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BOGHARI

Les ateliers de bijoutiers fournissent surtout les Xaïliennes installées dans le ksar au-dessus de Boghari. Elles ne viennent pas toujours,

comme on pourrait le croire, de la tribu des Oulad-Naïls ; ce sont souvent des veuves et des divorcées de toutes les régions qui, fortes de leur expérience, veulent garder leur liberté et leur indépendance. Ces femmes, folles de leur corps, échappent ainsi à la jalousie et aux caprices du mari. Les Arabes ne les méprisent pas. Au contraire, ils les acclament lorsqu'elles arrivent dans la grande salle du café maure au milieu du ksar. Ce sont toujours les mêmes danseuses impassibles de figure, avec les mouvements lascifs ou saccadés du ventre. C'est toujours le même orchestre de musiciens et de chanteurs, assis les talons repliés sous les jambes. Le ronflement des tambourins (guellal) ' ou le son des longues flûtes en roseau (guesba) accompagnent la fête de leur cacophonie.

Comme le goût de ces femmes est toujours très changeant, on procède assez fréquemment, à Boghari, à des réalisations publiques de bijoux. Berkam ben Mabrouk est le commissaire-priseur attitré de ces ventes où les orfèvres du ksar achètent beaucoup de vieux bijoux pour les refondre et en refaire d'autres.

Les orfèvres de Boghari sont :

Aïssaouï Adda ben Abd-el-Kader; A A; symbole, uni bulgare en forme de gargoulette. Ce petit bijoutier ne travaille jamais l'or. Il fait avec des douros des bijoux en argent, façonne des bracelets couverts de pointes ou ornés de clous semblables à ceux des portes arabes.

Lakdar ben Bou Kaci. Il a un atelier très primitif : une enclume,

un soufflet fait avec une peau de bouc, un étau, un marteau, un foyer fabriqué avec des briques.

Baïk Belaïch fond l'or et l'argent. Il incruste grossièrement des fils d'argent dans des couteaux et des armes.

Ambarek ben el-Hadj Reosig; AR; une lampe romaine.

Isaac ben Hammou; un H et un soleil.

Mohammed ben Lasray ; ML et un marteau-pilon.

Mohammed ben Miloud; MM; une paire de tenailles.

Nessim Nedjiar; NN; une croix grecque.

Rappelons encore comme anciens ouvriers disparus : Louakal ben Moktar, Haïba Lakdar, ben Reguiz, Moktar ben Mandani, Brachi ben Moktar.

Comme bijoutiers exerçant aussi leur métier en faux, on peut citer Oussaouï Adda ben Abder et Mohammed ben Lazray.

Le corail est fort apprécié au ksar de Boghari. On y porte le djebine à deux rangées, la broche dite khelalah, les bracelets hérissés de pointes, des bagues avec, sur le chaton, le nom de l'amant de cœur, la grande boucle d'oreille à dents de scie ; mais le bijou préféré est le collier fait de pièces d'or de 25 et 100 francs, retenues les unes aux autres par des crochets. Quelques-unes, un peu usées, indiquent que le monteur peu scrupuleux les a mises dans l'eau régale pour leur enlever des parcelles d'or.

Bou-Saada

Si Tamès fonda la ville, vers le vie siècle de l'hégire, séduit par la limpidité de l'Oued Ben-Ouas.

Sous les Turcs, il y avait a Bou-Saâda une rue des Juifs. Ceux-ci n'avaient pas jlj[* le droit de s'éloigner de la

tribu. Tous les vingt-cinq ciiabib. ans, on leur faisait rendre

Éperon ayee application d'argent et cabochons de corail. fifor^e. Comme On le Voit Travail des Onled-Madhi (Bon-Saâda). ™ -i- * . •. i

(Musée d'Alger.) Philippe-Auguste avait des

imitateurs . La propriété , pour les juifs de l'oasis de Bou-Saâda, revêtait donc un caractère

exclusivement temporaire. Mais telle était leur passion de l'épargne, qu'à peine dépouillés ils recommençaient à thésauriser, comme la poule continue à pondre et le ver à soie à filer.

Plus tard et lors de la conquête, les israélites bijoutiers ambulants de la région de Bou-Saâda étaient porteurs d'une carte d'identité, délivrée par l'autorité supérieure.

En 1860, des mesures furent prises pour faire cesser cet état de choses. La profession de fabricant ambulant, inconnue dans la métropole, n'avait plus de raison d'être reconnue en Algérie, après la mise à exécution du décret sur la création de la Garantie dans la colonie.

Aujourd'hui dix bijoutiers envoient leurs ouvrages au Contrôle d'Alger. Ils sont installés pour la plupart dans la rue de Rouville. Deux seulement demeurent rue Akbet-el-Amos et un dans le quartier de Zougahen. Leurs noms indiquent qu'ils sont israélites.

Chaloum Chichportich ; CC; un arc.

Jacob Youyou; JY; une cafetière avec anse. Moïse Schichportich ; M S ; des tenailles. Mouchi Schichportich ; M S ; un compas à vis. Pérès Schichportich.

Attia, Mardochée ; GA; un chacal.

Chaloum Nadjar ; CN ; LT arabes liés.

Gajou Snid; G S ; une pipe arabe.

Jacob Selem; JS; un scorpion.

Moïse Hadjadj ; MH; une hache.

Un autre orfèvre en faux, Abraham Touitou, est installé dans cette ville.

Quand ces bijoutiers achètent pour leur fabrication de l'or et de l'argent, ils les envoient au Contrôle d'Alger. Ils font beaucoup de réparations.

Les bijoux portés à Bou-Saâda sont de longues chaînes (selsela), avec kteb, des medouars en or couverts de petits disques, de gros khelakhel creux avec grenaille, ou pleins, en argent, avec ornements incrustés dans la masse ; les boucles d'oreilles des enfants s'appellent allalej et les bracelets tnegaous, corruption du vrai terme meqaU. Le corail est très employé comme garniture, ainsi que l'assek, gros bouton filigrane en argent. Les Oulad-Naïls se parent beaucoup de la

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teklila, grands anneaux d'oreilles, avec perles et breloques, soutenus par un fil accroché derrière la tête.

Le plus riche bijou que possèdent quelques familles de Bou-Saâda est le djebine en or. C'est Vassaba d'Alger, mais il fait le tour de la

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tête et il a le plus souvent deux rangs de plaques ; sa valeur monte quelquefois à plusieurs milliers de francs, à cause des pierres fines qui l'enrichissent.

Cavaignac

Près de Ténès, chef-lieu de commune créé en 1879.

Abd-el-Kaderben Guermoud est le seul orfèvre de cette petite ville. Il fait des bracelets, des khalkhals et surtout des bagues copiées sur des modèles de La Mecque, la ville sainte où tout indigène doit aller en pèlerinage, s'il le peut, au moins une fois dans sa vie. Le chaton de ces bagues est en corail ou en cornaline.

Les deux autres bijoutiers de la ville travaillent en faux.

A quelques kilomètres de Cavaignac, au village de Montenotte, un israélite du nom de Daoudou, Aaron, fabrique des bagues, bzaïm et khelakel en argent et métal commun.

Chellala

Le centre de Chellala ressortit à la recette de Boghari. Un jour par semaine, se tient un important marché de laine dans ce ksar des hauts plateaux ; il s'y vend alors beaucoup de bijoux.

Jusqu'en 1898, les bijoutiers de Chellala ignoraient absolument l'existence du Contrôle. Ils sont maintenant au nombre de trois :

Samuel Sabbon ; S ; occupe un ouvrier.

Salomon Touitou ; T ; petit atelier avec un ouvrier.

Ali ben Salem; SA.

Deux autres orfèvres en faux se trouvent à Chellala : Bourak Seban et Isaac Touitou.

Près de Chellala, il y a un bijoutier dans la tribu de Zergouine et un autre dans celle de Fedoul. Deux autres orfèvres travaillent dans les douars de Belkrestar et de Souagi. Ils sont tous musulmans.

A Taguine, enfin, à 36 kilomètres de Chellala, se trouvent quelques bijoutiers d'origine kabyle.

Cherchell

Fabrication de bracelets massifs, en argent, incrustés d'ornements quadrillés, ronds ou chevronnés, et d'anneaux de pieds, lourds, pleins, carrés, ornés sur le bandeau d'étoiles frappées au marteau . Ces khelakhcl ont les extrémités formées par des dés aux angles aplatis.

Peu de temps après l'arrivée des Français, Ahmed el-HxKEN y fut nommé aux fonctions d'aminé.

Le premier orfèvre qui fit insculper son poinçon se nommait Mardochée Azollay. Il fut inscrit sur le registre de la Garantie le 22 juillet 1861, sous les initiales MA et avec un aviron pour symbole. Il mourut et fut biffé le 21 octobre 4862.

Amran Iny se fît inscrire le 21 novembre 1864; AI; un arrosoir de jardin; décédé, il fut biffé le 15 janvier 1881.

De nos jours, 3 orfèvres vivent à Cherchell :

Abraham Hini ; H S ; une cage ; poinçon insculpé le 11 avril 1881.

H. Stora ; S H ; symbole, une semelle de soulier ; poinçon insctilpé le 21 décembre 1900.

Enfin, Joseph Hénaï; HJ ; un arrosoir ; l'un des bijoutiers les plus

importants du pays.

Coléa

Il n'existe aujourd'hui à Coléa qu'un orfèvre français. Il ne dut pas en être toujours ainsi, car le 11 août 1856, Jean Bastien, capitaine en retraite, y fut nommé aminé.

Pettine, Louis; LP; symbole, une étoile à cinq branches.

Djelfa

Depuis que le Contrôle fait surveiller la fabrication, sept ouvriers juifs de Djelfa ont disparu. Cinq travaillent encore, dont deux juifs et trois indigènes musulmans :

Mouchinou, Chaloum, rue de l'Eglise.

Zennou, Abraham, rue de Médéa.

Messaoud ben Cherek, rue de Médéa.

Abd-el-Kader ben Zitoun, rue du Marché.

Baklout ben Cherek, rue du Marché.

Ces orfèvres font leurs bijoux avec des pièces de monnaie qu'on leur apporte, ou avec les vieux bijoux qui leur sont également fournis par les clients.

Accidentellement, le nommé El-Hadj Bacri, demeurant à Djelfa, leur fournit des pièces étrangères n'ayant pas cours.

Dans la tribu de Zenina, du cercle de Djelfa, huit ouvriers, la plupart Israélites, travaillent les métaux précieux :

Béni ben Brahim Stora ; Karbi ben Youda Alalou; Bourak ben Aaron ; Moïse ben Isaac ; Fraïm ben Y'acoub Selam ; Haïe m ben Ammar; Mardochée ben Brahim Stora ; Mardocbée ben Brahim Lorani.

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