‹ L'Organisation centrale de L'Enseignement professionnel: La Question du rattachementChapitre 11 sur 50 · LOG TE · texte numérisé non relu

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avons indiquées, semble devoir constituer le mode idéal d'enseignement professionnel, il faut reconnaîlre qu’en pratique, elle présente un inconvénient capital, c’est qu’elle coûte fort cher.

Pour qu’elle puisse rendre les services que nous attendons d’elle, il est nécessaire qu'elle dispose de vastes emplacements, et surtout d’un matériel et d’un outillage considérables, de tous points semblables à ceux qui sont en usage dans les ateliers et dans Îles usines. Si, d'autre part, on tient compte de la quantité de jeunes gens qu'elle serait appelée à recevoir, on constate sans peine, que le nombre des établissements devrait être tellement considérable et les frais d'installation à ce point coûteux, que la dépense qui s’ensuivrait s’élèverait à des totaux auxquels on ne sauraitsérieusementsonger.Si l'on prend, par exemple, comme élément de calcul, les écoles professionnelles de la Ville de Paris, qui, à certains égards, peuvent être considérées comme des types assez près de la perfection, on s'aperçoit que chacun des jeunes gens qui y reçoivent l'éducation, coûte un peu plus de 1.000 francs par an. Peut-être, pourrait-on à la rigueur, avec moins de luxe, obtenir un’ peu d'économie ; mais on n’arriverait pas à faire descendre ce chiffre assez bas pour qu’il corresponde aux nécessités de la pratique. Il faudrait donc, ou faire des écoles payantes, ou imposer à l'Etat, aux départements, auxcommunes ou aux collectivités pri-

vées des charges qu'ils sont hors d'état de supporter.

Quelle que soit celle de ces deux solutions qu’on envisage, il faut donc conclure que ces établissements spéciaux ne peuvent, par la nature même des choses, être accessibles qu'à un petit nombre de privilégiés. La logique veut donc que l’on les réserve à la préparalion d'ouvriers d'élite, de chefs d’exploitation ou de contremaîitres.

Voilà donc que se pose de nouveau le redoutable problème de l’enseignement professionnel primaire, et qu'il faut se demander comment on donnera cet enseignement à la masse des travailleurs.

D'autre part, il faut compter avec les nécessités de l’industrie, qui a besoin, pour une foule de tâches faciles, du concours des jeunes enfants, ainsi qu'avec Ja situation de beaucoup de familles, qui ne pourraient se passer de l’appoint constitué par les modestes salaires de leurs jeunes membres.

Nous nous trouvons donc en présence d’un fàcheux dilemme : les enfants ne peuvent recevoir à l'atelier une instruction suffisante, et l’école ne saurait les recevoir tous. Pour le résoudre, on a imaginé, et en quelques endroits, mis en pratique, une combinaison qui associe, ou plutôt juxtapose, pour un but commun, les deux grands facteurs de l'éducation professionnelle.

L'enfant emploiera une partie de son temps à suivre des cours, où on lui enseignera la théorie de

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son métier; etil passera le reste de sa journée à l’atelier, où il apprendra la pratique, tout en gagnant un peu d'argent et en rendant à l'industrie quelques services.

Nous n’avons pas à entrer dans le détail des questions diverses et nombreuses qui se posent à propos de cette organisation, mais nous pouvons, sans plus ample raisonnement, constater que c’estelle qui, par le nombre des enfants auxquels elle s’adresse, constituera le facteur principal de l’enseignement professionnel de l’avenir.

Certes, elle est loin d’être parfaite, car il sera souvent difficile de juxtaposer ces deux éléments de l’éducation de l’enfant, d'empêcher que l’un n’empiète sur l’autre, et de les faire concourir au même but. C’est donc un pis aller, mais auquel nous sommes forcés de nous résigner.

Mais, il est une considération sur laquelle nous devons insister, c’est que cette combinaison doit rester un mode d'enseignement. Les enfants auxquels elle s’appliquera ne sont et ne seront pas des manœuvres auxquels, par surcroît, on fait suivre des cours, mais des élèves, que les circonstances nous contraignent à laisser pendant un temps à l’atelier ; ce qui revient à dire que, dans son fonctionnement, c’est l’idée d'enseignement qui doit prévaloir.

Si, dans l’avenir, on peut prévoir et souhaiter pour ces cours de demi-temps un ample développe-

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ment, ils n'existent encore qu’en projet ou d’une façon fort exceptionnelle. Aussi leur organisation n’a-telle donné lieu à aucune difficulté ni à aucun conflit.

Il en va tout autrement pour les écoles proprement dites, et cela résulte, et devait nécessairement ré- sulter, des conditions dans lesquelles l’enseignement professionnel a été organisé en France.

Celui-ci, en effet, est né, moins d’une conception théorique, que des nécessités de la pratique.

De bonne heure, le Ministère du commerce, ou les initiatives privées qui gravitaient autour de lui, ont senti le besoin de créer des établissements destinés : à préparer à des professions dont l'exercice devenait de jour en jour plus difficile, les futurs commerçants, les futurs industriels ou les employés de ces derniers. Ce fut là la première branche de l’enseignement professionnel.

Mais, à mesure que les circonstances déjà exposées faisaient apparaître la nécessité de! suppléer à l'apprentissage, et de faire face aux conditions nouvelles de la production, en donnant au plus grand nombre possible de travailleurs une préparation technique, le Ministère chargé en France de l’éducation nationale commença à s’émouvoir.

Ne lui appartenait-il pas à lui aussi, et à lui surtout, d’armer les enfants, dont il avait la charge, pour toutes les formes de la lutte pour la vie, et ce

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devoirne comprenait-il pas pour luiPobligationd’organiser dans ses écoles l’enseignement professionnel ?

En effet, quelques tentatives furent faites en ce sens dans certaines écoles primaires; nous dirons plus loin que cette initiative n’obtint pas un grand succès et ne laissa pas de traces. C’est que, si l'enfant âgé de moins de douze ans peut être utilement préparé à recevoir plus tard l’enseignement profession uel, il serait prématuré de vouloir le lui donnerdéjà.

Aussi, Jules Ferry, reprenant et précisant une idée déjà émise, créa-t-il des établissements qui devaient continuer l’enseignement primaire élémentaire, mais en s'orientant nettement vers l’enseignement professionnel. L’instruction qui devra y être donnée, disait-il « d’une part doit rester primaire, et, de l’autre être professionnelle ».

Il apparut à tout le monde, qu’en agissant ainsi le Ministère de l’Instruction publique restait dans son rôle et, au contraire, le développait. La tentative, du reste, fut heureuse, au moins dans ses débuts.

« Quoique nous ne soyons qu’au début du mou- « vement, écrivait en 1887, M. Ferdinand Buisson, « toutes ces écoles ont déversé dans l’industrie, le « commerce et l’agriculture, soit directement, soit « indirectement, soit par le canal des écoles tech- « niques de tout ordre, plusieurs milliers de jeunes « gens (1). »

(1) Rapport à la Commisssion mixte de 1886-87.

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Les chiffres justifiaient du reste pleinement cette affirmation :

« En 1884, sur 6.600 élèves, sortis des écoles pri- « maires supérieures de garçons, 4.100 étaient en- « trés dans l’agriculture, l’industrie et le commerce ; «et, en 1886, sur 4.800 sortis dans les mêmes con- « ditions, étaient entrés dans l’agriculture 63 ; — « dans l’industrie 921; — dans le commerce 987; «— dans les écoles techniques 220 ; — dans les che- « mins de fer 326 etc..., etc... (1) ».

Vers 1890, M. le Sénateur Combes estimait à 57 0/0 le nombre des élèves entrés dans l’agriculture, lPindustrie et le commerce, sans tenir compte de ceux, très nombreux, qui étaient rentrés chez eux pour suivre la profession paternelle.

De la sorte, l’enseignement professionnel se trouvait aux mains de deux Ministères, el cette dualité était nécessairement de nature à conduire à des conflits.

Ce conflit n’existait pas pour certaines écoles très spéciales dépendañt du Ministère du Commerce, et où l’enseignement général ne jouait qu’un rôle très effacé, ni pour certains établissements dépendant du Ministère de l’Instruction publique et où l’enseignement technique n'existait qu’à l’état rudimentaire.

(1) Mémoires et documents scolaires, publiés par le Musée pédagogique. — 1890, fascicule 119.

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