‹ L'Organisation de la conscience moraleChapitre 23 sur 25 · SA PLACE PARMI LES ARTS MORAUX · texte numérisé non relu

SA PLACE PARMI LES ARTS MORAUX

I. — On ne prétend nullement ici absorber dans l'art moral d'organisation de la conscience toutes les formes possibles d'art moral. Il existe déjà des arts moraux objectifs, ayant pour but, non d'aider au développement de la conscience individuelle, mais d'agir du dehors sur les mœurs d'une coUec-

i54 L'ORGANISATION DE LA CONSCIENCE MORALE

tlvité ou d'un individu. La politique est et a tou- f jours été un art de cette espèce : législateurs et gouvernants ont en mains des instruments plus ou moins puissants, plus ou moins maniables, pour agir sur les mœurs des sociétés qu'ils régissent.

La naissance et le progrès des sciences sociales positives nous permettent d'espérer un perfectionnement, une rénovation peut-être de cet art, une politique rationnelle, remplaçant les routines ignorantes, les pratiques intéressées des volontaires de la politique actuelle : nul doute qu'un tel progrès de l'art politique n'ait d'importantes répercussions sur la vie morale en aofissantsur les conditions de la vie sociale des individus.

Les progrès de la biologie humaine nous promettent d'autres modes objectifs d'action morale.

Le développement des études sur les états somnambuliques, sur les diverses formes de psychasthénies peut nous conduire à des méthodes rationnelles de curation des maladies proprement morales. D'autre part, l'étude biologique des désharmonies physiques, qui pèsent sur les destinées de la race humaine, nous ouvre l'espoir qu'elles puissent être radicalement corrigées, et que disparaissent du même coup les troubles et les vices qu'elles entretiennent.

Ces arts sociologiques et médicaux seront sans doute, une fois constitués, de précieux auxiliaires de l'art individuel d'organisation delà conscience.

Dès aujourd'hui, les espérances qu'ils autorisent sur l'avenir physique et social de l'humanité peuvent jouer un rôle utile dans T'organisation de notre vie morale : le tableau lointain d'une humanité régénérée par la science, purifiée des accidents et des souffrances, sereine, dans le présent, comme les

CONCLUSION i55

plus parfaites des races animales, maîtresse de l'avenir, pareille à un vaisseau bien muni que commande une intelligence vigilante, la vision de ce destin superbe de la race, si nous savons y fondre notre effort vital individuel, est capable de remplacer dans notre esprit les anciennes visions du royaume des cieux ; il est permis à l'humanité savante de jouir des douceurs d'espoir d'un millénarisme raisonnable.

II. — Mais nous pensons avoir établi, qu'aussi bien en espoir qu'en réalité, les arts objectifs ne peuvent prétendre être substitués à l'art d'organisation interne. La méconnaissance de cette vérité risque d'entraîner à des erreurs ayant de graves conséquences pratiques. Il serait funeste, notamment, en pédagogie, de condamner comme n'étant ni scientifique, ni efficace, tout enseignement de principes de morale, pour lui substituer une méthode d'éducation purement objective par l'hygiène, la discipline, les jeux, même complétée par des notions positives sur l'économie sociale et politique et sur l'état présent de la conscience sociale. La pédagogie emploiera très utilement comme auxiliaires les arts moraux objectifs ; mais le centre de l'éducation morale, aujourd'hui comme par le passé, c'est l'organisation de la conscience : si l'enseignement moral officiel paraît aujourd'hui inefficace, ce n'est point parce qu'on enseigne une morale à principes, mais parce que cette morale repose sur des principes insuffisants, vagues, sans lien à l'état présent des sciences positives, sans lien réel aux préceptes qu'ils prétendent fonder.

i6 L'ORGANISATION DE LA CONSCIENCE MORALE

Page 1