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CARACTÈRE ET MÉTHODE DE L'ART D'ORGANISATION DE LA CONSCIENCE

On n'a prétendu donner, dans la deuxième partie de ce travail, qu'une ébauchefort imparfaite, destinée à indiquer simplement ce que pourrait être un art moral ayant pour but d'aider à l'organisation de la conscience individuelle.

I. — Un tel art exige naturellement un mode d'exposition synthétique. Comme échantillon d'une méthode scientifique, il est loisible de donner un fragment d'étude complètement poussée. Mais l'art moral doit constamment offrir un schème total de la vie morale ; s'il lui appartient de développer sur telles ou telles questions de vie intérieure des études de détail, il ne répond à sa destination qu'à condition de fournir en même temps des raccourcis d'ensemble, des embryons d'organisation morale.

Ce caractère de l'art moral justifie la forme de la présente étude, où l'on a cru pouvoir, sans s'écarter jamais des conditions exigées d'un art positif, présenter à titre d'échantillon non une étude de détail, mais une synthèse imparfaite.

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II. — L'art moral dont on a donné une esquisse a pour fondement les notions que la science nous fournit des lois universelles de la nature vivante ; il s'aide de tous les renseignements que l'état actuel de la physiologie, de la psychologie, des sciences sociales nous fournissent sur la nature individuelle et sociale de l'homme ; mais sa forme et sa méthode sont commandées par la considération de son objet propre, qui est l'utilisation de ces connaissances pour aider à la fonction adaptatrice de l'activité individuelle de conscience. Il ne formule pas de règles communes, mais il fournit les éléments d'une réo^ulation ou mieux d'une orgfanisation individuelle. H ne donne comme absolues que les lois auxquelles nulle activité ne peut ni ne veut se soustraire, et il expose les modes contingents d'adaptation comme de simples suggestions, des schèmes d'action dont peuvent s'aider les activités individuelles.

De tels schèmes seraient très utilement proposés par des esprits divers de forme, de tempérament, de point de vue fonctionnel : l'unité de l'art, c'està-dire sa valeur de vérité générale, est suffisamment assurée par la communauté des principes, exclusivement empruntés aux sciences positives.

En proposant ses vues sur les valeurs de tels ou tels modes contingents d'adaptation morale, le moraliste suit lui-même la loi naturelle du développement de sa propre activité. Il ne fait pas œuvre scientifique, impersonnelle, mais il s'efforce de ramener autant que possible les autres hommes à la forme de sa propre conscience, obéissant ainsi aux lois universelles qui poussent tous les êtres h la domination et à la réunion. Il sait qu'il y a à l'avenir humain une infinité de voies possibles, différentes de celle qu'il suit et où il prétend engager

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d'autres hommes ; il ne les engage pas moins de toute sa puissance à suivre cette voie, sachant que dans la Nature une force n'est jamais perdue, mais qu'elle concourt, dans la mesure de son énergie, à la détermination du futur.

III. — L'art moral, tel qu'on l'a conçu, a donc sur les données des sciences de la nature son solide point d'appui, mais au sommet il prend la forme des arts de la beauté, il devient l'expression suggestive, séductrice, d'une conscience individuelle.

A chacun d'utiliser pour soi ce qui dans les parties contingentes d'un tel art lui est utilisable, de sentir jusqu'où sa nature est commune avec celle qui lui est éclairée, de tirer parti des analogies comme des similitudes et des oppositions comme des analooies : car nos désirs s'éclairent, se précisent, s'affermissent par la compréhension des formes d'activité qui leur sont opposées.

Universel et individuel, l'art moral calque sa forme sur celle même de l'objet de son application, qui est la vie individuelle envisagée dans son effort pour s'adapter à la nature universelle.

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