chouraqui ; F C.
Youssef ben Israël ; Y I.
Brahim ben Lallou ; Y B. Parti à Ouargla. Youda ben Behi; BD.
Isaac ben Youcef Seban ; IS.
Schmouïl ben Mouchi ; S M.
Et comme fabricants ambulants :
Moussa ben Youssef ; M Y.
Fraïm ben Youda ; F Y.
Au point de vue de la bijouterie, Ghardaïa est, de beaucoup, le centre le plus important du Mzab. Celui qui vient après est Bénilsgucn, la ville sainte de la région, située entre Mélika h droite et
Ghardaïa à gauche. Elle possède un ksar, bâti en amphithéâtre sur un rocher, de façon à être à l'abri des invasions des nomades.
A Beni-Isguen, la fabrication locale est très peu importante. On compte neuf marchands :
Sliman ben Mohammed ben Salah.
Amar ben Aïssa ben Brahim.
Hadj Mohammed ben Yaya.
Hamou ben Sliman.
Bakri bel Hadj Aïssa.
Hadj Brahim ben Bakri et Cie.
Salah ben gI-Hadj Abdallah.
Ahmed ben Hamou.
El-Hadj Mohammed ben Youb.
Ceux d'entre eux qui font le plus d'affaires sont les marchands, et non les fabricants. D'après eux, ils arriveraient ensemble à une vente d'une trentaine de mille francs par an. Mais nous croyons ce chiffre bien au-dessous de la vérité.
En dehors de Ghardaïa et de Beni-Isguen, les autres villes du Mzab font peu de bijouterie.
A Guerrara, ville de 5.000 habitants, sur la route de Laghouat, on compte deux fabricants à poste fixe et peu importants :
Mouchi ben Jacob; poinçon M J ; qui approvisionne son entourage.
Mokla ben Arroun ; poinçon M A.
Enfin à Berrian, la ville des palmiers, au confluent de l'Oued Soudan et de l'Oued ben Loth, on compte pour 3.000 habitants un seul bijoutier : Simah ben Yaya.