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CHAPITRE XXI

Dans le Nord de l'Afrique, tout ce qui n'était pas nègre était Origine berbère, a dit M. Lebon dans sa Civilisation arabe. des Kabyles.

Ce n'est pas te Heu ici d'exposer les origines, les mœurs et le langage des Qballs. Ces questions sont fort complexes, délicates, difficiles à présenter sous une forme synthétique, et souvent très controversées. Ceux-là mêmes qui les ont le plus étudiées ne sauraient les résumer en quelques lignes, et n'ont pas la prétention de les avoir élucidées. Nous n'en dirons donc que ce qui a trait directement à notre sujet, et, après avoir rappelé que chez ce peuple travailleur et industrieux, on rencontre quelques villages composés presque exclusivement d'ouvriers forgerons, armuriers et bijoutiers, nous nous occuperons particulièrement des productions de ces derniers.

Disons tout d'abord que la femme kabyle, non assujettie au port du voile — à moins qu'elle ne soit de famille "LLEm 0M ■«■*«"' «•«"

» LE T1IAI>ET.

marabou tique — circule partout à

visage découvert. Elle est donc naturellement plus incitée que la femme arabe à rehausser ses charmes personnels, en se chargeant des bijoux qui font valoir son genre de beauté, affirment l'aisance de

Sa

sa maison et sa situation dans la kharouba. Ainsi parée, jeune fille, elle imposera le paiement d'une plus grosse dot à celui qui l'épousera; femme, elle flattera l'amour-propre ou l'orgueil de son mari. Chants Aussi les chansons populaires de la Kabylie ne manquent jamais,

a *J es% lorsqu'elles célèbrent les louanges d'une femme, de parler de ses bijoux. Nous relevons, dans le recueil si intéressant du général Hanoteaux, les passages suivants :

Maltresse des colliers pendant jusqu'à la ceinture,

Colliers odorants et colliers de verroterie ;

0 Yasmine, ma chérie,

Argent orné de ciselures ! les fruits de tous les autres sont mûrs.

Les liens seuls sont encore verts.

Maltresse du diadème d'argent

Dont les ornements retombent sur le front. . .

Ton mari veut prendre femme ;

11 épousera une jeune lille à diadème iZerir) :

Il la gardera à la maison, elle !

Toi, tu iras couper les mauves. . .

Maîtresse du akhalkhal, Entre nous c'est fini . . .

Dis-le bien à l'argent des broderies ;

Dis-le à l'or pur.

Si je la vois, mon cœur est vivement ému.

Adresse-toi . . .

A la belle au cou si blanc,

Aux dents comme des perles.

0 Djouhra, or incrusté ;

Les cordons de sa ceinture dessinent sa taille, C'est une batterie de fusil des Bcni-Abbès.

KABYLIË

KHATEMT.

(Bague kabyle.)

L'art de fabriquer les bijoux paraît être fort ancien chez les Kabyles, % qui ont ajouté à l'amour de l'indépendance, qualité naturelle des montagnards, le goût des travaux industriels. A une dizaine de kilomètres de Fort-National, en pleine montagne, les Beni-Yenni ont conservé dans leurs modèles les plus vieilles traditions.

Cette tribu se compose de six villages, perchés sur des mamelons, à quelques centaines de mètres les uns des autres. Toutes les maisons anciennes sont bâties sur le même type : une toiture de tuiles rouges et creuses, des murs de pierre, une fenêtre étroite, une vaste et unique salle à plans superposés : d'abord, en contre-bas, l'écurie ; ensuite le compartiment central avec, au milieu, un trou (Kenoun) pour le feu, et enfin, au-dessus, un terre-plein où s'alignent les grandes jarres contenant les provisions d'orge. Aucune barrière n'écarte les bêtes des hommes. Sans la différence de niveau, il serait quelquefois difficile de distinguer la demeure de Tétable.

Le plus souvent, les hommes, enveloppés dans leur burnous, dorment sur la terre battue qui forme le sol. Les femmes se servent de tapis ou de nattes de paille. Une soupente, où Ton couche aussi, renferme les provisions pour l'hiver, les peaux de mouton tannées contenant la farine, les bâts des mulets, les malles, les instruments agricoles ; mais ce grenier est un grand luxe, comme une cour intérieure ou toute adjonction de corps de logis.

Les maisons qui ne réalisent pas le type que nous venons de décrire sont toutes de construction récente.

Les femmes aisées vivent à part, comme les femmes arabes, presque cloîtrées, mais sans voiler leur visage lorsqu'elles quittent leurs demeures. Celles qui travaillent aux tapis, aux poteries, aux nattes ou piétinent le linge pour le blanchir, vont en cheveux. Mais les femmes mariées d'une certaine condition ne doivent pas sortir tête nue. Le haut de leur tête est serré dans un mouchoir.

Souvent jolies, blondes avec des yeux bleus et des lèvres rouges comme du corail, les jeunes filles portent de bonne heure sur le front des tatouages représentant des roues, des étoiles et quelquefois même des croix, car les Kabyles étaient chrétiens, jadis, avant l'invasion arabe. Leur teint respire la fraîcheur et la santé. Elles ont l'air doux, sont gaies et rieuses.

Les Beni-Yenni.

Femmes et jeunes filles des Beni- Yenni.

Le président Gana.

Origine du Tabzimt.

Leur coiffure est simple. Un morceau de soie s'enroule autour de leur opulente chevelure, teinte à la noix de galle et trempée dans de l'huile pour la rendre encore plus noire et plus luisante. Cette coiffure, plate sur le sommet de la tête, nommée amendil, rappelle celle de la Samaritaine de l'Écriture et permet de porter des fardeaux comme les Guérandaises.

Pour se parer, les jeunes filles portent un voile, formé d'une seule pièce unie, posé sur le sommet de la tête et descendant à droite et à gauche, comme un manteau sur les épaules. Une pièce d'étoffe, très souvent de couleur rouge, retenue à la ceinture et unie sur les épaules, les enveloppe, laissant nus le cou, les bras et une partie des jambes pour faciliter la marche.

En dehors des villages, les jeunes filles ne portent pas de bijoux avant d'être mariées, les parents refusant de faire la dépense que la moindre parure comporterait. Cela concerne plus tard le mari qui verse une dot entre les mains des parents. Toutes les dépenses que le mariage occasionne sont soigneusement inscrites, y compris les cadeaux effectués en bijoux, et même le repas de noce, afin qu'en cas de divorce elles puissent être réclamées à l'amiable ou judiciairement. Le mariage de la jeune Kabyle a lieu au moment où elle cesse d'être une enfant.

Cette tribu des Beni-Yenni a, pour ainsi dire, aujourd'hui le monopole de la fabrication des bijoux. Son chef Mammeri Gana ben Ali ou Mohammed Arab, adjoint indigène, âgé de trente-trois ans, a fait ses études au lycée d'Alger, où M. Masqueray, ancien directeur de l'École supérieure des Lettres, lui servait de correspondant. Il est aujourd'hui officier d'Académie et membre élu des Délégations financières. Comme c'est la règle, le Gouvernement remet à ce président de douar, à titre de traitement, le dixième du principal de l'impôt arabe perçu pendant l'année sur ses administrés.

Au xvi° siècle, selon la version que nous devons à M. Rinn, les Beni-Yenni faisaient partie du célèbre royaume de Koukou (1), fondé dans le Djerdjera par Ahmed el-Qadi, ancien magistrat, chassé de Bougie lors de la prise de cette ville par les Espagnols. Ce petit

(1) Koukou est dans la tribu des Beni-Yahia, qui n'est séparée des Beni-Yenni que par la tribu des Beni-Mcnguellate.

royaume berbère fut, dès ses débuts, en guerre avec celui de la Qalâa des Beni-Abbès, où régnait le sultan Abd-el-Aziz, ancêtre de Moqrani de la Medjana et premier allié algérien du corsaire Aroudj (Barberousse), alors simple seigneur de Djidjelli. Cette guerre dura, avec des intermittences, pendant plus d'un siècle, et à une certaine époque que la tradition ne précise pas, les sujets du sultan de Koukou, aidés des Turcs d'Alger devenus leurs alliés, vainquirent (peut-être en 1559) le sultan Abd-el-Aziz chez les Beni-Abbès. Une famille de celte tribu, alors renommée pour l'habileté de ses ouvriers armuriers et bijoutiers, fut amenée prisonnière chez les Beni-Yenni, où elle devint la souche du village des Aït-Larba.

La famille des Aït-Maamar donna le terrain nécessaire a leur installation, de façon à augmenter ses propres forces en accroissant sa population. C'était un moyen de pouvoir se mesurer plus tard avec la

tribu voisine des Beni-Menguellate '

en réunissant de plus grandes chances de succès. C'est à cette époque que, pour la première fois, d'après la tradition, les femmes des Beni- Yenni portèrent sur le front, en signe de joie, le bijou grand comme une médaille devenu le Tabzimt

actuel, dont le modèle serait ainsi h»

originaire des Beni-Abbès.

Le matériel des bijoutiers kabyles est peu compliqué :

1° Un soufflet primitif fait avec une peau de chèvre ayant encore son '

poil et ouverte par une fente pour nann dm hm-mkm avec le num. la prise d'air. Comme embout, un

morceau de canon de fusil pour activer le feu de charbon de bols posé entre des briques. Ce soufflet se nomme taraboust ;

2° Pour la fonte un takbouchl, creuset en terre glaise mélangée de cheveux et de poils de chèvre, pour empêcher la dilatation; le tout séché au soleil ;

3° Une large cuiller, botle, accompagnée d'une spatule. Elle servait

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