‹ L'Organisation centrale de L'Enseignement professionnel: La Question du rattachementChapitre 46 sur 50 · RAR · texte numérisé non relu

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Sur le premier point, nous nous empressons de

passer condamnation etnous déclarons, qu’il y aurait de notre part une étrange présomption à proposer une solution nouvelle à un problème étudié depuis longtemps par des hommes éminents, dont quelquesuns sont nos maîtres, si les circonstances, qui nous ont amené à le faire, ne constituaient pour nous la meilleure des excuses.

Ceci dit, nousdevons faire observer que notre projet n’est pas sinouveau qu'il peut en avoir l'air, puisqu'il n’est,en somme, qu’une atténuationet une adaptation d’un projet plus ample, défendu par des hommes comme MM. Briand et Steeg, à l'ombre desquels nous pouvons nous placer sans crainte.

Mais, nousdira-t-on, une conception de ce genre n'a encore été adoptée dans aucun pays étranger. En Angleterre, l'enseignement technique, qui remonte à la fondation du Docteur Birkbeck en 1800, et est aujourd’hui régi par les lois de 1889, 1890 et 1891 dépend, à la fois, du Département de science et d’art et du Département d'Education.

«En Autriche, éerit M. Jacquemart dans son rap- « port de 1900, le Ministère de l’Instruction publique « avait vu dans le Ministère du Commerce, nouvel- « lement créé, un rival dans l'intérêt qu'il por- «tait à l'enseignement industriel. Toutefois, cette «rivalité eut, par la suite, d’heureux résultats, «les deux Ministères ayant lutté littéralement à qui

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« fonderait le plus d'établissements industriels. »

En Italie, le Ministère de l'Agriculture, de l’Industrie et du Commerce s'occupe des écoles industrielles et commerciales proprement dites.

En Belgique, l’enseignement technique dépend du Ministère du Commerce ; en Hollande, du Ministère de l'Intérieur, et, dans certains cas, du Ministère de l'Agriculture, du Commerce, du Travail et de l’Industrie.

En Allemagne, il fut placé, de 1879 à 1885, sous l'autorité du Ministère de l’Instruction publique et des cultes, mais il a ensuite fait retour au Ministère du Commerce et de l'Industrie.

Enfin, les partisans du monopole de ce dernier ministère citent, non sans quelque complaisance, le cas de la Bulgarie, qui lui a confié la direction de l'enseignement technique (1).

Dans aucun pays, on n’a donc songé à donner à l'enseignement professionnel quelque autonomie, tout en le laissant rattaché par un lien traditionnel et logique au Ministère de l’Instruction publique.

Nous avouons que cette considération nous touche assez peu. Certes, nous savons bien qu'en France, pays par excellence de création et d'originalité, on se laisse facilement hypnotiser par l'exemple de l’étranger. En apparence, sans doute, nous protestons

(1) Modeste Leroy, Conférence faite en 1905 (V. supra).

contre les objets made in England ou made in Germany, mais, qu'il s'agisse de marchandises ou d'idées, nous acceptons, en réalité, de préférence, celles qui portent une estampille étrangère.

Nous ne nions pas que, dans beaucoup de cas, et même si l’on veut, d’une façon générale, il ne soit sage de bénéficier du résultat des expériences faites au dehors. Mais, pour qu’on puisse en tirer quelque profit, il fautque les circonstances soient semblables. Or, quand il s’agit de questions d'enseignement, il est facile de remarquer que la France se trouve dans des conditions que l’on ne retrouve point ailleurs.

En premier lieu, nous possédons un organe d'enseignement qui bénéficie d’une expérience, de traditions, et surtout d’une réputation méritée, plus de dix fois séculaires. En Angleterre, en Allemagne il y a des Universités réputées, mais il n'y a pas une « Université », ayant joué dans la vie nationale un rôle semblable à celui tenu par l’Université de France. Il y a là un facteur d’éducation au bénéfice duquel il serait important de renoncer.

D'autre part, la crise de l’apprentissage présente chez nous une gravité supérieure à celle qu'elle revêt dans les pays voisins. C’est qu’en effet, dans son ensemble, notre production nationale, artistique, créatrice, s'imposant davantage par.la qualité que par la quantité, nécessite chez l’ouvrier une instruction professionnelle d’un caractère plus élevé

et, si nous osons ainsi parler, plus intellectuelle ; elle doit, dès lors, se rattacher d’une façon plus intime à l’enseignement général. Or, une situation exceptionnelle exige des mesures exceptionnelles.

Comme, d’une part, nous avons vu qu'aucune des solutions proposées n'avait fourni et ne pouvait fournir des résultats satisfaisants, — que ni le Ministère de l’Instruction publique, ni les autres Ministères ne pouvaient seuls diriger l’enseignement professionnel, — que l'on ne pouvait sérieusement espérer entre eux une Collaboration paisible et féconde, — il fallait bien trouver un moyen de concilier ces formules opposées, d'assurer à l’enseignement technique le bénéfice de tous les concours dont il a besoin, de le laisser dépendant, tout en lui accordant une certaine autonomie, etce moyen ne saurait être autre que celui que nous avons proposé.

Dès lors, en prouvant qu’il pouvait pratiquement fonctionner, nous avons une fois de plus établi qu’il convenait de s’y rallier.

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