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CHAPITRE III

La création de la Commission

par la S. D. N.

Devant les efforts des associations, les projets présentés par l’Union, les vœux divers, la S. D. N. ne pouvait rester inactive et, dès sa création, elle s’est préoccupée de la question de la coopération intellectuelle. En présence des nécessités intellectuelles de l'après-guerre, elle s’est rendu compte que son œuvre suprême : l’établissement d’une paix stable, n’était possible et sûre qu'avec le concours des consciences et des intelligences. Sir Eric Drummond, premier Secrétaire général de la S. D. N, écrivait en 19211 que : « ...La S. D. N. ne peut poursuivre « aucun de ses buts, ni les buts généraux de la coopé- « ration prévue dans le Pacte... sans rencontrer à < chaque instant sur son chemin le problème général

(1) Mémorandum du Secrétaire général du 2 septembre 1921. O. c.

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« de l’éducation et sans être obligé de demander un « concours actif aux éducateurs de tous les pays. » Sir Gilbert Munay montrait à la deuxième Assemblée la nécessité d’une activité intellectuelle f,

Le premier geste de la S. D. N. dans ce domaine fut marqué par une discussion au Conseil lors de sa huitième session tenue à Saint-Sébastien du 30 juillet au 5 août 1920. Nous savons que l’Union des Associations avait proposé à la Conférence de la Paix l'élaboration d’une charte du travail intellectuel et que cette charte fut repoussée devant l’urgence des problèmes politiques.

Décidée à poursuivre son œuvre, l’Union saisit la S. D. N. d’une double requête tendant :

1° À ce que la S. D. N. prit sous son patronage l'Université Internationale;

2° A ce que la S. D. N. subventionnât la publication d’un code des vœux et résolutions des Congrès

internationaux.

Quelques explications concernant ces matières sont

nécessaires.

1° L'Université Internationale.

Le 5 septembre 1920, la Conférence pour la création de l’Université Internationale a adopté le principe de sa création et du 5 mai au 20 septembre a eu ‘ lieu la première « quinzaine de l’Université ». Dès le xix° siècle, de nombreux projets furent publiés, se

rattachant à l’enseignement international et il n’est pas inutile d’en signaler quelques-uns.

(1) Rapport présenté à la 2®° Assemblée au nom de la cinquième Commission. Actes, séances plénières, p. 309.

Projet d’Université du Professeur Angelo Heilprin (The Forum March, 1900) 1.

Le x1v° Congrès Universel pour la Paix (Lucerne, 1905) a recommandé aux gouvernements d’organiser une Université à frais communs.

Un projet d’alliance universitaire internationale visant l’organisation d’un Bureau International des Universités, dû à l'initiative de M. Bernard Bouvier, Professeur à l’Université de Genève, a été négocié en 1894. Il y a toute une floraison de projets dont celui de 1920 est l’épanouissement le plus complet 2.

L'objet de cette Université a été défini par Particle 1° des statuts

« L'Université a pour objet d’unir dans un mouve- « ment de haut enseignement et de haüte culture « universelle les Universités et les Associations inter- « nationales... Elle doit permettre à un certain « nombre d’étudiants de parachever leur formation « par une initiation aux aspects internationaux et « comparés de toutes les grandes questions. A cette « fin, elle organise chaque année... un ensemble de « cours et de conférences... L'Université agira « comme un centre d’études pédagogiques supé-

(1) Annexe au rapport sur la création d’une Université Internationale. Extrait de l’Université Internationale, p. 36, DEC:

(2) Une première esquisse de l’Université Internationale à été donnée dans l’Annuaire de la Vie Internationale, 1910- 1911, p. 127. Divers rapports ont été présentés au Congrès mondial des Associations Internationales en 1913. (Actes, p. 179, 187, 671 et 673).

(3) Un institut pédagogique international a été proposé par M. KÉMÉNy en 1906. Voir son étude : L’enseignement international. Histoire, étaë actuel, avenir. Ostende. Bureau International de documentation éducative, 1914.

Voir aussi F. Buisson, L'Instruction et.l’Education Internationale, Paris 1905.

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« rieures et- de recherches scientifiques, techniques « et sociales...; elle contribuera notamment à « établir une concordance aussi parfaite que possible « entre les principes qui président à l’évolution de « la civilisation et le développement de la Société des « Nations ».

On a envisagé cette Université comme un laboratoire pour produire un « esprit international » dont ne peut se passer la S. D. N.; comme le plus parfait instrument pour répandre à travers le monde les mêmes idées de progrès et de paix; comme le meilleur moyen de donner une sorte d’impulsion centrale à la vie intellectuelle de toute l’humanité; comme constituant un immense réseau régulier de l’intellectualité.

Pour arriver à ces résultats, l’Université de Bruxelles se devait d’être une fédération des Universités, l’Université des Universités. En 1921, son organisation comprenait 1 :

16 Universités de 13 pays;

347 Professeurs de 23 pays;

23 Chaires.

La Confédération Internationale des Etudiants fondée à Strasbourg en 1919 a, dès la première heure, apporté sa coopération au succès de l’entreprise.

Le Code des vœux.

Le « Code des vœux et résolutions des Congrès internationaux » est la coordination des desiderata principaux dans tous les domaines de la vie internationale.

(1) Annuaire de l’Université Internationale. Bruxelles 1922. Palais Mondial. Publication n° 2, 1922. Indice 378 (00).

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Le Conseil de la Société des Nations adopta, sur le rapport de M. Léon Bourgeois, une résolution au terme de laquelle il « envoyait à l’Union des Associations « internationales l'expression de sa sympathie pour « l’œuvre de l’Université qu’elle entreprend, ainsi « que ses vœux de succès ». Le Conseil de la S. D. N. n’offrait donc qu’un appui moral à la création de cette Université.

Quant à la publication d’un code des vœux, l’Union prenant à sa charge une part importante des frais, demanda à la S. D. N. une subvention qui lui fut attribuée par le (Conseil pour une somme de 1500 livres sterling prélevées sur le budget déjà approuvé par le Conseil.

Ces décisions du Conseil constituent la première ébauche de la solide entreprise de coopération intellectuelle, entreprise qui ne pouvait être mise définitivement sur pied sans étude et réflexion par suite du problème complexe qu’elle posait à la S. D. N.; il fallait élaborer un programme d’action, une organisation méthodique répondant aux sollicitations pressantes, tant gouvernementales que privées.

A la première Assemblée de 1920, les délégués de la Belgique (M. Poullet), de Ia Roumanie (M. Negulesco) et de l’Italie (M. Maggiorino Ferraris), à la suite du vœu de l’Union, présentaient une motion suggérant que l’Assemblée invitàât le Conseil à favoriser les travaux en cours dans le domaine de l’organisation intellectuelle et aussi « à présenter à l’Assemblée, lors « de sa prochaine session, un rapport circonstancié «.sur l'influence éducative qu’ils sont appelés à « exercer dans Ja ‘formation d’un large esprit « d’entente et de coopération mondiale et sur lutilité

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« qu’il pourrait y avoir de les constituer en un orga- « nisme technique à rattacher à la S, D. N. »1.

La motion présentée traduisait le vœu de l’Union qui était, nous le savons, de voir créer par la S. D. N.? un organe pour le travail intellectuel analogue à celui qu’elle avait créé pour le travail manuel et l’hygiène, c’est-à-dire un organe technique composé d’une Commission, d’un Secrétariat et d’une Conférence générale des délégués des gouvernements, ou, à défaut, d’une organisation autonome, et non pas d’une Commission consultative comme celle qui fonctionne actuellement .

L'Assemblée se trouvait en présence de deux obstacles devant le projet de résolution des délégués de la Belgique, de la Roumanie et de l’Italie.

1° Les délibérations de l’Assemblée ne pouvaient pas s'appuyer sur un texte du Pacte. Si ce dernier prévoit, même succinctement, les autres activités de la S. D. N. il est muet sur l’organisation du travail intellectuel. Il suppose simplement, par son préambule et la plupart de ses articles, le rapprochement des esprits, la compréhension mutuelle, une volonté de collaboration internationale.

2° Quelles relations la S. D. N. allait-elle entretenir avec la très grande quantité d'organismes différents qui ont entrepris séparément l’œuvre de coopération intellectuelle ?

(1) Voir Hsu-Fu-TEH, p. 31, o. c. Résolution de l’Assemblée du 18 décembre 1920.

(2) Cf. M. P. OTLer. Introduction aux travaux de la Commission de Coopération Intellectuelle.

(3) Les décisions des Conxmissions consultatives doivent être soumises à l’approbation du Conseil et de l’Assemblée.

So 3 LL] Ces difficultés sont à l’origine de la lenteur mani-

festée par la S. D. N. dans l’élaboration définitive de l’actuelle Commission.

Le projet adopté sans discussion à la deuxième Commission fut l’objet d’un débat assez vif devant l’Assemblée entre M. Lafontaine, rapporteur de la deuxième Commission ! à l’Assemblée, et M. Barnes, déiégué britannique, le premier désirant voir la S. D. N. créer une organisation spéciale, le deuxième voyant dans le Bureau International du Travail l’organisme tout désigné pour s’occuper du travail intellectuel.

L'Assemblée adopta le rapport de M. Lafontaine, mais invita seulement le Conseil « à présenter un < rapport sur l'influence éducative dés travaux qui « ont pour objet de développer la coopération intellec- « tuelle et sur l'utilité qu’il pourrait y avoir de les « constituer en une organisation technique. »

Le 1* mars 1921, le Conseil, dans sa douzième session, aborda la discussion sur l’organisation du travail intellectuel. M. Quinônes de Léon, délégué espagnol, chargé d’établir le rapport demandé par “l’Assemblée à sa première session (décembre 1920) inséra dans son rapport le vœu du Conseil directeur de l’Association française pour la S. D. N. de juin 1920, tendant à créer au sein de la $. D. N. un Bureau d'Education 2. Ce Bureau, ayant pour but d’initier la

(1) L'Assemblée répartit les questions faisant l’objet d’études spéciales entre six Commissions. La deuxième Commission s’occupant des travaux d’organisation technique fut chargée au début d’étudier les questions relatives à la coopération intellectuelie.

(2) P.-v. 12%e session du Conseil, p. 2.728.

jeunesse du monde aux buts et à l’œuvre de la S. D. N., a pris la forme d’un sous-comité d’experts et, depuis 1934, d’un « Comité consultatif pour l’enseignement de la S. D. N. ». Le représentant de l'Espagne mentionna les difficultés précitées, diff: cultés nées du grand nombre d'associations et bureaux privés travaillant à l’œuvre de coopération intellectuelle. :

Le 27 juin 1921, le Conseil reprit l'étude de la question

1° En adoptant un rapport de M. Hanotaux, relatif aux « principes généraux à observer pour placer les « bureaux internationaux sous l'autorité de Ja

S. D. N. »1. Le but principal de ce rapport était d'établir, conformément aux nécessités ‘de lheure, certaines règles pour FPapplication pratique de l’article 24 $ 12

2° En chargeant le Secrétaire général de préparer un projet de rapport comme suite au vœu de l’Assemblée du 18 décembre 1920.

Sir Eric Drummond, à la suite de cette décision, soumit au Conseil qui les approuva le 2 septembre 1921 deux mémoires 3 très complets et très précis, dont M. Léon Bourgeois s’inspirera plus tard.

(1) P.-v. 13" session du Conseil. Genève, juin LOL IOS . D. N. p. 54, 249 et suivantes.

(2) Cet article est ainsi conçu : « Tous les bureaux inter- « nationaux antérieurement établis par traités collectifs seront, « sous réserve de l’assentiment des parties, placés sous « l’autorité de la Société. Tous autres bureaux, internationaux « et toutes Commissions pour le réglement des affaires « d’intérêt international qui. seront créés ultérieurement seront « placés sous l’autorité de la Société. »

(3) Ces mémoires sont reproduits au journal officiel de la S. D. N. II° annéé, n°° 10-12, décembre 1921, p. 1.105 et suiv.

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