ACTIVITE DE CONNAISSANCE
I. — Il est un mode de développement des instincts vitaux qui appartient en propre à l'espèce humaine : c'est la pure activité de connaissance, par laquelle Tesprit humain pénètre la vie de la nature, sans aucun intérêt immédiat autre que celui de la compréhension.
Cette compréhension de la nature a des formes variées, des degrés à l'infini : connaissance vulgaire, émotion devant les spectacles de la nature, connaissance scientifique, compréhension esthétique de la nature dans ses manifestations sensibles.
La connaissance est un mode d'union des êtres : l'esprit humain connaît les objets parce qu'il s'unit à eux, parce que sa distinction d'avec eux n'est que relative et n'exclut pas la continuité fondamentale.
La sensation intellectuelle (vision de la lumière, des couleurs vives) devient pour l'enfant, peu de jours après la naissance, un besoin qui s'ajoute au besoin d'alimentation et qui se développe régulièrement. Ce besoin prodigieusement accru, s'épanouit chez l'adulte en une multitude de formes.
L'émotion si diversement ressentie selon les temps et les individus, devant les spectacles de la nature, est une compréhension, une union de notre vie
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avec les vies animales, végétales, élémentaires qui se manifestent à nous dans un ensemble où se révèlent leurs parentés, leurs harmonies réciproques, leur harmonie aussi à nos propres sens, h notre vie.
La connaissance scientifique nous révèle l'unité de la nature, dans la constance de ses lois, nous mêle au courant universel des existences, nous éternise par la pensée de l'universel. Elle nous crée aussi des liens avec les hommes : avec les autres pensées par l'effet d'une collaboration étroite et nécessaire, avec la foule par l'effet de l'utilité commune des conquêtes de l'esprit.
L'art manifeste une communion de sensibilité voulue, cherchée, accrue par un effort de tout l'esprit, avec toutes les vies de la nature; il manifeste une forte compréhension du langage matériel par lequel toutes les significations de la nature se répondent, par lequel avant tout elles se marient à la sensibilité humaine : la vision de la continuité des formes, des infinies correspondances de la nature et de notre âme, nous donne le sentiment certain de notre union avec tous les êtres, et cette vision que l'œuvre d'art fait commune établit un lien de pensée entre l'esprit de l'artiste et tous les esprits que sa vision réjouit.
IL — Sous toutes ses formes, à des degrés divers, l'activité mentale est une source de joies profondes parce qu'elle est le prolongement purement humain de l'instinct vital qui pousse tous les êtres à s'accroître dans leur forme individuelle, par union et fécondité. La faculté de compréhension est l'épanouissement de la vie de l'homme, le siège de sa force singulière, de sa puissance suprême de domi-
lU L'ORGANISATION DE LA CONSCIENCE MORALE
nation. C'est le lieu où se rejoignent les deux «passions de feu », Tambition et l'amour. L'œuvre d'esprit et l'enfant sont des modes de reproduction qui s'accordent et se fondent. L'œuvre d'esprit, dans l'être individuel qui la porte, est un fruit et une semence qui appartiennent à tout un organisme social.
lïL — La compréhension profonde de la nature est la consolation naturelle et nécessaire de la première clairvoyance qui révèle aux hommes les conditions de leur destin. Nous savons que les lois et les accidents de la vie vont meurtrir cruellement nos affections individuelles et nos désirs, et nous prévoyons la mort, terme certain du mouvement passionné de notre vie ; cette clairvoyance superficielle est notre guide sûr vers le désespoir, si l'amour intellectuel de la nature ne nous élève audessus de notre existence individuelle, de ses attaches immédiates, de ses attaches sociales, pour nous unir à l'existence universelle, au changement universel, au renouvellement universel, où les morts ne sont que des clins d'œil.
Cet amour intellectuel de la nature n'est pas la connaissance scientifique, qui n'est qu'une voie parmi d'autres qui peuvent mener vers lui : il est une union réelle avec la vie universelle. La notion de nature n'est pas différente ici de ce que la religion appelle Dieu; la consolation, la joie dont cet amour est la source abondante sont la consolation et la joie qui récompensent la foi généreuse et la clairvoyante ardeur des mystiques, pénétrant au travers des formes limitées, imparfaites et passagères jusqu'à la vision de l'esprit infiniment aimable, universel et immortel.
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Celui qui uous ouvre le chemin vers cette vision divine, qui nous apprend à rompre l'enveloppe des occupations et des tourments individuels, pour nous mêler à l'esprit infini qui anime l'univers, celui-là fait plus pour nous que s'il nous enseignait toutes les règles particulières de la sagesse. Car toute vivante sagesse, toute harmonie profonde de l'ame humaine a sa source dans cette activité suprême de la conscience.
IV. — Il appartient au moraliste de nous aider à gagner le rond-point des avenues au fond desquelles apparaît la vision de l'universel, afin que, consultant notre nature et notre force, nous nous engagions dans l'une ou l'autre, les yeux héroïquement fixés au lointain.
C'est assez : il n'y a pas lieu d'imposer ni de proposer à tous un commun idéal. Le but de l'art moral n'est point de créer un type mental pour qui seraient résolues les oppositions, les difficultés de la vie, mais d'aider les esprits individuels à s'élever chacun vers sa propre gloire, a persister, en se développant selon le rhytme sans fin de la nature vivante, dans son originale harmonie.
Del VOLVE. lo