CONCLUSION
Michelet a écrit : « Quelle est la première partie de « la politique? L'éducation. La seconde ? L'’éduca- «tion. La troisième ? L'éducation. » On pourrait reprendre cette formule, et affirmer que c’est dans l'éducation professionnelle que se concentrent toutes les sources de la richesse des nations. Et, si nous admettons que c’est aujourd’hui sur le domaine économique et industriel, que se sont transportées les luttes internationales, nous serons amenés à conclure que l'enseignement professionnel est le facteur le plus important de la puissance d’un pays, et il ne sera pas nécessaire de démontrer, qu’en étant pour la masse des citoyens un élément de mieux être, il contribuera à calmer les luttes de classes et les conflits sociaux. | C’est donc de lui que peuvent dépendre, en même temps que la grandeur et la paix extérieure, la sécurité et la paix au dedans.
L'organisme qui doit assurer son développement ne doit donc le céder en importance à aucun autre, et, c'est pour cela, qu’il nous a paru logique, tout en le laissant dans la dépendance du Ministère de l’Instruction publique, dont il ne saurait être que l'un des aspects, de lui assurer une autonomie correspondant à l'importance nouvelle qu’il a prise au cours de ces dernières années:
Que si nous nous plaçons à ce pointde vue, nous constaterons sans peine que la mesure, que nous préconisons et à laquelle nous avons été conduit par la logique d’un raisonnement impartial, n’est que l’une des manifestations de la loi qui veut, en toutes matières, que des organes nouveaux se créent quand la nécessité s’en fait sentir.
Lorsque l’industrie et le commerce se sont manifestés comme constituant un élément prépondérant de la puissance des nations, on a créé un Ministère du Commerce et de l'Industrie ; — quand l’expérience a montré qu’un pays n’est véritablement indépendant, que s’il peut assurer sa subsistance par sa production agricole, et le jour où la culture française a été menacée par des crises intérieures et la concurrence étrangère, on a institué le Ministère: de l'Agriculture; — au moment où les Etats modernes, étouffant dans des limites trop étroites, ont senti le besoin d’épanouir au dehors leur force et leur vitalité, l'administration des colonies a été
érigée en Ministère ; — plus lard, à l'époque où les conflits du travail se sont dressés comme une menace à l'horizon de tous les peuples, en même temps qu’ils posaient de délicats problèmes à la conscience des hommes de bonne foi, le Ministère du Travail est apparu.
À chaque fois, sans doute, ces innovations ont été accueillies par des plaisanteries faciles. On ne guérit pas, a-t-on dit, une crise en créant une administration spéciale pour en rechercher et en appliquer les remèdes. À cette objection et à cette critique, les circonstances et les faits ont répondu avec une éloquence qui nous dispense d’insister. Le Commerce, PAgriculture, les Colonies n’ont pas cessé de prospèrer à compter du jour où on a institué des organes chargés de diriger et de coordonner les efforts faits en leur faveur; lorsque le ministère du Travail a canalisé les revendications ouvrières, celles-ci ont perdu de leur menaçante violence et ont reçu des satisfactions, en même temps pratiques et légitimes.
N'y a-t-il pas là un argument solide en faveur de la création d’un sous-secrétariat de l’enseignement ‘ professionnel, alors que celui-ci revêt un caractère d'impérieuse nécessité, et que l’avenir de notre production est lié à son développement?
Nous n’aurions garde de demander qu'il se sépare de l’Instruction publique; il est bon que Île jeune rejeton continue à puiser sa sève au tronc uni-
versitaire millénaire et encore vigoureux, mais nous voudrions qu'il puisse épanouir librement ses jeunes rameaux.
Vu, le président de la Thèse, H. BERTHÉLEMY.
Vu, le Doyen, P. CAUWEÉS.
Vu et permis d'imprimer, Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris, L. LIARD.