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INTRODUCTION

« Le jour où on enseignera aux enfants l'amour de la paix, où on leur apprendra à estimer les autres peuples, à rechercher ce qui unit les hommes plutôt que ce qui les divise, ce jour-là nous naurons plus besoin de doser les sécurités et d'appliquer les paragraphes de l’article 8 du Pacte : la paix règnera parmi les Nations. »

Aristide BRIAND.

Au lendemain de la terrible catastrophe de 1914-1918, les peuples, dégoûtés de Ia guerre, croyait-on, avaient de grands espoirs d'instaurer une paix durable, une ère de collaboration dans tous les domaines de la civilisation internationale. Dès 1920, on réalisa une Société des Nations politique, destinée à assurer une coopération des représentants des Gouvernements, des hommes d'Etat, des experts, et bientôt l’idée d’une coopération dans le royaume de la pensée fut mise en avant, fut lancée par Lord Balfour, ancien premier ministre d'Angleterre, Léon Boürgeois, ancien ministre des Affaires étrangères de France, avec le concours du célèbre philosophe Henri Bergson. On désirait organiser, en marge de cette coopération politique des hommes d'Etat, une coopération de personnalités sans caractère officiel, philosophes, écrivains, artistes, savants, une « société des esprits », selon le mot de M. Paul Valéry. |

Une coopération intellectuelle qui franchit les limites du pays, de races ou de nations, qui s'étend

au delà des continents, n’est à vrai dire rien de nouveau; elle est bien antérieure à la Société des Nations: elle est de toujours, représentant une très ancienne et très longue tradition. La majorité des succès de la civilisation ont été remportés selon les données d’une coopération intellectuelle qui a connu, au milieu des troubles et des guerres, une activité féconde qu’il est même difficile de retrouver de nos jours. Cela est vrai du Christianisme tout d’abord; de la « Scholastique » du Moyen-Age, fruit de la collaboration des penseurs italiens, français, allemands, espagnols, anglais; de l? < Humanisme » de Ja. Renaissance; de la Philosophie du xvur'; du Romantisme au xix°, qui représentent autant de formes, autant de systèmes de coopération intellectuelle.

A ces époques, la coopération intellectuelle restait une idée vague, une notion imprécise qui a pu être éclaircie et définie, depuis que la Société des Nations a créé une Commission internationale de coopération intellectuelle. :

Aujourd’hui, qu’entend-on par coopération intellectuelle? Le terme coopération à lui seul signifie que l’on participe avec une volonté soutenue, d’après des accords étroits, à la réalisation d’une synthèse, d’une * harmonie quelconque; lorsqu'il s’agit de coopération intellectuelle, la réalisation de cette synthèse, c’est la paix, à laquelle on aboutira par les efforts constants des hommes de bonne volonté, des savants, des écrivains, des philosophes, des artistes. Une définition de la coopération intellectuelle ne s'impose pas, a-t-on dit, parce que la coopération intellectuelle doit se définir par ses résultats. Depuis la création de l'organisation actuelle les résultats obtenus pourraient

certes à eux seuls montrer ce qu’est la coopération intellectuelle, mais il en existe cependant une formule assez précise et assez claire pour la situer dans l’organisation du monde contemporain.

Elle a pour objet : la collaboration intérnationale afin d'assurer le progrès de Ia civilisation générale et des connaissances humaines, notamment le développement et la diffusion des sciences, des lettres et arts.

Elle a pour but : de créer un état d’esprit favorable à la solution pacifique des problèmes internationaux.

Son cadre est celui de la S. D. N.

Cette formule se résume dans une définition synthétique : l’activité de la Société des Nations sous la forme de la coopération intellectuelle a comme but essentiel de développer la collaboration des peuples dans tous les domaines de l'esprit afin d’assurer l'entente internationale pour la sauvegarde de la paix.

La coopération intellectuelle n’est pas une utopie, une pure idéologie; elle a un rôle à jouer dans l’organisation de la paix. Ce qu’elle veut, c’est rassembler les esprits, les adapter aux relations internationales, aboutir à un internationalisme basé sur les rapports et les échanges entre les peuples, Ce n’est pas une tâche facile à l’heure actuelle, où, comme le fait remarquer M. Jean Piaget, Directeur du Bureau international d'Education de Genève, « une certaine partie de la jeunesse semble considérer l’idée d’un enseignement pour la paix comme le type même de ces mythes éphémères qui opposent les générations les unes aux autres et symbolisent le passé aux yeux de ceux qui viennent. » La coopération intellectuelle veut amener dans tous les domaines qui relèvent d’elle une coordination des efforts, une collaboration,

Sn TN

susceptibles, non seulement d'éviter des pertes de temps, de faciliter l'information, la diffusion du progrès, mais aussi de provoquer la formation lente peut-être, mais continue de l’esprit international. Son œuvre doit être essentiellement pratique, une œuvre constructive de coordination et de collaboration

continues,

L'une de ses tâches les plus importantes est celle qui a rapport à l'Enseignement en général l’Assemblée tout entière a souligné l'importance des efforts faits pour instruire les enfants et les jeunes gens des idées et des buts de la Société des Nations; de l’éducation de la jeunesse dépendra la paix du monde. Une grosse partie de l’activité de l’Organisation de Coopération intellectuelle est consacrée à provoquer des contacts directs entre les départements de l’Instruction publique, pour les amener à comparer et à échanger leurs méthodes, à traiter en commun, et non dans l'isolement, les questions d'intérêt général qui se posent aujourd’hui à toutes les nations civilisées, Enseignement de la Société des Nations, introduction dans les écoles de manuels scolaires rédigés dans un esprit d'entente mutuelle, utilisation de la radiophonie et du cinéma dans les classes, échanges de la jeunesse, création de centres de documentation pédagogiques, telles sont les principales questions qui ont fait et qui continuent de faire l’objet d’études spéciales, d’un travail de liaison er matière d'instruction publique 1.

() L'Année 1936 de la Coopération intellectuelle. Publication de l’Institut International de Coopération Intellectuelle, 2, rue de Montpensier, Paris-1°", page 120.

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