CONSTANTINE
Bâtie sur les bords escarpés de Poued Rhumel, ayant la forme d'un burnous déployé dont la Casbah représente le capuchon, la ville des conciles de l'Église, Constantine, est Tune des plus anciennes villes de l'Afrique. C'est la Cirta des Numides, la place forte qui subit les vicissitudes des guerres puniques.
Ruinée dans la guerre de Maxence, relevée sous Flavius Constantin qui lui donna son nom, victorieuse des Vandales, prise et reprise par
Cirta et ses sièges.
les Hafsides et les Mérinides, soumise ensuite aux Turcs, après avoir subi près de 80 sièges, Constantine fut gouvernée enfin par des beys sous la domination du pacha d'Alger, jusqu'à sa prise et à son occupation parles Français.
REDir DE CONSTANTINE.
(Anneau de pied.)
On sait quelle résistance opposèrent Hadj Ahmed et ses troupes. Le siège de Constantine rappelle le plus sanglant et le plus glorieux fait d'armes de la conquête.
Lamoricière y fut blessé grièvement, les généraux Dam-
rémont et Perrégaux périrent bravement en venant examiner la brèche. Le colonel Combes tomba frappé de deux balles près du duc de Nemours. Les assiégés réfugiés dans la Casbah se défendirent courageusement jusqu'au bout. Ils avaient déclaré que l'on ne serait maître de Constantine qu'après avoir égorgé jusqu'au dernier de ses défenseurs . Vaincu, mais non soumis, le bey Hadj Ahmed (ou Achmet) erra longtemps dans l'Aurès, se livrant à de nombreuses
Prise de Constantine.
Les aminés es-sekka.
Aminés des Français.
Essais imparfaits des aminés.
Poinçons anciens.
escarmouches contre ses ennemis. Il est enterré à Alger dans le cimetière de la petite mosquée Abd er-Rahman.
Constantine avait autrefois pour surveiller ses orfèvres un aminé es-sekka nommé par le bey. Disposant de pouvoirs fort grands, il
envoyait chez le cadi tous les bijoutiers en faute. La répression était
plus sévère qu'à Alger pour les israélites qui trompaient un acheteur. En cas d'émission de fausse monnaie, le faussaire était décapité. Il y eut plusieurs exemples de ce genre pour des juifs ayant doré des pièces d'argent qu'ils avaient cherché à faire écouler par des Mauresques.
Tout d'abord, lors de la prise de la ville, il ne fut rien changé à l'Administration telle qu'elle existait sous l'ancien dey. L'aminé es-sekka ne fut pas révoqué, mais à partir du 5 mars 1844 le gouvernement général de l'Algérie se réserva la nomination des aminés qui prirent le nom d'aminé el-fodda. Le premier, dont le Recueil des actes du gouvernement général nous a transmis le nom, fut Mohammed ben Ali ben Adjous, qui resta en fonctions jusqu'au 10 décembre 1847, époque & laquelle Mustapha ben Ali ben Djelloul Iç remplaça.
Les essais pour l'argent se pratiquaient alors d'une manière fort primitive. L'aminé se servait pour l'or de la pierre de touche et sans réactif; pour l'argent il mettait l'extrémité des bijoux au feu. Suivant qu'ils noircissaient plus ou moins, il en déduisait la quantité d'alliage "qu'ils contenaient. D'autres fois, il procédait par la fusion.
Avec les deux moyens qu'il employait, les résultats obtenus ne pouvaient être qu'imparfaits. Mais il* lui eût été difficile d'opérer autrement, car il ignorait les règles les plus élémentaires de la coupellation ou de la voie humide.
Aussi, lors de la recense générale en 1859, le service de la Garantie reconnut par des essais sérieux que les titres des bijoux poinçonnés par les essayeurs variaient de 400 à 600 millièmes et rarement plus.
Les poinçons des orfèvres étaient ronds et de grandes dimensions. Ils avaient près d'un centimètre de diamètre, et portaient leurs noms. Ils étaient déposés chez l'essayeur qui les appliquait en plaçant & côté le sien portant le mot fedjra (argent pur). Ils ne devaient marquer que les objets ayant les trois quarts de fin.
Les droits qui se prélevaient d'avance étaient les mêmes qu'à Alger ; pour l'or 0,05 par mitskal (m'ta deheb), environ 4 grammes
«T«c [s djehlne, le skhih, ]■ rjtlna et 11 ehorket en-soltalll, (D'aprea 11 photog, r|« Neoriieln ttim.)
et pour l'argent 0,05 par oukia de 30 grammes 594 milligrammes (m' ta foddha). Nous les avons déjà indiqués.
En 1856, les registres de l'aminé es-sekka indiquaient qu'il avait été présenté à son examen 66.000 grammes d'or et 1.302 kilogrammes d'argent; ce qui au taux actuel de 30 francs par hectogramme d'or et de 1 fr. 60 par hectogramme d'argent aurait pu produire au Trésor français une somme de 50.790 francs pour droits de garantie, 2/10 et demi compris, mais sans compter le droit d'essai. Et cependant les présentations faites à l'aminé n'étaient pas obligatoires ; elles restaient tout à fait facultatives, à la discrétion de l'acheteur qui, ne voulant pas, le plus souvent, lui verser une taxe en pure perte, évitait d'y avoir recours et préférait un résultat plus certain en assistant lui-même à la fonte du métal et à la fabrication de l'objet commandé.
Les orfèvres travaillaient au Souq el-Acem, dans des boutiques étroites comme celle de la Casbah d'Alger. Dans ce bas quartier de la ville tout se vendait : des vestes et des pantoufles brodées, des coiffures pointues en argent et des voiles lamés d'or. Ce Souq ressemblait à tous ceux d'Orient. On y faisait les ventes à la criée sous la surveillance de l'aminé el-dellaline et de l'aminé es-sekka, le contrôleur des matières précieuses.
Les principaux orfèvres de cette époque avant l'établissement du service de la Garantie ont tous disparu. Le quartier où ils s'étaient groupés surtout s'appelait Rahbel el-Souf (marché de la laine). Nous avons pu retrouver quelques-uns de leurs noms ;
Châloum.
Liaou.
Sfoné.
Menechy.
Nakach.
BOKA.
Zarzour.
Constantine était alors un des centres importants de la bijouterie indigène. Le voisinage de la Tunisie, où le goût desjujoux a toujours été plus perfectionné qu'en Algérie, explique la supériorité relative des produits de Constantine sur ceux de la Métropole algérienne.
Mais aujourd'hui cet art industriel est en pleine décadence. Ce sont seulement les juifs qui le pratiquent près du marché arabe ; d'ailleurs presque toujours ils se bornent à une fabrication courante et com-
Recettes des aminés français.
Décadence
de la fabrication*
mune. A peine s'ils ébarbent les pièces sortant de la fonte. Ils les livrent souvent telles quelles avec leurs aspérités. On dirait quelquefois des objets coulés en plomb. Us prétendent que les Arabes de l'intérieur les préfèrent ainsi. Nous en doutons,
Cependant quelques orfèvres du bazar Narboni (rue Négrier), des rues Combes, de France et des Cigognes font exception. Nous avons vu chez eux de belles pièces en or, surtout des meharef enrichis de perles bracelets de cord'une exécution ne, avec applisoignée, des re- que en or, dont daîf unis, pas la vente est entresscs.desfc/iros core prospère magnifiques at- dans toute la réteignant un moi *> «*-« .. gion qui avoi grand prix et des (B""kt dB mrnB "K "p,"iq,,PS dor* sine la capitale
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mqaîs djamons, del'EstAlgérien.
Les autres bijoux nous ont paru être originaires de Tunis.
A quoi bon, disent presque tous les orfèvres, fabriquer de belles choses? Nous ne les vendrions pas. Notre capital resterait immobilise. Les femmes indigènes n'ont aucun goût. La plupart n'ont pas d'argent. Ce qu'elles aiment dans le bijou, c'est sa valeur intrinsèque. Plus il pèse, plus il a leurs préférences. Rien ne vaut pour elles un collier monté de grandes pièces d'or. Cette parure domine à Constantine. Elle témoigne chez les Almacen de leur amour pour la pièce d'or qu'elles comprennent mieux que les choses artistiques. Contrôle Les bureaux du Contrôle, installés jadis rue Dar-el-Bey, n° 1, sont
actuel. maintenant rue Sauzay, n" 25.
M. Joseph Dominici, contrôleur des contributions diverses, est chargé du service de la Garantie. Nous lui devons de nombreux renseignements sur le service qu'il dirige.
Nous dressons ici la liste chronologique des contrôleurs de la Garantie du bureau de Constantine depuis la création du service, avec la durée d,c leurs fonctions :
M. Louques, contrôleur spécial (du 28 mai 1859 au 15 octobre 1872).
M. Marnât (du 15 octobre 1872 au 15 avril 1873).
M. Davoine (du 15 avril 1873 au 21 octobre 1873).
M. Desjardins, Charles (du 21 octobre 1873 au 5 février 1875).
M. Sarran, Léon (du 5 février 1875 au 15 février 1875).
M. Bonhote, Théophile, contrôleur spécial (du 15 février 1875 au 18 avril 1879).
M. Gaye, Auguste, contrôleur spécial (du 8 avril 1879 au 30 septembre 1889).
M. Maury, Amédée, contrôleur des contributions diverses faisant fonctions de contrôleur dç la Garantie (du 30 septembre 1889 au 12 septembre 1890).
M. Béraud, Georges (du 12 septembre au 13 décembre 1894).
M. DoMiNicr, Joseph, nommé le 13 décembre 1894 jusqu'à ce jour.
A Constantine comme à Alger, un peseur officiel se charge de Peseur vérifier les ouvrages que les indigènes lui soumettent pour en connaître le poids et le titre.
Liste des anciens et nouveaux orfèvres de Constantine avec indication de leurs poinçons.
Assoun, Kalfallah, dont le poinçon porte les initiales A K et une rose comme symbole (1860-1889).
Assoun, Liaou, une lyre, AL (1860-1893). Assoun, Braham, un coq, AB (1865-1885).
David ben Saïd, une tête de cheval, DS (1873). Hannoun, Lellouch ; H L et un lièvre.
Ksentini, Gabriel ; K L et une bannière. Zaouï Messaoud ; Z M et une manivelle. Zaouï, Amar ; A Z et un plumeau.
Halimi, Maklouf ; H M et une ancre de navire. Nakach, Mardochée ; M N et un violon.
Allouch, Isaac; I A et un violon (fait aussi du métal blanc). Atlani, Kalfa ; K A et un lorgnon.
Zaouï, Abraham ; Z A et un plumeau.
Boukris, Chemloum; CB et main ouverte.
Touriana, Khalfa ; TK et un lion.
Hannoun, Nessim ; N H et une galère.
Attali, Isaac ; A I et un cœur.
Zerbib, Mebourak ; Z M et une grappe de raisin. Atlani, Abraham ; A A et une flèche.
El-Bèze, Kalfa ; K L et une hallebarde.
Moïse ben Saïd ; M S et une tête de cheval. Cohen, Liaou ; C L et une cafetière.
Zerbib, Guemara ; GZ et une bouteille.
Assoum Sion ; S A et une mouche.
Atlan Bentekia ; B A et un tambour.
Zaouï, Messaoud ; M Z et un phare.
Isaac ben Saïd ; I S et une tasse à café. Salomon Zerbib ; S Z et une scie. El-Bèze, Maklouf ; EM et une tête d'homme. Diksik, Moïse ; S M et deux lances en croix. Assoum, Isaac ; I A et un éventail ouvert.
Centres La province de Constantino est divisée en quatre sections où
/k opèrent les employés des contributions, diverses faisant fonctions de
' rtca wn' contrôleurs de la Garantie : Constantine, Sétif, Bône et Batna. Nous
allons passer en revue rapidement ces centres de fabrication :
CONTROLE DE CONSTANTINE j
Aïn-Beïda
A Aïn-Beïda (la source blanche), de nombreux orfèvres israélites fabriquent pour les Haracta, guerriers pillards sous les Turcs, devenus, sous les Français, des cultivateurs laborieux.
Guigues, Rhamine, dont le poinçon RG porte une autruche comme symbole.
Adjedj, Rhamine, AR et une panthère.
Guigues, Messaoud, G M et une casserole.
Eliaou Allouch ben Chouchane, E A et une aiguière.
Allouch, Aaron, A A et une carafe.
Allouch, Mardochée, A M et un ciboire.
Ces derniers font du métal blanc :
Atlan, Rhamim, R A et un épi de blé.
Assouline, Slimane, S A et M couronné.
Chaloum Allouch ben Chouchane, CAet un éperon.
Allouch, Jacob, JA et un entonnoir.
province de constantine 441
El-Arrouch
Il s'y tient un grand marché le vendredi, sur l'oued de ce nom. Importantes transactions sur les huiles de la Kabylie, les laines, les peaux, les tissus. Deux orfèvres approvisionnent la riche vallée du Saf-Saf :
Nabet, Salomon, dont le poinçon NS porte un triangle comme symbole.
Zaouï, Moïse, MZ et un moulin à vent.
Meskiana
Sur l'oued qui porte son nom. Depuis 1892, un orfèvre y est installé : Mrah Allouch ben Saïd, M A et une cigogne. Fabrication sans intérêt.
Oued-Atménia
Petite ville située dans une vallée du Rhumel et près de la source d'eau thermale de Hammam-Qrous ; comme annexes, Ribeau ville, Eguisheim, Altkirch, Obernai. Deux fabricants arabes pour tous ces villages dont les noms rappellent la petite patrie absente de l'Alsace et de la Lorraine :
Haouchine Ahmed ben Hadj Houcine, dont le poinçon H H porte une cornue comme symbole.
El Haouchine Salah ben Ali, H A et un canon.
Oued-Zenati
Petite ville sur la ligne de Guelma à Constantine, où se tient, le lundi et le jeudi, un marché arabe très important. Aussi, plusieurs bijoutiers dans ce chef-lieu de commune :
Hamitouche Rabi ben Salah, dont le poinçon HS porte un corde chasse eomme symbole.
Mohammed Chérif ben Salah, M S et un verre à Champagne.
Taleb Yahia ben Saïd, T S et un cygne.
Allouch, Abraham, A A et une longue- vue.
Hamitouche Mohand Areski, H A et un trident.
oum-el-bouaghi
La commune où Ton fabriquait des « sébiles en bois », comme l'indiquait son nom, s'appelle aujourd'hui Canrobert ; elle n'a qu'un seul orfèvre qui envoie contrôler ses produits à Constantine.
Allouch Hannoun ; poinçon A H. Symbole, un alambic.
Philippeville
Ville française édifiée sur les ruines de l'antique Rusicade. Le marché du Safsaf attire beaucoup d'indigènes ; mais dans la région la vente de la bijouterie n'a aucune importance. Un seul orfèvre :
Attal, Messaoud, dont le poinçon M A porte un maillet comme symbole.