‹ L'Organisation de la conscience moraleChapitre 20 sur 25 · THÉRAPEUTIQUE MORALE INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE MORALE INDIVIDUELLE

L — Tout ce qui précède a trait à la compréhension des diverses formes de notre activité, à la distinction des directions ouvertes à notre activité et de celles où elle risque de s'égarer.

Mais cette compréhension même de notre nature pratique nous la fait connaître aussi comme une f ' chose déterminée qu'il ne nous appartient pas de changer à notre gré, lors même que nous apercevons en elle des désharmonies dont le caractère anormal et les funestes effets nous apparaissent clairement. Et cette reconnaissance de notre naturel esclavage, de notre impuissance à mettre en immédiat accord la réalité de notre vie et le désir de notre esprit, est elle-même une cruelle désharmonie.

Dans quelle mesure et par quels moyens est-il possible de modifier notre nature individuelle, — j'entends, de rectifier les déviations dont nous prenons conscience? L'art moral ne saurait rester étranger à ces questions. L'obligation de leur chercher des réponses ouvre un vaste champ d'études à ce que j'appellerai la thérapeutique morale.

Essayons d'en marquer quelques traits essentiels.

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II. — Le premier et le plus important à noter, du point de vue qui ici nous occupe, c'est l'efficacité directe des idées, de l'activité même de conscience : le seul fait d'attirer et de retenir dans le champ de la conscience les idées et le sentiment de notre nature pratique agit progressivement sur les éléments de notre vie morale. Cette action de la réflexion mentale sur la nature pratique, c'est la base psychologique sur laquelle tout notre art moral repose. Il n'y a pas à proprement parler deux opérations distinctes, l'une consistant à déterminer les directions morales et l'autre h les suivre ; mais la compréhension est précisément le mode d'action pratique de la conscience. C'est sur cette base que, de façon explicite ou implicite, se sont construites la plupart des morales philosophiques; et les plus fortes, les plus utiles sont celles où l'essentielle loi du mécanisme psychologique de notre vie morale a été le plus clairement reconnue : telle, dans l'antiquité, la morale stoïcienne, telle l'admirable Ethique où Spinoza nous enseigne la transition des idées inadéquates, ou passions, aux idées adéquates, produit de la pure activité de l'esprit.

m. — Si l'on s'en tenait exclusivement à cette action spontanée de l'activité de conscience, il n'y aurait pas lieu d'adjoindre à l'art moral une thérapeutique proprement dite. Mais l'action de la conscience est limitée, la compréhension est loin d'être toujours un suffisant agent de détermination pratique. Des procédés auxiliaires doivent être recherchés et mis à la disposition des activités individuelles.

On ne peut prétendre ici donner un recensement même très sommaire de ces remèdes de l'âme dont

la recherche patiente devrait être faite à la lumière des données psychologiques et sociologiques que la science ou, à défaut, l'expérience immédiate nous fournit. Sans doute conviendrait-il aussi d'explorer soigneusement les pratiques, que des siècles d'expérience ont conduit les religions à prescrire ou recommander.

C'est ainsi que la connaissance du mode d'action des idées qui nous viennent du dehors par les livres et les productions de l'art, celle du mode d'action sur nptre esprit et notre cœur du rayonnement d'un autre esprit, nous permettra de nous soumettre délibérément à des influences morales, comme on cherche, pour la guérison du corps, des climats et des eaux salutaires. C'est ainsi que la connaissance du rapport des sentiments aux modes d'expression nous aidera à développer indirectement dans un sens souhaité notre caractère en agissant sur l'extérieur de nous-mêmes : il est moins malaisé de commander à ses muscles qu'à son cœur. C'est ainsi que nous avons besoin aussi de savoir et de comprendre que la vie spirituelle, comme la vie physique, demande un perpétuel aliment, un perpétuel renouvellement ; que les idées qui guident notre vie morale sont des choses vivantes qui meurent si elles restent les mêmes, qui ont besoin d'un aliment sans cesse renouvelé pour

se renouveler elles-mêmes et engendrer d'autres

pensées qui les remplacent.

Il conviendrait aussi de déterminer, de perfectionner sans cesse les moyens pratiques qui nous permettent d'agir directement sur les impulsions passionnelles, de les régulariser, d'en atténuer la puissance active, d'acquérir, par l'effet de longs efforts, d'habitudes voulues, cette puissance natu-

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