‹ L'orfèvrerieChapitre 38 sur 40 · Le v;isc do la Paix, ci.sel(! par V<'chto · texte numérisé non relu

Le v;isc do la Paix, ci.sel(! par V<'chto

ou de candélabre, Percier et Fontaine peuplèrent le monde de projets de toutes sortes. L'orfèvrerie ne leur fut point étrangèi'e, et ses plus célèbres interprètes, Auguste fils, Odiot père, Thoraire et Biennais, loin de manifester la moindre tentative d'indépendance, appliquèrent tout leur zèle et le talent de leurs ciseleurs à rendre ce que le style nouveau avait de régulier et de sec. Jamais conscience ])lus absolue ne fut mise au service d'un art plus glacialement irréprochable. Enfin, c'est de ce temjis que date rada|)tation de la molette et du balancier à la décoration de la vaisselle. L'incessante réi)étition des mêmes motifs, de feuilles d'eau, de perles, de palmettes, amena fatalement l'emploi de moyens économiques, reproduisant cette ornementation courante avec ])lus de régularité encoi'e que la main.

Puis, par une de ces fluctuations du goût, par un de ces revirements soudains dont nous avons constaté la réapparition en quelque sorte régulière, la fantaisie re|)rit une fois de plus son ein\nve.he .sti/Ic classirj ne, dans l'orfèvrerie comme dans les autres arts, fit i)lace au sti/ic l'oinrnitique, qui. rompant brusquement avec les traditions iuq)ériales, tenta un retour vers le ])assé et prétendit s'abreuver à des sources purement nationales. Le mo^'en âge et la Renaissance, mal connus, insuffisamment étudiés et j)eu compris, furent les insj)irateurs de cette j>ériode. « C'est sur les avis de Chenavard, écrit ]\L Falize fils, que Fauconnier tenta ses premiers essais de style Renaissance. « Froment- Meurice remonta plus loin dans le passé, et le grand succès de Notre-Dame de Paris lui permit de composer une quantité de bijoux gothiques. Tous, au surplus, ardents et passionnés pour leur art, rivalisèrent de zèle et d'entrain, faisant ap})el aux statuaires les jilus expérimentés pour donner à leurs productions un caractère d'art véritable. C'est chez Fauconnier que Barve enfanta ses premiers chefs-d'œuvre ; Wagner employa Liennard, Ganneron et Geoffroy de Chau-

Fi"-. 12:t. — PliX rouvert ('t rcchiuid cm ciiivii" ciselé et iirgenté ,

provenant du grand servico de Napoléon III,

compose- par Gilbert et exécuté par la maison ClMislode.

mes ; Duponchel demanda des maquettes à Justin et à Névilé, et Froment-Meurice s'aida du talent de Pradier, de Cavelier, de Préault et de Schœnwerk. De pareilles collaborations ne pouvaient manquer de produire des ouvrages méritants. Tous, assurément, ne furent pas irréprochables, et parfois leur ardeur irréfléchie entraîna ces généreux artistes à de singulières exagérations; mais on ne peut leur refuser beaucoup d'audace, une large indépendance et un véritable esprit d'invention. Or ce sont là des qualités qui doivent nous sembler d'autant plus estimables, que depuis lors elles sont devenues presque rares.

C'est, en effet, en sinspirant — suivant leurs besoins — (le la Renaissance, du xvii'^ et du xv!!!*^ siècle; c'est en se |)énétrant du style de ces époques bien comprises, étudiées avec un soin et une conqiétence rares, que nos artistes sont parvenus à soutenir, depuis quarante ans, la vieille renommée de l'orfèvrerie française. Les belles restitutions que certains d'entre eux ont effectuées d'ouvrages qualifiés inimitables, ont clairement démontré que la main-d'œuvre est redevenue , en notre temps , aussi parfaite qu'à aucun autre moment de notre histoire. En outre, s'aidant, comme leurs prédécesseurs, du concours des plus habiles statuaires, nos orfèvres ont mis au jour une suite de grandes pièces qui répondent trop à nos préoccupations courantes pour qu'il ne semble i)as tlifficile de les juger au point de vue du goût, mais dont la supériorité comme exécution ne nous paraît ])as discutaljle.

Le magniiique surtout composé par Barye i)our le duc d'Orléans, le fameux service de Napoléon III modelé par Gilbert pour la maison Christofle, et qui comptait plus de cent modèles variés; le service du duc de Santonia exécuté ])ar cette même maison avec le concours de M^I. ^lathurin ^Nloreau, Hiolle, Gautherin et Lafrance; les prix de course commandés par MM. Odiot et Froment-Meurice à

MM. Carlier et Récipon; ceux qui portèrent si haut la réputation des frères Fannière, les milieux de table ainsi que les délicieuses salières, modelés, fondus et ciselés par ces derniers artistes; la suite de curieuses et charmantes plaquettes exécutées ])ar M. Falize û\s pour le comte de Béarn ; la jolie nef modelée par M. Chapu et le grand vase dessiné par M. Sédille qu'exposait en 1889 M. Froment- Meurice; tous ces beaux, tous ces magnifiques ouvrages montrent que notre époque continue de suivre les glorieuses traditions auxquelles, de])uis le moyen âge, l'orfèvrerie française est demeurée fidèle.

Le seul reproche qu'on ait pu lui adresser en ces dernières années, c'est de manquer d'originalité. Mais c'est là une qualité dont les contemporains sont toujours mauvais juges. Encore faut-il reconnaître que depuis vingt ans, par de nouveaux et curieux procédés, par l'emploi du martelage notamment, par l'application de dorures partielles et légères, par l'invention de certaines patines, on a essayé, en modifiant l'aspect de l'épiderme du métal, de sortir des sentiers battus.

Pour que l'émancipation fût complète, il faudrait qu'un certain nombre d'esprits judicieux se rendissent un compte suffisamment exact du rôle que l'orfèvrerie doit jouer, des conditions de stabilité et de forme que ses productions comportent, de riuqiorlance et du caractère qui conviennent à sa décoration. Alors on pourrait espérer de voir se ])roduire des (wuvres à la fois i-aisonuées et gracieuses. Le dessinateur, émanci[)é des foriiuilcs anU-rieures auxquelles il s'efforce un peu trop de «lenieiircr fidèle, j)Ourrait donner libre cours à son imagination, et le j)ul)lic, juge en dernier ressort des conditions i\c bcauUauxquelles l'argonlerie doit satisfaire, serait moins leuté de s'en référer constamment à des modèles consacrés par le temps.

Des élablissemenls nombreux oui été créés, dans ces

(lernières années, avec linlention de remédier à ce défaut d'originalité qu'on nous reproche si fort. Indépendamment de V Ecole iKiùoiialc des arts dceorati/'s , qui fournit à nos orfèvres un nombre assez considérable de dessinateurs habiles, une autre école plus spéciale et non moins féconde a été fondée par la Cliainhre syndieale, où des professeurs expérimentés enseignent à des jeunes gens choisis, le modelage, le dessin et toutes les connnaissances indispensables à la pratique de l'orfèvrerie. Une de nos plus inqjortantes maisons a en outre établi un pensionnat, dans lequel vingt-quatre apprentis reçoivent une instruction générale et professionnelle de premier ordre. Enfin des publications extrêmement soignées ont été éditées avec luxe pour généraliser la connaissance de ce bel art, et c'est beaucoup pour atteindre ce but que nous avons écrit ce petit livre.

Fig. 12'i. — Pulile salieiu ou argciil l'oudu et ciselé, couiposcc par MM. Fanniùre frères.

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