‹ L'orfévrerie algérienne et tunisienneChapitre 89 sur 113 · BOTTE · texte numérisé non relu

BOTTE

(Cuiller à fondre la soudure.)

Orfèvres ambulants.

jadis à faire un mélange d'argent, de cuivre et d'arsenifc, pour la

soudure destinée aux objets à bas titre ; 4° Un étau, mohabece. Ce mot s'applique à tout ce qui sert à retenir, à emprisonner, voire même à un vase ;

5° Une enclume fixée sur un billot de bois, tabelgorin'te, mot berbère provenant de l'arabe bou-el-qorine, signifiant « qui a deux cornes (bigorne). » Cette expression arabe : bou-el-qorine, a été berbérisée en l'encadrant entre deux T et en contractant bou-el en bel ; on a ainsi ta-bel-qorine-t. Le billot proprement dit a un mot berbère, qui est aqueroum, pi. iqourmane.

L'enclume kabyle se dit aussi taoiinle ; les Beni-Yenni en fabriquaient jadis quelques-unes, mais c'était surtout la spécialité d'une tribu voisine, les Beni-Idjeur. Aujourd'hui, ils les achètent chez les quincailliers d'Alger ;

6° Un seau plein d'eau pour refroidir les pièces fondues ; 7° Un moule (qaleb), en forme de fer à cheval, et un êqaïne, couteau pour gratter les moules.

Puis un marteau (tafediste, pi. ifdictne), un ciseau (moqece ou hnoqace), un matoir (tamen qachte), un fourneau (fom), un chalumeau (ajaboub), des pinces plates (dilaqmate ahraouani), des pinces rondes (dilaqmate toubrinin) , une lime (tnebred) , le poinçon de maître prescrit par le règlement sur la Garantie (taba), et une filière à truelle, rarement à coussinet, dite takhenzite, pi. tikhenziar.

Les filières, les limes, les enclumes et les trébuchets sont souvent les seuls instruments de fabrication européenne que renferme l'atelier. Tous ces outils sont à portée de la main et la plupart accrochés au mur. Ils sont faits dans le pays soit par les forgerons, soit par les armuriers. Absolument analogues aux nôtres, leur fabrication est moins parfaite. Quant aux bijoux, ils sont, comme partout, ramassés dans un coffre posé à terre, dans un coin.

Les Beni-Yenni fournissent beaucoup d'orfèvres nomades qui vont, de village en village, fabriquer sur commande. Le matériel de ces bijoutiers ambulants. est des plus simples. Tous les outils tiennent

KABYL1E

dans ùh sac de peau de bouc. Arrivés à destination, ils s'installent devant la maison, déballent le sac qui devient le soufflet chargé d'activer la combustion du charbon de bois. L'enclume est fichée dans le sol, le creuset posé à terre ; le métal est bientôt en fusion et subit sous le marteau toutes ses transformations. Si les Beni-Yenni voyagent beaucoup, en raison de la sécurité et des facilités des communications, il n'en était pas de même autrefois. Lorsque, par hasard, ils descendaient de leurs montagnes et venaient à Alger, c'était en troupe nombreuse pour y vendre les armes fabriquées et incrustées de corail par eux.

Les Beni-Yenni s'approvisionnent tous à Alger, chez les commerçants de la rue de la Lyre ou de la rue Médée, de corail, de celluloïd, de perles pour faire l'émail et de grenaille d'argent, au titre de 950 millièmes, provenant des maisons d'afïînuge de Paris.

Un voyageur du siècle dernier prétend avoir vu dans les montagnes des bijoux en simili-or. Nous croyons que cet écrivain s'est trompé, car les femmes kabyles ne veulent pas entendre parler de l'or, prétendant que son aspect ressemble trop à celui du cuivre. Elles lui préfèrent même le maillechort (1). Les bijoutiers achètent à Alger . cette composition formée de nickel, de zinc et de cuivre rosette, ayant à peu près le son et la couleur de l'argent.

On raconte dans le pays qu'un étranger, voulant absolument avoir une pomme de canne en or, de fabrication kabyle, et ayant déclaré qu'il était prêt à payer largement, ce fut un bijoutier d'Alger qui exécuta le travail pour le compte du bijoutier kabyle. L'acquéreur n'en sut jamais rien. C'est ainsi que se créent souvent les fausses légendes et que se perpétuent les traditions erronées.

Les Kabyles adorent le corail, comme tous les Berbères à la peau bronzée. Ils achètent des écorces (qchour) qu'ils travaillent eux-mêmes à l'aide d'une lime fixée dans un manche de bois et qu'ils polissent à l'aide d'une pierre aussi dure que la pierre de touche. Ils savent leur . donner la forme de -clous ronds ou de poires. Le corail est ensuite fixé dans le bijou par une sertissure solide et par de la cire d'abeille, qui remplit la concavité et le fait encore mieux adhérer à l'argent. Il en est do même pour les petits culots d'argent simulant des perles '

Matières premières empkryèeSj

Argent

et

maillechort.

Corail.

(1) Alliage trouvé par deux ouvriers lyonnais, Maillot et Chorier, qui s'associèrent four l'exploiter.

fines (iridène ou irdène, mot berbère signifiant grain de blé ou grain d'orge, et très employé dans le sens de cabochon d'argent).

Les boutons de corail remplacent quelquefois l'iridène. Quant aux petites branches, elles sont laissées à l'état brut ; percées ou enfilées, elles forment des colliers ou complètent certains bijoux.

Le corail jaune et blanc, pas plus que le corail mort, dont la teinte est noire, ne s'emploient chez les Kabyles.

A quelle époque peut remonter l'emploi du corail chez les Beni- Yenni ? Il y a lieu de croire que ce mode d'orner les bijoux est fort ancien. La proximité des stations de pêche en rendait jadis le ravitaillement facile. Ces populations montagnardes un peu crédules, comme tous les Arabes, ont toujours considéré cette matière comme une amulette préservatrice du mauvais œil. Celluloïd. Le celluloïd en feuilles minces remplace depuis dix ans le corail.

Il vaut de 15 à 20 francs le kilogramme. Le celluloïd expédié aux revendeurs d'Alger, de Paris ou de Manheim en Allemagne, arrive en plaques très malléables qu'on assouplit par la chaleur pour en faire des cabochons. La forme ronde est obtenue très facilement, et d'intérieur de la calotte est fourré de cire d'abeille ou de papier mâché.

VèmaiU Les Égyptiens émaillaient leurs bijoux, mais ils se contentaient de

remplir les compartiments avec une pâte de verre de différentes couleurs. C'était plutôt de la mosaïque que de l'émail.

Les émaux fondus sont de trois sortes :

Le champlevé, qui se fait en creusant le métal et en coulant l'émail dans les creux. C'est le procédé byzantin.

L'émail coloré : l'ouvrier revêt d'une peinture une plaque de cuivre ou d'or. Limoges, pendant plusieurs siècles, fit ainsi d'admirables émaux.

Le cloisonné, composé, comme son nom l'indique, de compartiments appliqués sur le fond de la plaque de métal, et dans lesquels la poudre d'émail mise au feu se vitrifie. C'est le procédé japonais et chinois. Les Kabyles le pratiquent. Ils savent, avec une précision remarquable, garnir leurs plaques de cloisons de filigrane. Mais ils ne font subir à l'émail aucun frottement pour le rendre égal et poli.

Depuis combien de temps les Beni-Yenniémaillent-ils? Un vieillard centenaire a prétendu, il y a quelques années, que ce travail remontait à plus de cinq cents ans. Date-t-il de l'époque byzantine? Toutes les

suppositions sont possibles chez un peuple qui n'a pas d'histoire. Cependant certains bijoux kabyles très anciens ne sont pas émaillés.

Dans le principe, manquant de lingots d'argent, les Beni-Yenni, Êmaillure. pour leurs bijoux, se servaient de pièces de monnaie. Ils connaissent maintenant, ainsi que nous l'avons vu précédemment, la grenaille d'argent vierge.

A la sortie du creuset, le métal martelé passe à la filière (medjerra, et mieux takhenzir); il est étiré en fils (aguetoun) de différentes grosseurs, qui doivent faire des anneaux, des chaînettes, des ornements multiples. Mais les filières ne servant plus guère aujourd'hui dans le pays, les fils d'argent sont achetés à Alger.

Après avoir coupé à la longueur voulue et tordu préalablement les fils d'argent, l'ouvrier les fixe sur la plaque à émailler, qu'ils couvrent alors dé reliefs de plus d'un millimètre. C'est dans ces cloisons, offrant des dessins très variés, que doit plus tard couler l'émail (Nil, mot berbère qui, dans tous les dialectes, signifie « bleu. ») Les Touareg écrivent ce mot I II. Au début, le mot Nil ne s'appliquait en Kabylie qu'à l'émail bleu, rappelant la fiction poétique du fleuve bleu ; aujourd'hui, tous les émaux de cette contrée portent ce nom accolé à un qualificatif : aouragh pour les émaux jaunes et azigzaou pour ceux de couleur verte.

Pour faire adhérer à la plaque les fils d'argent, on se sert d'une soudure (lessaq) composée de deux parties d'argent, une de cuivre et une de borax. Cette soudure, fusible à une température un peu plus basse que celle qui ferait fondre les monnaies, est réduite e1* poudre et répandue sous les objets à fixer. La plaque est présentée au feu et, dès que la température nécessaire est obtenue, l'adhérence s'opère par la fusion de la soudure. Les Kabyles emploient à cet effet le chalumeau.

Il y a trois nuances employées pour l'émail : le bleu foncé, le vert clair et le jaune, colorations obtenues par l'oxyde de cobalt, le bioxyde de cuivre et le chromate de plomb.

Pour fabriquer les émaux vert et jaune, on réduit en poudre de petites perles pleines, dites « fourmis, » qui viennent de Murano ou de Bohême. Elles sont semblables à celles qui garnissent les boites de jeux d'enfants. Longtemps le bleu venait en tablettes rondes directement de Tunis; maintenant les bijoutiers kabyles peuvent le trouver à Alger.

Fusion de V émail.

Gravure.

Ornementation.

Après la pulvérisation, on tamise avec soin cette poudre très fine. Lorsqu'on veut la fixer au métal, elle est au préalable délayée dans l'eau, que Ton décante ensuite afin d'obtenir un résidu très fin. Avec une tige de fer ressemblant à un poinçon, la pâte d'émail est étendue en couche mince dans les interstices que Ton veut garnir. Puis le bijou est soumis à une température convenable pour obtenir la fusion. L'opération est des plus simples : on allume du charbon de bois dans un réchaud, on active le fover avec un soufflet ou un éventail. Dès que l'incandescence est suffisante, l'orfèvre souffle les cendres, approche , en guise de pyromètre , une pendeloque déjà émaillée (tichrourine) pour voir si la température peut produire la fusion de l'émail. Si la chaleur est bien au degré voulu, l'orfèvre place dans le foyer le bijou en fabrication.

La grande habitude seule permet à l'ouvrier d'opérer d'une main sûre. La poudre d'émail fond à un degré qui n'est pas très éloigné de celui où l'argent entre en fusion. Il faut donc surveiller la cuisson pour ne pas dépasser ce point précis ; autrement, le bijou serait perdu él coulerait dans le foyer. C'est un tour de main que possèdent merveilleusement tous les bijoutiers kabyles.

Les bijoux qui ne sont point émaillés sont ornés de dessins exécutés à l'aide de matoirs (tamenracht), de plusieurs formes et de différentes dimensions. Lorsque l'argent plané au marteau est assez épais pour recevoir les dessins sans qu'ils reparaissent à l'envers, on rnatit sur l'enclume; c'est le procédé employé pour lekhalkhal. Si, au contraire, les plaques sont minces comme pour le dah, on matit sur plomb.

Pour nettoyer les bijoux émaillés ou non, on les frotte avec le sable doré du Hodna, acheté à Bou-Saâda 0 fr. 50 le kilogramme.

L'ornementation des bijoux kabyles remonte à un art très ancien. On la retrouve dans les bijoux gaulois, égyptiens, carthaginois, phéniciens et mérovingiens. Ce sont des lignes géométriques, des rosaces, des étoiles, des roues, des losanges, des pleins cintres, des chevrons, des galons, des croissants, des traits parallèles, des carrés des cordons de perles, des courbes ondulant dans des hexagones, des croix mérovingiennes inscrites dans des cercles, et très employées aussi dans les tatouages du front.

Le triangle revient sans cesse dans la décoration, comme un motif préféré. La franc-maçonnerie, dit-on, avait beaucoup d'adeptes en

KABYL1E

Kabylie. Aussi, lors de la conquête, l'expédition française trouva souvent devant les maisons des triangles, formés de branches d'arbres, destinés à les préserver de toute attaque.

Ces bijoux ne ressemblent en rien aux produits qui sortent des mains des Arabes ; ils se caractérisent par une simplicité sévère et une grande unité dans les principes décoratifs. Leur corps en argent mat ne reçoit qu'un poli sans éclat, rappelant la perle fine. C'est le corail ou l'émail qui réveille leur aspect un peu terne.

Les Kabyles ont trouvé un équilibre d'ornementation qui est étonnant chez un peuple aussi rudimentaire. L'ordonnance générale de leurs bijoux est toujours sobre, les lignes des divisions sont claires, le dessin général est ferme, la construction énergique, la composition précise.

Quelques détails d'architecture dans ces bijoux évoquent le souvenir des stèles funéraires phéniciennes. Rien de plus logique, du reste, que ce rapprochement, si l'on admet que les Berbères des montagnes de la Kabylie descendent, comme l'affirment certains écrivains, d'une émigration phénicienne. Mais le champ des suppositions est vaste en ce qui touche l'origine de l'art kabyle, qui peut se perdre dans la nuit des temps. M. Stéphane Gsell, dans une savante brochure intitulée Y Algérie dans V antiquité, raconte que, dans des tombes égyptiennes remontant au cinquième oïl quatrième millénaire avant Jésus-Christ, on a découvert récemment des poteries qui rappellent, par leur galbe et leur décoration, celles que les Kabyles ont continué à fabriquer de nos jours.

Chez les Beni-Yenni, les femmes raffolent des bijoux, mais elles ne les gardent pas longtemps; dès qu'ils sont un peu frottés, polis ou usés, elles ne les trouvent plus de leur goût et cherchent à les vendre ou à les troquer contre des neufs. Aussi, quand arrivent des étrangers dans la tribu, les petites filles sont immédiatement'parées des bijoux que Ton veut leur vendre. Lorsqu'elles ne peuvent s'en débarrasser ainsi, elles les donnent aux orfèvres pour les transformer en bijoux neufs et toujours un peu plus à la mode, car en Kabylie, comme ailleurs, la femme aime à varier sa toilette : la Donna e mobile.

La femme du président Gana a les plus beaux bijoux, qu'elle tient d'Amar ou Saïd, l'orfèvre en renom, originaire de Taourirt-Mimoun, mais maintenant installé à Fort-National. Dans ces bijoux faits avec le plus grand soin, les cabochons de corail, d'une grosseur peu

Transformation des tieux bijoux.

Achat et vente

des bijoux.

Les Kabyles

aux Expositions.

commune, sont surmontés d'une étoile d'argent, qui est la nouveauté du jour en Kabylie.

On retrouvera dans la partie réservée au dictionnaire la façon dont se porte chacun de ces bijoux. Remarquons seulement que les femmes kabyles en deuil ne portent aucune parure, aucun objet en métal précieux.

La bijouterie chez les Beni-Yenni se fait sur commande. Le prix de la façon est débattu à l'avance, ainsi que le titre, le poids des matières à employer. L'acheteur spécifie s'il veut des ornements en corail ou en vulgaire celluloïd.

Pour les transactions, trois modes de procéder :

1° Transformer un bijou ancien en bijou neuf : on paie pour le travail et la façon une somme égale à la moitié de la valeur en argent monnayé des vieux bijoux qui ont été soumis à la fonte. L'orfèvre doit fournir dans ce cas son travail, les émaux et le corail ;

2° Achat d'un bijou neuf sans avoir au préalable livré le mêlai précieux, pièces de monnaie ou vieux bijoux : il est payé au poids de l'argent monnayé et la façon en sus ;

3° Vente des vieux bijoux à forfait. L'orfèvre les paie soi-disant au prix de l'argent monnayé, mais il s'arrange de façon à ne pas dépasser le cours de l'argent vierge.

Pour bien comprendre ce qui précède,*il est nécessaire de savoir que les Kabyles, autres que ceux des centres de fabrication, ignorent la grande dépréciation de l'argent; ils demeurent persuadés qu'un écu de cinq francs a bien cette valeur en métal fin. Les bijoutiers, mieux informés, abusent de cette situation et se gardent bien d'éclairer leurs compatriotes ignorants.

Toutes les pièces d'argent qui n'ont pas été comprises dans la convention monétaire et qui, par suite, n'ont pas cours en Algérie, sont acceptées par les orfèvres kabyles pour être fondues : écus chiliens, douros de Charles IV ou piastres à colonnes.

Dès 1858, les Kabyles envoyèrent leurs produits à l'exposition permanente qu'on venait d'installer à Alger. A côté de bijoux provenant de la prise de la smala d'Abd-el-Kader et ayant appartenu à des réguliers kabyles de l'émir, on voyait différents colliers, bracelets, ibsimen, tabzimts, venant de la tribu des Beni-Iraten et du cercle de Dra-el-Mizan. Un sieur Mahmoud Ahmed el-Remili, domicilié à Tizi-Ouzou, avait envoyé des platines de fusil. Enfin l'industrie des

KàBYLÎË

Beni-Yenni était représentée par des armes, des canons de fusil et de pistolet, ornés dans le goût du pays, qui s'est toujours distingué dans ce genre de fabrication. Les bijoux de cette époque ressemblaient beaucoup à ceux du travail contemporain : une plaque d'argent avec des divisions de filigranes dans lesquelles est coulé un émail assez grossier.

A l'Exposition universelle de 1889, des mentions honorables furent décernées, par la section de l'orfèvrerie, pour leurs travaux remarquables, comme incrustations d'argent dans les crosses de fusil, à des Kabyles des Beni-Yenni.

A celle de 1900, le Comité d'organisation algérien ne se préoccupa guère de la bijouterie indigène. Quelques rares échantillons de la fabrication des Beni-Yenni étaient disséminés dans une vitrine. Les habitants de cette tribu venus à Paris occupaient des kiosques où ils écoulaient tiux visiteurs des bijoux pseudo-arabes, en métal blanc ou oxydé, que leur fournissaient les fabricants parisiens.

Les orfèvres des Beni-Yenni cherchent maintenant, en dehors des bijoux conservés par la tradition, à étendre leur fabrication par des produits destinés à la vente européenne. C'est ainsi qu'ils ont créé la cuiller émaillée, bien qu'ils ne se servent chez eux que de cuillers en bois. C'est la vogue de cet objet à Paris, en 1889, qui les a encouragés à persévérer dans cette voie. Il y a quelques années déjà, ils fabriquaient des couteaux et fourchettes à découper, avec manches en cuivre semblables à ceux des poignards ; la forme en était assez originale ; l'adaptation n'avait rien de servile. Nous avons vu depuis des boîtes, des épingles, des boucles de ceinture en argent émaillé, venant de chez les Beni-Yenni. Mais pour eux, ils ont conservé jusqu'ici, sans y rien modifier, leur art ancien, du plus pur style kabyle. " Il serait fâcheux qu'il disparût. Nous ne sommes pas hostiles cependant à la création de modèles ouvrant des débouchés nouveaux à l'industrie des habitants de la Kabylie.

Comme sur tous les points de l'Algérie, la fraude est pratiquée par les bijoutiers, mais en Kabylie moins qu'ailleurs. Cependant, il y a quelques années, un bijoutier des Beni-Yenni passait pour mettre trop de cuivre dans ses alliages d'argent. L'un des habitants de la tribu, ayant à faire fabriquer des bijoux par cet ouvrier, qui avait la réputation d'être fort habile, n'hésita pas à lui avouer la méfiance personnelle qu'il avait à son endroit. Il exigea que les bijoux anciens

Modernités

de l'art kabyle.

Truquage.

naie.

398 i/ORFÈVRERÎE ALGÉRIENNE ET TUNISIENNE

à transformer en bijoux nouveaux fussent jetés dans le creuset en sa présence, et il emporta avec prudence les lingots qui devaient être travaillés le lendemain. Pendant la nuit, le bijoutier peu délicat, se servant de ses moules, fit fondre des lingots identiques comme forme, mais fortement mélangés de cuivre. Il les plaça dans le seau à rafraîchir, en ayant soin de troubler l'eau de façon qu'on ne pût les apercevoir. Quand le client revint le lendemain, le bijoutier sut adroitement plonger dans l'eau les bons lingots, puis les remplacer par les mauvais, qu'il avait préparés et qu'il travailla sous les yeux du Kabyle, certain de ne pas être trompé. Ce dernier, ne possédant aucun moyen de contrôle, ne s'aperçut que longtemps après de la supercherie. Ce fut en vain qu'il protesta ; le bijoutier répondit que son acheteur avait suivi, toute l'opération, et l'affaire .n'eut pas de suites.

Fausse mon- Le docteur médecin Jean-André Peysonnel, qui, en 1724, par ordre

du roi, visita les côtes de Barbarie, raconte dans la relation de son voyage qu'à cette époque les Kabyles étaient de savants faux monnayeurs, soit en usant de faux coins, soit en se servant d'alliages assez difficiles à connaître. C'est une tradition qui s'est perpétuée dans le pays. Il est certain qu'avant 1857, et même depuis, les Kabyles ont fabriqué de la fausse monnaie. Jadis, le centre de cette fabrication était au village d'Aït-Larba. Les Ait- Ali ou Harzoun, fraction des Beni-boi\-Drar, et les Aït-Ouassif, se livraient aussi à cette fraude.

Tantôt la fausse monnaie sortait d'un moule, tantôt d'une matrice, où le marteau remplaçait le balancier. Les moules saisis pour les pièces de 5 francs se composaient de deux châssis en cuivre, bien ajustés l'un sur l'autre, en forme d'étrier. La pièce destinée à servir de modèle s'enfonçait dans l'argile qui garnissait l'intérieur de ces châssis, et donnait ainsi un creux parfait des deux côtés. On coulait dans ce moule l'alliage destiné à tenir lieu d'argent ; la lime et les cisailles avaient bientôt supprimé la bavure. La pièce contrefaite était alors décapée dans un bain de bitartrate de potasse et d'alun, puis passée à la fumée d'une lampe pour lui donner une apparence de vétusté.

Pour les pièces divisionnaires, la fabrication était plus rapide, chaque moule permettant d'en obtenir une vingtaine par opération.

L'alliage généralement employé pour la fabrication de la fausse monnaie était un mélange d'étain, d'argent, de cuivre pur et d'arsenic

(cette dernière substance destinée à donner à la pièce la blancheur et le son). L'argent entrait dans cet alliage environ dans la proportion do 33 %.

D'autres fois, l'alliage se composait d'étain, de plomb et d'antimoine, et les pièces étaient argentées avec une poudre à base de chlorure d'argent. Les pièces contrefaites étaient ainsi rendues douces au toucher, grasses à la main.

Nous" avons vu que les châssis étaient le plus souvent garnis d'argile à l'intérieur. Les Beni-Yenni se servaient également d'une terre que l'on trouvait aux environs de Tizi-Rached, et à laquelle on ajoutait quelques gouttes d'huile d'olive pour l'empêcher de sécher.

Il y a quelques années, dans l'affaire de faux monnayage qui se déroula devant la Cour d'assises d'Alger, les moules saisis étaient tout simplement en plâtre, portant des empreintes de pièces de cinq francs, à l'effigie de Louis-Philippe.

Un autre procédé plus perfectionné consistait à se servir de deux matrices gravées en creux, à l'eau-forte. La matrice inférieure avait la forme d'un tas et était fixée de manière à se présenter bien horizontalement. La matrice supérieure était mobile à l'extrémité d'une tige d'environ vingt centimètres, que le faux monnaycur tenait à la main. La frappe se faisait de la façon la plus simple, au moyen d'un coup sec qui suffisait pour déterminer l'empreinte sur le métal placé entre les deux flancs. C'était le système suivi à la Monnaie avant l'invention du balancier.

Mais les Kabyles n'ont jamais pu arriver à bien graver des matrices pour les pièces à effigie, pas plus qu'à reproduire l'exergue du cordon lorsqu'il était en creux. L'imitation des caractères au moyen d'un petit burin était trop grossière et décelait facilement la fraude.

Aussi les flans étaient fondus dans des moules spéciaux et leur gravure se faisait par un procédé fort ingénieux. Le faussaire unissait d'abord à la lime douce les faces qui devaient être gravées, les recouvrait ensuite de cire pour recevoir entre les deux matrices les empreintes de la pièce à imiter. Ensuite il répandait, dans les parties en creux, du bichlorure de mercure réduit en poudre et légèrement humecté avec de la salive. Au contact du métal, le sel était décomposé et l'acide chlorhydrique mordait l'acier, à la manière de l'eau-forte. C'est ainsi qu'on obtenait la gravure des matrices.

Gravure

des

coins.

l'oBFÈVREÎUE ALGERIENNE ET TUNISIENNE

Contrefaçon

des Ait-Ouassif.

Vente

de la fausse

inonnaû.

MM. Hanoteaux et Letourneux mentionnent qu'en 1862 un essai de contrefaçon de monnaie d'or fut tenté chez les Aït-Ouassif ; mais le fabricant, bien que désigné par la rumeur publique, ne put être poursuivi faute de preuves. Seul, l'un de ses complices, chargé d'émettre la fausse monnaie ainsi frappée, fut arrêté et condamné. Ce résultat coupa court à toute nouvelle tentative. Les pièces contrefaites étaient en étain fondu, manquaient de netteté et n'avaient pas le poids réglementaire. La dorure avait été obtenue à l'aide d'une eau achetée chez un juif d'Alger, et qui n'était autre chose qu'une dissolution de cyanure d'or.

Les mêmes auteurs racontent encore que la fausse monnaie était jadis frappée sur commande. L'acheteur indiquait l'espèce et la quantité qu'il présumait écouler dans la contrée sur laquelle il avait jeté son dévolu. Le fabricant percevait alors 0 fr. 60 par pièce de 5 francs. La contrefaçon se faisait, au contraire, à forfait, lorsqu'il fournissait également les matières premières ; suivant l'habileté qu'il déployait à l'alliage mis dans le creuset, on lui payait de 10 à 50 francs vingt écus; quoi qu'il en soit, le fabricant ne mettait jamais lui-même en circulation les pièces qui sortaient de ses matrices. Une seule famille des Beni-Yenni osa braver l'opinion : le restant de la tribu se crut déshonoré.

Il faut cependant reconnaître que cette loyauté subit parfois des accrocs. A maintes reprises, des Arabes arrivant de très loin vinrent s'approvisionner de fausse-monnaie à Aït-Larba ; les Beni-Yenni eurent connaissance de ce qui se passait : ils fermèrent les yeux sur cette fabrication clandestine, sans l'approuver. Ils voulaient bien l'ignorer, à la seule condition qu'elle ne se fît pas ostensiblement. Dans tous les cas, toute émission dans leur pays était sévèrement réprimée. Ceux des leurs qui auraient passé outre auraient été impitoyablement lapidés, séance tenante.

De nos jours, la fabrication de la fausse monnaie paraît avoir disparu des montagnes de la Kabylie. Les écus frappés en fraude qui circulent en Algérie, égaux en titre et en poids à ceux de la monnaie légale, sont de provenance étrangère. Le grand écart qui existe entre l'argent fin et l'argent monnayé n'est pas de nature à faire disparaître, dans le continent européen, le métier de faux monnayeur ; mais, en Kabylie, la surveillance de l'Administration française est exercée d'une façon trop étroite pour que les habitants, très

intelligents et très industrieux, de cette région n'aient pas renoncé, - '

d'une façon à peu près complète, au faux monnayage. Chaque Kabyle a un ennemi particulier qui épie ses faits et gestes et ne manquerait pas d'avoir recours à la dénonciation, si elle devait le débarrasser d'un être abhorré.

Les bijoux portent, en général, un poinçon rond, de la dimension Poinçons. d'une pièce en argent de 0 fr. 20. Ce n'est ni le poinçon de l'aminé, ni ceiui du président de la tribu. Dans cette empreinte est inscrit le mot arabe (Fedjera) ïj=? qui signifie: argent fin. C'est le poinçon que mettent les orfèvres sur les objets de leur fabrication. Il paraît qu'il en est de même maintenant en Allemagne, où le (Argent vierge.) poinçon de l'État est remplacé par le poinçon de l'orfèvre indiquant le titre de l'ouvrage.

A ce poinçon-là, le bijoutier en ajoute souvent un autre portant le nom de Mohammed, dont ci-après deux spécimens:

Le nom du Prophète équivaut à un serment. L'orfèvre atteste aussi par celte empreinte sacrée que l'objet est en « bon argent, h II en prend à témoin Mahomet. C'est comme s'il signait : Je le jure.

La Garantie d'Alger a fait subir à cette manière de procéder une légère transformation. Sans les obliger à renoncer à leur poinçon ordinaire, elle astreint les bijoutiers, conformément à la loi, à revêtir chacun des objets de leur fabrication de l'empreinte du poinçon de maître ayant la forme d'un losange, suivant l'usage dans la métropole! et portant les initiales du bijoutier associées à un symbole. Jusqu'ici, deux orfèvres des Beni-Yenni seulement se sont conformés à cette prescription et ont livré leur poinçon :

OURRAD HADJ REDJAII

Mohammed ben Reski Mohammed ben Haceks.

(Des AU-Larba.) (Aminé des Aït-Larba.)

Centres Comme nous l'avons vu, le centre principal de la fabrication des

fabrication bijoux kabyles est chez les Beni-Yenni. La tribu se compose de six

(Grande- tadderte : Aït-Lhassen, Aït-Larba, Taourirt-Mimoun, Taourirt-el-

Kabylie.j Hadjaj, Agouni-Ahmed et Tizzert. Voici leurs orfèvres :

AU- Lhassen. — Boudjema ben Saad Naît Ali Ahmed.

Salem Naît Ali Ahmed.

Ali ou Salem Naît Ali Ahmed.

Le premier a exposé en 1889, à Paris, et a obtenu un diplôme d'honneur pour une paire de ikhalkhalcn (khelakhel) en argent, gravés et ornés d'émaux.

Aït-Larba. — Nous retrouvons ici Mohammed ou Salem Naît Tjfla, avec son fils Kaci ben Mohammed ou Salem, et son frère Ouali ben Hadj Mohammed Arab NaïtTifla.

Les autres orfèvres de ce village sont :

Hamou Amar Naît ou Kboubèche.

Nzar Sliman Naît Mohammed.

Mamour Mohammed ben Mahieddine.

Boussad bou Arab (Naît Mohammed).

Brahim bou Arab.

Chaban bou Arab.

Ouarad El-Hadj Mohammed ou Salem ou Rezki Naît Ali, que nous retrouverons à Tizi-Ouzou.

El-Haoussine ou Rezki Naît Au.

Larbi ou El-Hadj Naît Ali.

Kaci Naît Tefla.

Mohammed ben Kaci.

Hamou ou Amar Naît Tefla, le plus habile graveur de toute la

RABYLIfi 403

Kabylie. Considéré dans son pays comme une célébrité, a formé un élève qui l'égale actuellement comme émailleur et se nomme Redjah Mohammed ben Hacène, aminé d'Aït-Larba.

Amar Amziane Naît Tefla.

^e nombre de ces bijoutiers peut paraître anormal, mais il est bon d'ajouter que dans le village la plupart travaillent, non pas l'argent^ mais le maillechort.

Agouni Ahmed. — Saïd Naît ou Youcef.

Hamou Saïd Naît ou Youcef.

Ali ou El-Hadj Naît el-Hadj travaille spécialement le melchior.

Taourirl-el-Hadjaj. — Mohammed Saïd Naît ou Akboubèche. Mohammed ou Ramdam Naît ou Akboubèche.

Mohammed ou Ramdam Naît Mohammed.

Taourirt-Mimoun. — Omar ou Naît Saïd Abbas, produit beaucoup Il a la réputation d'être très honnête.

Fischat, frère du précédent. Dans sa boutique, au sol recouvert de nattes, se trouvent la forge et le grand cylindre en fèr-blanc qui contient, chez tous les Kabyles, la réserve d'huile d'olive.

Les autres orfèvres de ce village sont :

Mammeri Saïd ben Mohamed ben Arab.

Aomar Naît Abbès et son fils M'Ahmed Naît Abbès.

Saïd ben Mohammed et son neveu, très habile ouvrier, Mammeri Salem ben Areztsi ou Mohammed Arab, qui est le meilleur armurier des Beni-Yenni pour le revêtement des fusils en plaques d'argent et des capucines d'un travail très fin. A ce métier, il joint celui de bijoutier, où il est en passe de devenir un des meilleurs. Il est très souvent choisi comme expert. Pour les couteaux, on cite souvent Mohammed ben Ali, qui sait merveilleusement marteler le fer doux.

L'égalité règne chez les Beni-Yenni. Chaque orfèvre travaille pour son compte, employant peu ou pas d'ouvriers. Chacun est possesseur de ses outils, mais il n'est pas rare de voir plusieurs patrons, appartenant généralement à la même famille, travailler dans un atelier commun.

Cinq kilomètres plus loin, les Aït-Ali ou Harzoun travaillent le

métal blanc. Enfin, dans la même région, les Aït-Aïssa, village de Taguemount ou Kerrouch, commune mixte de Fort-National, ont un bijoutier, du nom de Hadj Ali Haddadi, qui travaille également le maillechort.

En s'éloignant encore, on rencontre le village de Taka, devenu depuis longtemps le plus important de la tribu des Aït-Yahia ; il compte, avec ses hameaux annexes, près de 2.000 habitants. Avant lui, c'était Koukou, la capitale du royaume d'Ahmed el-Qadi. Marmol lui donnait 1.600 habitants; aujourd'hui, Koukou proprement dit n'a pas plus de 500 habitants. Des bijoutiers ont importé à Taka, il y a environ 70 ans, le mode de fabrication des Beni-Yenni.

Il existe encore d'autres centres de fabrication dans la Grande- Kabylie :

Fort- National. — Mohammed ou Salem Naît Tifla (poinçon de maître, M S, et une t^ir crénelée) est un ouvrier fort habile, mais il est aujourd'hui autant marchand que fabricant. Son magasin est situé près de l'hôtel des Touristes. On y trouve sa fabrication et celle de quelques orfèvres des Beni-Yenni.

Il quitte facilement ses montagnes. Il était à l'Exposition universelle en 1889, à celle de Lvon en 1896 et à celle de 1900.

Il est le beau-père de Mammeri Ben Gana, président des Beni-Yenni. Nous le retrouvons mentionné dans d'autres centres où il a travaillé.

A Azazga, centre de la commune mixte du Haut-Sébaou, travaillent deux orfèvres, dont l'un, Hadadj el-Hadj Mohammed, habite le douar. Il fabrique des agrafes et des bagues avec les monnaies qu'on lui apporte. Un autre, Anéirane Hadjidj, fait également des bagues et des ikhelkhalen avec des pièces n'ayant plus cours.

Tizi-Ouzou. — Cette sous-préfecture, bien qu'appartenant à la Grande-Kabylie, fabrique des bijoux de style mélangé d'algérois et de kabyle, qui ne sauraient être considérés comme de pur style kabyle.

C'est la dernière limite des bijoux en or, car on y fait des meqfouls semblables à ceux de la rue de la Lyre, à Alger.

Dans le village arabe situé au-dessus de la ville française, des femmes portent des bzaïm grossiers, très peu recherchés après la fonte. Mais depuis quelque temps, quelques orfèvres des Beni-Yenni

paraissent disposés à installer des ateliers à Tizi-Ouzou, à cause de sa proximité du chef-lieu. Pris trop souvent parles neiges, ils ne peuvent descendre de leurs montagnes que difficilement et à grands frais. Ils auraient ainsi toutes facilités pour se mettre plus souvent en contact avec les marchands algérois, leur présenter leurs travaux et se ravitailler de matières premières. Deux heures leur suffiraient pour faire le voyage. Il leur faut maintenant souvent plus d'une journée.

Actuellement, trois orfèvres à Tizi-Ouzou :

Mohammed Salem ; M S ; une étoile et un croissant.

Hadjaj ; H arabe.

Aresky Ourad; AO; deux bâtons en croix.

Mohammed Resky ; M R ; lettres en arabe.

Dellys. — Il y eut deux orfèvres, disparus aujourd'hui :

Amaron Hadjage, qui marquait A A ; avec un âne comme symbole.

Aaron Lévy ben Abraham ; A B ; avec tige, boule et croissant.

Travaillent actuellement :

Hayem Lévy ; H L ; avec un L majuscule.

Lévy Chautoub ; L C ; avec un couperet.

khalrhal (Anneau de pied).

Fabrication de Cellys.

Tigzert. — Bozounate, François ; B F ; avec une patte de dinde.

Palestro. — Sur Tisser et au pied du Tigremoun, s'était installé Saïd ben Himan, S H et lettre s minuscule. Il fît insculper son poinçon le 26 décembre 1898, comptant probablement sur les débouchés de la tribu des Oulad-Bab-Ali.

Djemàa-Saharidj. — Ali Hadad ; A A ; un cercle.

Akbou. — (Officiellement Metz.) Sur le versant du Djebel Tizibert, province de Constantine, circonscription de Sétif, trois orfèvres à citer :

Duberzou Saïd ben Amar, dont le poinçon, D A, porte une roue de voiture comme symbole.

Taleb Abdallah ben Saïd ; S A et une pipe.

Taleh Moiimd Chérif; H C et une pioche.

Dans cette commune mixte, les Beni-Abbès comptent une cinquantaine de bijoutiers qui vont fabriquer de village en village, mais ils ne travaillent pas l'émail. Leurs bijoux en argent sont lourds et massifs, livrés tels qu'ils sortent du moule, sans être travaillés à la lime, tandis que le travail des Beni-Yenni est martelé. Mais les Beni- Abbès passent pour être les plus habiles dans la fabrication des fusils incrustés de corail et d'argent. Ils façonnent le bois et font le canon à l'aide du martelage de rubans de fer appliques sur une tige de métal.

Petite- Les populations de la Petile-Kabylie sont un mélange de gens de

Kabylie. toutes provenances, dont les mo?urs et les usages sont plus berbères qu'arabes, mais dont le langage est au contraire plus arabe que berbère. Ils sont moins civilisés que les habitants de la Grande- Kabylie. Ils fabriquent maintenant des bijoux arabes en filigrane d'argent, à l'usage exclusif des Européens.

(Trsnil des Beni-Abbès. -

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