Noufeau Manuel complet du ciseleur; Paris, 1859; p
matières', il a le devoir de faire signifier au métal « ce que le sculpteur n'a pu donner, ce que ne livrent ni la terre, ni la cire, ni le bois, ni le marbre : celte fleur de l'épiderme, le chaire de la peau, la maille du tissu, les nervures des feuilles, le moiré des fleurs, tout cet infini délicat qui charme l'œil et donne la couleur et l'esprit à la matière ». Mais, dans ce magique achèvement qui est son triom[)he, le ciseleur ne doit jamais cesser d'être le traducteur obéissant et soumis du créateur de l'œuvre.
Fiji;. 20. — Le boulet. — C, le ciineut portant la pièce à ciseler. — A, le cercle de tôle renfermant le ciment. — B, le boulet proprement dit. — D, le pauonior.
Ces diverses façons extrêmement variées et toujours délicates, notre artiste les exécute avec une quantité prodigieuse d'outils, peu compliqués du reste, et qu'il fabrique souvent lui-même. Ces outils sont le marteau dont nous avons déjà dit un mot, les gouges, les burins, les grattoirs, les molettes et surtout les rifloirs et les ciselets. Ces derniers notamment sont en nombre inlini, et cela s'explique. Leurs formes et leurs dimensions changent au gré de l'exécutant, qui les accommode et les façonne suivant les habitudes de sa main, la nécessité de son travail, ou sou désir d'oblenir certains elfels déterminés, ^'()ici, du resle, en quoi ces outils consistent.
1. M. L. Falizo. Voir Dictionnaire encyclopédique de l'industrie et des arts industriels, à l'article Ciselure.
On donne le nom de ciselets à des tiges d'aciei" de 10 à 15 centimètres de longueur et de 3 à 5 millimètres d'épaisseur, dont un bout — celui qui agit sur le métal — est fortement trempé, mais sans jamais être tranchant. C'est cette extrémité de l'outil qui reçoit ces formes étonnamment variées dont nous parlions à l'instant. Non seulement elle se modifie comme largeur et comme taille suivant les besoins de celui qui l'emploie, mais elle s'aplatit ou se bombe, s'arrondit ou se creuse, revêt un aspect anguleux ou carré, offre une surface grenue ou polie, et presque à chacune de ces transformations l'outil ])rend un nom particulier. Si l'extrémité s'amincit et s'effile en pointe, c'est la bouge; si elle s'arrondit, au contraire, c'est la houteroUe ; si elle se creuse, c'est le perloir, etc. Cette pointe est-elle unie et polie, le ciselet rentre dans la catégorie des outils clairs; si, au contraire, elle est striée, pointillée ou grenue, il se trouve compris dans la classe des matoirs ; etc. Les sous -variétés de ces petits instruments sont tellement nombreuses, que le ciseleur a généralement à ]>ortée de sa main trois ou quatre grandes boîtes rondes en fer-blanc. La })remière est remj)lie par les outils clairs, la seconde par les matoirs, la troisième par les traçoirs, et tous sont dressés le bout en l'air et réunis sous son œil, de façon que l'artiste voie de suite oîi sa main exercée peut chercher et trouver l'outil qui lui est nécessaix'e.
Les rifloirs, également, sont fort employés et très variés
dans leurs formes. Ils consistent en tio^es d'acier lono-ues
d'environ 25 centimètres, dont les extrémités sont façonnées à la lime suivant le dessin particulier qu'exige la nature même du travail. Une fois préparés, on les taille, et on les trempe ensuite. On en fait de ronds ; d'autres sont en forme de langue de chat, de haricot, de couteau (on nomme ceux-là coutelles], de feuilles de sauge, de crochets, de bouts relevés. Les uns ont leur tige droite; d'autres l'ont cambrée et même courbe, de façon à pénétrer dans cer-
taines cavités dont autrement on ne pourrait atteindre le fond.
Indépendamment de ce petit arsenal déjà fortement approvisionné, et qui comprend ce que l'on pourrait nommer les instruments classiques, il faut mentionner cette autre catégorie que M. Jean Garnier* appelle plaisamment les
Fig. 21. — Lo hlot pris dans IVHaii.
outils de cille. Ceux-ci consistent en ciselets qui tantôt se traînent ù la façon des maloirs, tantôt se frappent net et laissent une enqjreinte d'une nature spéciale. On s'en sert ])our imiter le poil de certains animaux, les carapaces de l'écrevisse, du homard, des crabes, les écailles des truites et des brochets, des lézards, etc. Ces outils singuliers, .spécialement exécutés \y<xv ceux qui en font usage, exigent
1 Le Manuel du ciseiciir, p. 219.
chez leurs auteurs une certaine dose d'observation et beaucoup d'adresse et d'expérience.
Le reste du matériel nécessaire au ciseleur est de moindre importance. Il se compose d'un établi sur lecjuel on place un boulet en fer, calé par un épais rond de cuir, en forme de collier de chien, qu'on nomme pa/to/iier (voir fig. 20). Ce boulet n'est engagé dans le panonier que jusqu'au quart de son diamètre. Grâce à son poids, il olfre une grande stabilité. En outre, sa forme sphérique permet de le tourner dans tous les sens et de lui donner toutes les inclinaisons. Le ciseleur fixe sur ce boulet les pièces qu'il veut achever, à l'aide d'un ciment fait de résine, de suif et de coaltar (goudron de houille), qu'il a])jdique à chaud, et dont lamission, une fois que par le refroidissement il a pris la dureté nécessaire, est non seulement de retenir la pièce sur son support, mais encore de soutenir le métal.
Lorsque, au lieu de travailler un objet en ronde bosse, le ciseleur doit s'attaquer à un plat ou à une assiette, comme le boulet ne lui offrirait [)as une surface assez ample pour exécuter un ouvrage aussi vaste, il colle ce plat ou cette assiette sur un blot. On donne ce nom à un plateau de bois fait d'un ou de plusieurs morceaux et proportionné, comme dimensions, à la taille de la pièce qu'on veut achever. Ce blot peut être fixé sur le boulet ; mais plus ordinairement il est muni en dessous d'une forte cheville qu'on serre solidement dans les mâchoires d'un étau (fig. 21). Enfin, si le i)lot affecte lui-même des proportions trop vastes , on se borne à le caler sur l'établi avec des morceaux de bois, ou, ce qui vaut mieux, avec des coussins de cuir remplis de sable.
Tels sont les principaux outils journellement employés pour la ciselure du fondu. Nous verrons bientôt que pour le repoussé on fait également usage de la plupart d'entre eux, et qu'on se sert aussi de quelques autres.
du travail au marteau, et des avantages qu'il présente
Bien que l'or et l'argent se fondent presque aussi facilement que le bronze, on ne recourt cjue rarement, nous l'avons dit, à ce procédé pour la confection des pièces d'orfèvrerie. Le prix relativement élevé de ces deux métaux oblige, en effet, ceux qui les mettent en œuvre à ménager autant que possible la matière. C'est pour eux non seulement un moyen de rendre plus abordables les ouvrages qu'ils fabriquent, mais encore d'en assurer la conservation'. Aussi, dans le but d'économiser le métal, a-t-on recours, pour la fabrication de la vaisselle plate, à la forge et au planage, et pour la fabrication de la vaisselle montée, au repoussé et à Vestampage ; procédés d'autant plus universellement employés que l'argent, métal très ductile, se laisse admirablement travailler au marteau.
Ajoutons que ces diverses manières de façonner les métaux précieux sont extrêmement anciennes. La plupart des bijoux et des pièces d'orfèvrerie antiques qui sont parvenus jusqu'à nous, sont le résultat delà forge et du repoussé. Le musée égyptien du Louvre montre dans les vitrines de la Salle funéraire, un masque estamj)é dans une lame d'or, et le livret d'un batteur d'or encore rempli de feuilles obtenues au marteau. Les masques et les bijoux découverts |)ar M. Schliemann dans ses fouilles célèbres, ainsi que les admirables parures, diadèmes, colliers, couronnes, conservés dans la Salle des htjou.v, prouvent que les Grecs et les
1. On peut voir, en effet, dans le Rcsumc hislorujuc dont cette notice est suivie, <[ue la principale cause de destruction de l'argentoric réside justement dans la valeur constaninionl réalisable des métaux qu'elle met en œuvre.
Étrusques pratiquaient ce genre de travail d'une façon courante. Les trésors dTIildesheim, de Berna}^ de Notre- Dame d'Alençon, attestent qu'à Rome et dans la Gaule romaine, le repoussé avait atteint une beauté qui n'a pas été dé|>assée depuis. Enfin la précaution que nos ancêtres prirent de toujours représenter l'illustre patron des orfèvres, le grand saint Eloi, un marteau à la main, établit assez que les procédés ayant le martelage pour base ne furent jamais négligés dans notre pays.
Il ne faut donc pas s'étonner qu'un art aussi vénérable, ])ratiqué de toute ancienneté, soit arrivé à produire des ouvrages d'une ii'réprochable perfection. Ce long entraînement devait avoir pour conséquence une sûreté d'exécution absolument supérieure; aussi peut-on affirmer, sans exagération, que l'orfèvre habile ne connaît pour ainsi dire ])as d'obstacles, et peut, armé de son marteau, réaliser toutes les fantaisies que son génie enfante. En possession d'une lame d'argent relativement mince, il va, en frappant des coups fermes et bien assurés, donner peu à peu à cette lame une courbure concave; puis, quand cette courbure sera suffisamment accentuée, il saura toujours, par le môme moyen et sans autre artifice, ramener son métal, en former un vase dont il rétrécira progressivement l'entrée jusqu'à terminer celle-ci par un étroit goulot qu'il évasera légèrement. Ce n'est point tout. Une fois ce goulot achevé et ourlé d'un rebord, notre artiste couvrira le corps de son vase de reliefs obtenus par des coups frappés de l'intéineur, et il achèvera extérieurement ces reliefs, par une reprise au ciselet qui en accentuera toutes les délicatesses.
Ces diverses opérations sont si couramment pratiquées, que chacune d'elles porte un nom spécial. L'action de rendre une feuille de métal convexe d'un côté et concave de l'autre, se nomme emboutir; celle de ramener le métal, de restreindre ainsi son étendue, est désignée i)ar le mot rctreintc; lorsque le goulot est suffisamment haut et que l'ai'-
liste en évase les bords, celte opération s'appelle ccollclcr, et ce verbe fait presque image. Enfin on dit du ciseleur qui décore la pièce eu la repoussant de l'intérieur qu'il rcci/igic ses ornements, parce que le cou|) de marteau cinglé par lui sur la tige de fer qui pénètre dans le goulot, reciiiglc par contre-coup sur la paroi interne cUi vase'.
Lorsque nous disons que ces curieux tours de force sont couramment exécutés au marteau, il ne faut pas entendre qu'ils sont tous obtenus avec le môme marteau. L'orfèvre possède, au contraire, une foule de ces outils, de formes différentes, et dont chacun est l)articulièrement façonné pour un genre spécial de travail.
Tels sont les divers marteaux à emboutir, à réparer, à achever, les marteaux et les mctrtelets à bouge, à inarl'i , à planer, à relrelndre , etc., et, conjointement avec ces marteaux variés, il fait encore usage d'autres intruments de formes assez particulières.
g. 22 à 21!. — Passes successives d'tiii (lis([iic (lu iiicUl aiueué par le mai'tclaiie à fonuer nue corbeille.
1. L'oiilil dont o!i se sert pour co travail ot que nous décrivons plus loin poi'lc également le nom de /«^f/wi/Zf. Nous reniarcpierons que jamais nom d'outil iuissi employé ne fut écrit d'une façon plus incertaine mènu^ ]5ar les gens du métier. Ainsi Jean Garnier et, après lui, L. Falize écrivent rcssiiijj;] Julia de I^'ontciudle et Malpcyre préfèrent ivssiiiiynv -^ \À\.\,v(' , rcsingle; Charles Blanc;, /•t'A'm.!,'-Me. Nous a\ous cru bien faire en rendant à ce mot sou orthographe primitive.
Suivant la nature du travail qu'on doit exécuter, les appareils sur lesquels on bat le métal affectent, en effet, un aspect différent et prennent des noms en rapport avec l'usage spécial auquel ils servent, \cni-on plane r, dresser ou polir une plaque d'argent, on a recours au tas à dresser, sorte de pyramide renversée faite en acier trempé, dont le sommet se trouve engagé dans une large mortaise préalablement pratiquée dans l'établi, ou encore enfoncée dans un billot de bois, et dont la base, devenue partie supérieure, est })arfaitement polie. Veut-on canneler une plaque ou former le
Fig. 27 à 29. — Tas à planer, à dresser et à canneler.
rebord d'un vase, d'une cafetière, on se sert du tas à canneler ou du tas à soyer, dont les bords sont arrondis ou dentelés, suivant la qualité de l'ouvrage.
S'agit-il d'emboutir une plaque de métal, on emploie celle des nombreuses espèces de bigornes qui convient le mieux au genre d'objet qu'on se propose d'exécuter : bigornes droites pour les timbales, bigornes demi-rondes pour le corps ou la panse des vases, bigornes en boule pour les objets à fond arrondi, comme les saucières, etc. C'est également la bigorne qui sert pour restreindre le corps des vases et former les goulots. Pour les gros ouvrages, on a des enclumes spéciales, se terminant le plus souvent en bigornes ; enfin quand l'emboutissage doit affecter un galbe parti-
culier, ou se sert de iiia/idri/is mvyilats, ronds, octogonaux ou carrés, faits de bois, de cuivre jaune ou de fer, et appropriés aux contours que l'on veut obtenir.
L'exécution des principaux ouvrages d'orfèvrerie nécessite encore un matériel accessoire, permettant soit de pré- ])arer les pièces, soit de les finir. Il est clair, en elfet, qu'avant d'attaquer la feuille de métal pour en lirer un plat ou une cafetière, il est indispensable de commencer par tailler cette feuille suivant la forme convenant le mieux au genre d'ouvrage qu'on prétend mener à bien. Il faut dé-
30 à 32. — Bisornos droites et demi-rondes.
barrasser, en outre, la surface que l'ouvrier va modeler au marteau, de toutes les parties inutiles qui le gêneraient dans l'exécution de son travail. De là des opérations de traçage et de découpage, toujours délicates, parce que le bon orfèvre s'efforce, avant toutes choses, de ne pas gâcher la matière. Aussi prend-il bien soin de découper ses surfaces })rincipales avec le moins de perte possible, et de façon à se ménager des rognures assez vastes pour en tirer les petites pièces, comme les becs de cafetière, de théière, les anses, etc., qui lui serviront ensuite à compléter l'objet principal. Pour exécuter son tracé, l'orfèvre emploie ordinairement des patrons en carton ou en fer-blanc. Parfois, et lorsqu'il est très habile, il trace directement à la pointe un dessin, dont il reprend ensuite le contour au burin, et
qu'il tranche soit aux cisailles à main, soit aux cisailles à
banc, suivant l'épaisseur (!•■ la ])laque.
Tels sont les princi|)aux outils qui sont couraninienl usités dans les ateliers d'orfèvrerie. Leur énumération et la description succincte que nous en donnons aideront sans tloute le lecteur à se faire une idée générale de la façon dont s'exécutent tous ces beaux et riches ouvrages. Ce qui est ])lus délicat à entendre et moins facile à expliquer, c'est le degré d'habileté, d'intelligence ])ratique et d'expérience que réclament ces curieuses et difficiles opérations. Le façonnage au marteau des métaux précieux nécessite, en effet, des précautions nombreuses et une adresse de main absolument exceptionnelle. L'ouvi'ier doit conduire son métal, appauvrissant les parties destinées à constituer les fonds, renforçant celles qui doivent former les saillies ])rincipales, s'appliquant à pro|)ortionner la force de chacun de ses coups à l'épaisseur de la surface qu'il frappe, et à ne jamais faire poi'ter son marteau qu'une seule fois à la même place, de façon cpie le métal conserve sa parfaite homogénéité.
Le repoussage, en outre, par la mulli[)licité des chocs, arrive à corroyer l'argent, à le durcir au point que le travail deviendrait beaucoup plus ])énible, ])resque impossible, si l'ouvrier ne prenait le soin de passer de temps en temps ses plac|ues à un feu assez vif, afin que la chaleur, en dilatant les molécules, rende au métal sa ductilité et sa malléabilité premières. Encore là, de grandes précautions sont-elles à prendre. On doit, par exemple, faire bien attention cjue chaque chaude soit donnée d'une manière uniforme, afin que les coups de mai'teau appliqués avec une même force sur un métal c|ui a été j)lusieurs fois recuit, ne produisent pas des effets différents.
Est-il nécessaire d'ajouter que, dans la pratique, ces délicats travaux présentent mille et une complications auxquelles nous ne saurions avoir la prétention d'initier le lecteur?
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Ce n'est pas dans un livre, en effet, mais clans l'atelier et sur la pièce même, placée entre la bigorne et le marteau, que ces sortes de démonstrations peuvent se faire avec fruit et d'une façon complète.
Xous nous bornerons à constater qu'en dépit de ces difficultés si nombreuses et si variées, l'orfèvre vraiment habile ari'ive à tirer du métal à peu près ce qu il veut. Ainsi, pour prouver leur talent, les repousseurs adroits prennent une pièce de 5 francs et parviennent à lui donner, par le simple martelage, la forme dun cornet on d'un verre à Champagne, en ne conservant de la pièce que le ruban avec la devise « Dieu protège la France », qui devient le rebord du vase obtenu. Mais, quelle que soit la dextérité de ceux qui l'exercent, une profession ne peut admettre les tours de force qu'à l'état d'exception. C'est pourquoi les orfèvres se sont ingéniés, de tout temps, à user de procédés leur permettant de simplifier ce que ces ouvrages offrent de trop ingénieusement compliqué et, comme exécution, de trop difficile.
Fig. 34. — Orfèvre faoonuaut un gol)C'let sur In bigon d'après une gravure de YEncyclopcdie.
LES PROCEDES ECONOMIQUES ET RAPIDES DE FABRICATION. DIVISION DES PIÈCES EN FRAGMENTS SEPARES, ET RÉU- NION DE CES FRAGMENTS PAR LA SOUDURE.
Pour donner à leur industrie toute l'extension dont elle est susceptible, les orfèvres se sont, de tout temps, appliqués à réduire autant que possible leurs prix de fabrication. Produire rapidement et à bon marché non seulement la vaisselle d'usage, mais encore les pièces conq)liquées, destinées à la parure des buffets, c'est assurément en rendre Facquisition plus facile et, par contre-coup, donner aux travaux de l'orfèvre un redoublement d'activité. Ce calcul ('tait exact surtout aux époques lointaines où, les valeurs d'Etat et de banque n'existant ])as, la possession des métaux précieux constituait à peu près toute la fortune mobilière. En rendant leurs façons de moins en moins coûteuses, les orfèvres devaient amener tout naturellement les détenteurs de quantités considérables d'or et d'argent à les faire convertir en vases, en aiguières, en drageoirs, quitte, lorsque les temps devenaient plus difliciles, à leur restituer leur première forme de monnaie ou de lingots. Et c'est ainsi que l'argenterie des princes et des grands seigneurs put être assimilée, pendant toute une suit»» de siècles, à une sorte de réservoir métallique où l'on puisait suivant les besoins du moment. Telle est, en effet, la raison de ce débordement de pièces d'orfèvrerie que, durant tout le moven âge, on rencontre, aux jours heureux, dans lei. trésors des princes et des rois, et de celle pc'iuiric cpu' les Titvcntdlrcs d(i ces inèni(>s ])rinces siguali-ut ajjrès unt; guerre malheureuse ou quelque entreprise funeste.
Une foule de documents viennent nous apprendre, en outre, que jusqu'à la fin du xvi* siècle l'argenterie tint lieu constamment de monnaie, et servit aux payements de toutes sortes'. On prêtait alors à ses amis des ouvrages d'or et d'argent, comme de nos jours on })rête des espèces ou des billets de banque. C'est avec un lot d'argenterie mis généreusement à sa disposition par le duc Louis d'Anjou, que Henri de Transtamare put regagner son trône usurpé par Pierre le Cruel. Louis d'Anjou, si généreux pour les princes détrônés, usa à son tour de toute l'influence qu'il avait sur son neveu Charles VI, pour emprunter à l'orfèvrerie royale les moyens de conquérir son royaume de Sicile. François P"" fit mieux ou pis. Après la bataille de Pavie, il ne se borna pas à faire fondre la vaisselle royale et jusqu'à la « nef » d'or, emblème de ses prérogatives souveraines, il adressa un pressant appela la générosité de ses sujets, et, pour payer sa rançon, emprunta l'argenterie des particuliers, qui prit avec la sienne le chemin de la Monnaie. Une curieuse Ordonnance datant du règne de ee prince nous apprend, également, qu'à cette époque les impôts étaient communément acquittés en vaisselle; et dans l'information que le roi Henri de Navarre fit faire en 1588 à propos de la mort suspecte du prince de Condé, nous voyons que toute l'argenterie de ce prince avait été mise en gage, ou donnée en payement de dettes plus ou moins anciennes.
Ces exemples, qu'on ])ourrait multiplier et qui, du reste, ont été recueillis avec soin, car ils sont des i)lus instruc-
1. Il est à remarquer que tous les ouvrages d'argenterie antiques qui nous ont été conservés, portent l'indication de leur poids gravée sur une partie apparente. De même les Int>entaires du moyen âge relatent méticuleusement le poids de toute la vaisselle décrite; et cette précaution permettait aux possesseurs de ces richesses de savoir exactement le nombre et la nature des pièces qu'ils devaient donner pour acquitter une somnae quelconque.
lifs', montrent suffisaunnent le rôle tout spécial que jouait alors la vaisselle d'or et d'argent. Pour j)ouvoir, au premier besoin, être fondue sans troj) de |)erte et reni[)lacer la monnaie dans les transactions courantes, il fallait que les façons dont on la chargeait fussent relativement de peu de valeur, sans c{uoi le déchet eût été trop grand-. De là cette constante préoccu[)ation des orfèvres de diminuer leurs frais de fabrication et de rechercher les procédés sim|)li- Jlcateurs, à une éjjoque où les autres industries ne s'ingéniaient point encore à faire des économies sérieuses sur la jnain-d 'œuvre.
Le premier moyen auquel les orfèvres paraissent avoir eu recours pour atteindre ce résultat, fut de diviser l'ouvrage en un nombre plus ou moins considérable de morceaux, qu'on exécutait séparément et qu'on réunissait par la soudure. Les avantages qu'offre cette fragmentation sont assez évidents ])Our qu'on n'ait pas besoin d'insister longuement. Il est clair, en etfet, que, quelle que soit la maîtrise de l'exécutant, il y a pour lui économie de temps et de difficultés à façonner isolément chacune des parties d'un vase, quitte à les souder ensuite, plutôt que d'essayer de tirer ])rogressivement d'une feuille de métal non seulement le corps même de ce vase, mais toutes ses parties accessoires. C'est, eu outre, le seul moyen qu'on ail d'em- ])loyer simultanément plusieurs mains à la confection d'un
1. Voir le Dictionnaire de V ameublement et de la décoration, aux mots Argen'teuie, Orfèvrerie, Vaisselle, etc.
2. Louis XIV en fit binii l'expérience. Loi-squela fortune eommonoa <le lui faire mauvais visage, voulant se conformer à lu coutume adopléo par les rois ses prédécesseurs, il fit, eu 1()89 et 1700, porter à la Monnaie son incomparable argenterie. Mais les temps avaient •«•hangé ; la main-d'œuvre était devenue infiniiuent plus coûteuse, et le roi, qui espérait se procurer six millions avec celte refonte, à sa grande surj)rise n'en trouva que la moitié. Il avait compté sans l'anéantisscment à jamais déplorable des façons qui doublaient la vaîcur de cette orfèvrerie unique en son genre. (Voir Saint-Simon, Mé^ moires, tome VII, et Vollaire, Siècle de Louis XIV.)
même ouvrage et, suivant la complication des façons, d'utiliser le concours de collaborateurs plus ou moins expé- ]-imentés. En un mot, c'est recourir à la division du travail et profiter de tous les avantages qui en découlent ^
Une fois les différents fragments exécutés, on les soudait au corps de la pièce. Nous avons, dans notre secomi chai)itre , expliqué en quoi consistait cette nouvelle opération. Et-il bien nécessaire de redire ici que souder deux surfaces métalliques, c'est les faire adhérer à l'aide d'un alliage, entrant en fusion à une température sensiblement moins élevée que celle où le métal dont elles sont faites commence à fondre? Faut-il rappeler également ce que nous avons dit des alliages servant pour cette o])ération et qui, divises en deux classes, prennent, suivant leur degré de fusibilité, le nom de soudures fortes ou de soudures tendres? Nous croyons inutile de revenir sur ces particularités, et nous nous bornerons à indiquer rapidement les procédés les plus communément enjployés pour oi)érer, à
I. C est une sorte de lieu commun de prétendre que la division du travail est d'une pi-atique moderne. Les écrivains spéciau.\ et les manufacturiers eux-mêmes en sont si bien convaincus, qu'ils ont rarement laissé passer l'occasion de se plaindre de cette division, considérée comme récente. « Jadis , écrivait le rappoi-teur de la classe de l'Orfèvrerie à l'Exposition de 1867 , jadis l'orfèvre créait et exécutait luimême son œuvre; aujourd'hui l'importance des affaires l'a forcé à introduire chez lui la division du travail, si utile dans la grande industrie. » Rien n'est moins exact, surtout pour la profession qui nous occupe. M. Jean Garnier, dans son Manuel du ciseleur (p. 97), constate que les vases exécutés au xvi"' siècle sont composés d'un nombre considérable de morceaux, tous ciselés séparément. Mercier, dans son Tableou de Paris (tome XI, p. 139), écrit : « L'orfèvre occupe une foule de graveurs, ciseleurs, guillocheurs, polisseurs et polisseuses. Tel homme, haut de cinq pieds six pouces, robuste, ne fait toute sa vie que tirer des filets sur des boites. Tel autre fait un trophée, celuilà grave un cachet, un chiffre... « Plus loin (p. 44 et suiv.) nous citons des Edits roi/aux qui confirment cette division du travail aussi généralement pratiquée sous l'ancien régime que de nos jours. Il ne saurait donc subsister aucun doute à cet és:ard.
l'aide de ces sortes d'alliages , la jonction des diverses fractions d'un même ouvrage.
Après que le corps principal de la pièce et les parties accessoires destinées à lui être réunies, ont été suffisamment achevés à l'aide du marteau, du grattoir et de la lime, on les nettoie avec soin; on décape les endroits qui doivent être soudés, pour qu'ils soient mieux en état de se joindre avec l'alliage; on les horaxe même légèrement, dans le but de faciliter aux paillons de soudure le chemin qu'ils doivent suivre; puis on fixe les parties accessoires sur la pièce principale à ^^^
l'aide de fils de fer, d'agrafes ou de petits crampons, opération qui réclame la ])lus méticuleuse attention.
Il est indispensable, en effet, que chacun des morceaux qu'on veut souder occupe bien exactement sa ])lace définitive, et ne puisse
subir aucun déplacement Fig. 3:,.— Tliéiùi^avecTos diverses parties au cours de l'opération. 11 .vuuies et prêtes à être soudées.
faut, en outre, que cette fixité soit obtenue sans aucun excès (h' jM'ession pouvant laisser une em})reinte sur le métal, qui se trouve toujours quelque peu ramolli par le haut degré de chaleur auquel la pièce doit être soumise.
Une fois ces précautions prises, on humecte toutes les l)arties à souder avec du borax délayé dans de l'eau; on cliargc ensuite la pièce avec la soudure, et, à l'aide» d'un instrument appelé roclioiv, on recouvre cette soudure avec du borax en poudre. Puis l'ouvrage est présente'' une première fois au feu pour faire foudre le l)()i"a\. Lorsque celui-ci a cessé de se boursoullcr, on retire» la pièce; on s.'assure que les parties attac]i(''es n'ont point été dérangées, que les j)ailions de soudure ont cousei'vé leur phice.
et alors on soumet de nouveau la pièce à une haute tem- ])érature.
Jadis, pour amener la fusion de la soudure, on avait deux façons de procéder. On soudait soit au feu de la forge et au vent du soufflet, soit à feu couvert. Le premier procédé, de beaucoup le plus simple, n'a pas besoin, croyonsnous, d'être expliqué en détail. Il n'est personne qui n'ait vu fonctionner un feu de forge et des artisans poi'ter au rouge blanc des barres ou des objets de métal. Le procédé du feu couvert est moins connu. Il consiste à installer au milieu de l'atelier une bassine en fer, autour de laquelle l'ouvrier peut facilement circuler pour aviver le feu et surveiller sa marche. Le fond de cetle bassine est garni d'un lit assez épais de charbon incandescent, dont on fait un sol ardent sur lequel la pièce à souder est verticalement posée. Puis on dresse autour d'elle une sorte de petit mur fait de charbons également enflammés, percé par places par des regards qui permettent de suivre les effets produits par la chaleur. Quand il est nécessaire, on élève ce mur assez haut pour qu'il recouvre la pièce entière. Cela fait, l'ouvrier, armé d'un carton en forme d'éventail, tourne autour de la bassine, activant la combustion des charbons et surveillant la fusion des soudures. Dès qu'il voit celles-ci briller d'abord et couler ensuite dans les jiarties opposées les unes aux autres, il arrête l'opération, démolit son mur de cliai'jjon et sort la pièce soudée.
Ces façons d'agir, passablement compliquées, étaient autrefois couramment employées. Elles ne sont plus guère (!n usage aujourdhui que pour les ouvrages exceptionnels. Dans nos grands ateliers d'orfèvrerie, on ])rocède plus simplement. On dépose la pièce qu'on veut souder sur un lit de charbon éteint, garnissant une vaste bassine, et l'on se sert de chalumeaux à gaz dont la flamme, renforcée d'un jet d'air au moins aussi puissant que celui du plus fort soufflet de forge, est dirigée sur les parties qu'on veut
réunir. Ce jet de flamme porte rapidement le métal au rouge et en quelques instants fait fondre la soudure.
On comprend que ces sortes d'opérations ne laissent pas que d'être délicates. Elles exigent une expérience, une sûreté de coup d'œil, une décision particulières. Lorsqu'il s'agit de grandes pièces, qui ont demandé déjà des mois de travail, l'ouvrier même très habile ne les entreprend qu'avec une certaine appréhension. Quelques degrés de température au-dessus de celle nécessaire à la fusion de la soudure, peuvent, en effet, détériorer tout l'ouvrage, sans compter que celui-ci court d'autant plus de risques <pi"il est plus précieux; car les soudures les moins fusibles sont toujours réservées pour les jiièces les jdus com})liquées, et, en ce qui concerne ces dernières, les précautions iï jjrendre sont d'autant plus grandes, qu'un seul objet, par suite de la multiplicité même des morceaux accessoires qui doivent être unis au corps principal, — et qui peuvent être soudés seulement les uns après les autres, — se trouve forcément soumis à un certain nombre de chauffes successives. Aussi, })our ces ouvrages difficiles a-t-on recours à des alliages de qualités différentes, en commençant toujours par faire usage de celui qui est le plus fort, c'est-àdire qui entre en fusion à une tenqK'rature plus élevée. En outre, à chaque chauffe, on recouvre les parties précédemment soudées de couches assez épaisses de blanc d'Espagne , qui les isolent et les empêchent de griller lorsqu'elles subissent ensuite le degré de chaleur destiné à amener la fusion des nouvelles soudures, qu'on choisit, cette fois, de plus en plus tendres.
On recourt à des })récautions analogues lorsqu'une ou plusieurs des j)ièces que l'on a réunies au corps principal se sont déplacées au cours de l'opération. Pour les remettre en place, il faut nécessairement les dessouder. Dans ce but, on recouvre toutes les parties de la jnèce qui doivent être conservées d'une j)ùle laite de terre argileuse
addilionnée de blanc d'Espagne, en réservant seulement le ])oint que Ion veut rectifier et qu'on a pris soin de gratter j)réalablement et d'enduire de borax, pour que la fusion en devienne plus facile. On doit rendre cette justice aux orfèvres que, malgré la délicatesse de ces diverses opérations et les complications qu'elles ])résentent, les accidents sont rares. A force de précautions, de prudence, de perspicacité, ils arrivent à triompher de ces multiples diflicultés ; et cette habileté, cette sûreté d'œil et de main qu'on ne saurait troj) louer, sont chez eux en quelque sorte héréditaires, car depuis les temps les plus obscurs du moyen âge nos orfèvres parisiens ont beaucoup usé de soudures, et paraissent même en avoir cjuelque peu abusé. On pourrai! citer, en effet, de très anciennes Ordonnances royales visant cet emploi abusif, soit directement, comme Y Ordonnance rendue par Charles V en 11578, soit indirectement, comme celles édictées par Louis XII, François P"", Henri II, etc., en 150G, 1523, 1543, 1549, 1554, elc.
On pourrait également rappeler que, pour rester dans les limites légalement fixées, le remède, c'est-à-dire la cjuantité d'alliage introduit |)ar les soudures, ne devait faire descendre l'aloi de la pièce entière que de deux grains par marc', et qu'un Édit de 1495 ordonnait que la lettre servant de marque à chac|ue orfèvre fût accompagnée de deux l)oints , afin qu'au cours de son travail celui-ci ne perdît jamais de vue la limite qui lui était imposée ])ar le légis-
1. Le marc d'argent équivalait à 2446,752; le grain, à Oe,05.3. C'était donc une tolérance de OS, 106 par 24.5 grammes (chiffres ronds , soit environ 4,25 pour 100. Le remcde sur l'or était beaucoup plus sévère. h'Eflit du rot/ François I"' donné à Sainte-Menehoud (sicj, le !"■ décembre 1543, était ainsi conçu :
Article premier.
PreiniiTi'iuunt que quand à l'ouvrage d"or fia, les maistres jurez de Teslal d'orfèvrerie de nostredite ville de Paris et autres maistres orfèvres de nos royaume, pa\s, terres et seigneuries, seront tenus faire les ouvrages d'or
Fig. 30. — Théiorc dôcoi-oo de chrysanthèmes.
avec ses diverses parties sondées au corps principal
(ouvrage exéciile par la maison Christofle et G'"^^).
lateur. Enfin VÉtat du 30 décembre 1079, réglant la manière dont les ouvrages d'orfèvrerie devaient être poinçonnés en leurs différentes parties, achève de nous édifier sur la façon dont les orfèvres, à cette époque, décomposaient les pièces principales exécutées dans leurs ateliers-
Nous v vovons que les aiguières, par exemple, devaient être marquées et contremarquées au corps, au couvercle et au collet du pied, et qu'en outre l'anse, la coquille, le bec, le suage ou moulure rajoutée et les carrés du ])ied devaient être marqués du poinçon du maître. De même on exigeait que les chenets fussent marqués et contremarques aux faces des pieds, bastes, fonds, vases et pommes, et marqués du poinçon de l'orfèvre aux griffes, suppôts, collets, flammes, etc. Les grandes salières fort en usage à cette époque, et qui se compliquaient généralement de flambeaux, étaient marquées et contremarquées au collet et au saleron, et si elles portaient un chandelier, aux platines, bassinets, branches, etc. On pourrait multiplier ces exemples.
Aujourd'hui, la vaisselle d'argent et d'or ne présentant plus le caractère d'une monnaie courante, ces marques et contremarques multiples ne sont plus exigées, et le légis-
auquL'l il n'y aurasoiiduru. à vingt-trois carats trois quarts do carat et icoliiy vendrc au jjcuplo à raison de huit vingt-trois livres (1G3 livres) treize sols le marc ; l'once, gros, denier et grain, à l'équipolent.
AUTICLE II.
Et quant à l'ouvrage d'or fin, qui est à vingt-trois carats trois quarts auquel il y aura soudure, auront lesdits orfèvres un quart de carat de remède, tellement qu'ils seront tenus faire ledit ouvrage à vingt-trois carats et demy pour le moins.
Article III.
Et quant à l'ouvrage d'or à vintg-deux carats auquel il n'y aura soudure, n'auront les-dits orfèvres aucun remède, mais à l'ouvrage plain et massif auquel entrera soudure, auront un quart de carat de remède; et en ouvrages creus et chargés de lilcts et de rapport, pourront avoir demy carat d'or fin de remède.
D'après cette Ordonnance, le remède pour l'orfèvrerie d'or était d'un quart de carat, soit seulement de 1 pour 100. Il est vrai que YEdit de 1543 fut adouci par la suite.
laleur a cessé de se nionli-er aussi rigoureux sur le remède, c'est-à-dire sur l'abaissement que les soudures font subir au titre de l'alliage. Il convient d'ajouter, à l'honneur de notreinduslrie nationale, qu'aucun orfèvre français digne de ce nom n'est capable de souder au corps d'une pièce exécutée en argent d'un titre élevé, des fragments d'un aloi inférieui-, ni de fouT'rcr^ certaines parties de l'ouvrage afin d'en augmenter le poids au détriment de la qualité.
L'exécution des soudures est une des dernières opérations auxquelles procède l'orfèvre. Quand les diverses parlies qu'il s'agissait de réunir ont passé sous la flamme du chalumeau, on laisse refroidir la pièce; on détache les iîls de fer, on enlève les cranq^ons, puis, par un décapage sommaire, on fait disparaître le borax, et l'on peut alors constaler si la soudure a coulé jjarlout où elle devait pénétrer. Ensuite on fait tomber, soit avec une lime ou un rifloir, l'alliage qui se trouve en excédent. Après quoi, l'on donne au métal le degré de poli convenable, et la pièce passe entre les mains des ciseleurs chargés de l'achever.
Peut-être s'étonnera-t-on que nous ayons parlé à cette place de cette opération presque finale, et que nous n'ayons pas commencé par décrire certaines autres façons préliminaires que reçoit le métal. Mais il nous a [)aru utile d'établir tout d'abord que le procédé fondamental de sinqjlification, point de départ de toutes les autres applications économiques, résidait dans la faculté qu'ont les orfèvres de fragmenter leurs grandes pièces et ensuite de les reconstituer à l'aide de soudures.
1. On dil des pièces crouses dont les cavités ont été remplies avec un alliage de qualité inférieure, qu'elles ont été fourrées.
vu