‹ L'organisation de la liberte et le devoir socialChapitre 31 sur 65 · FRE · texte numérisé non relu

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et acheteurs de travail, en leur disant : « Débattez vos

; Comparez la vie de l’ouvrier à la vie de lindustriel. Ils ont l’un et l’autre à compter avec les “i.

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versement complet; les ressources sont taries et le

problème de la misère apparaît.

Comment donc admettre dans le contrat de travail

l'égalité des contractants?

En outre, dans le contrat de travail, il. y a {ce que

l’on ne rencontre pas dans les autres contralis de vente

ou d'achat) des devoirs moraux réciproques.

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Il ne suffit pas que chacun ne songe qu’à son Ê intérêt personnel immédiat. Chacun doit songer à.

Pintérêt d'autrui. Chacun doit faire un certain sacrifice de son avantage présent HO mieux assurer l'avantage futur de tous. |

L’indusiriel doit accorder des Taies élevés et des ‘ journées réduites pour que la classe ouvrière gran- :

disse en intelligence, en dignité, en moralité.

L'ouvrier doit, en discutant son salaire et ses 4

heures de travail, tenir compte de Pétat du marché

international pour que l’industrie ne succombe pas 1

sous le poids de la concurrence.

Le contrat de travail ne met. pas en dl À ‘deux individus, un acheteur et un vendeur de travail, :

mais deux organismes, l’industrie et le prolétariat ; : l’intérêt social l'emporte sur l'intérêt individuel, la. conception sociale sur la conception atomique.

Mais la conception atomique à triomphé, et avec | elle ont triomphé tous les excès de l'égoisme imdi- |

viduel. | A Les patrons, privés de (ain. Liidéhatéut et excités *

par la concurrence, ont imposé aux ouvriers des | | conditions toujours plus dures, des salaires toujours ‘ moins élevés, des Te de travail toujours plus 1

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ponsnes Ils ont recruté des travailleurs toujours … plus incultes et plus avilis, leur ont offert des con- ditions d'hygiène et de salubrité toujours plus désastreuses, et leur ont abandonné une bouchée de pain qu'ils étaient réduits à se disputer avec leurs femmes et leurs enfants devenus des rivaux. L’Anglais Nasmyth, le grand fabricant de machines, s'était enrichi en substituant dans son usine les jeunes garçons aux adultes. Appelé à Londres devant la commission d'enquête sur les Trade-Unions, il fit la déposition significative suivante : « Pour un fabricant, . «il est désirable de pouvoir compter sur uné grande « masse d'ouvriers en quête d'ouvrage. » Et comme \ on lui demandait ce que devenaient les ouvriers “HE et leurs familles, 1l répondit : « Je n’en sais ? « rien; Je laisserais cela à l’action des lois naturelles L. « de la SOpIGLé Eh CT |

Turgotet Ricardo avaient établi d’ailleurs la théorie

ee Lau salaire naturel, c’est à-dire du salaire descendant, | en vertu des lois turéllés: à ce qui est strictement nécessaire pour ne pas mourir. Ricardo démontrait,

fort logiquement, qu'il n’y avait pas à se préoccuper:

des conséquences de l’action des lois naturelles en - cette matière, car le but à atteindre était la richesse,

de la population. Peu importait donc que la popu- “ lation fût décimée! « Pourvu, dit-il, que le revenu

h. « net de l'Angleterre, que ses fermages et ses profits

4 soient les mêmes, qu'importe qu'elle se peuple de

2 () Cette déposition est rapportée dans le livre de Quack, De Socialisten. Vol. I. Introduction.

et la richesse restait inyariable, quel que fût le taux

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10 ou 12 millions d'individus? Quoi donc! la

« richesse est tout et les hommes ne sont rien ()..» Et tandis que Ricardo se montrait simplement indif- 0 férent aux fluctuations d’une population minée par la faim, Malthus, nous l'avons vu, effrayé de l'augmentane tion des bouches à nour rir, S'en remettait à la liberté ut pour en réduire lenombre. L'industriel avide de profits ar admettait sans difficulté que secourir Îles malheureux - 1. c’est accroître le nombre des pauvres, que donner de 1 0 l'occupation par bonté, c’est créer un inoccupé, que ne pas tirer du contrat du travail tout ce qu’il peut donner et tenir compte de la situation misérable de . “tn l'autre contractant, l’ouvrier, c'est de la philanthropie malsaine a | |

Et, contradiction poignante et cruelle, les écono- . mistes qui, à certains moments, désireux d’avilir le! prix de la main-d'œuvre, voyaient dans le progrès de. la population un bénéfice pour l’industrie, en arri- À vaient cependant, aux époques de ralentissement de production, à compter sur les guerres, les épidémies, : |

| la mortalité effrayante des enfants pauvres comme. | he remède à un surplus de bouches inutiles! 4 Un mal en engendrait un autre : à côté d’une classe | 4 moyenne riche, mais indifférente aux souffrances et uniquement préoccupée de l’accumulation des capi- 4 taux, on voyait S ‘étendre la plaie du paupérisme. ‘1 Le paupérisme, dans sa forme actuelle, est une chose bien particulière au xix° siècle. 1 Jadis la cité et la patrie se confondent, l'homme vit

(:) Espinas, Histoire des doctrines économiques, p. 304.

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tient dans le malheur, et, jusqu’à la fin du moyen âge, l’histoire des institutions publiques en Europe est or histoire de la responsabilité et de la garantie collectives. Le pauvre n'est pas hors la loi, il trouve aide'et | protection auprès de ses frères.

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| charité et de te s'écroulent, et au lieu d’un sol | couvert des plantes vigoureuses de la mutualité et de la coopération, il n’y a plus qu’une plaine aride et

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d'aventure chassant l’homme du foyer et le lançant

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… éphémère d'éléments étrangers les uns aux autres. Un

n- caprice les attire, un autre les disperse. Une commune

ke n'a a plus. ses pauvres quelle connaît, soutient et nourlrit; elle a des pauvres qu’elle ne connaît pas, des nomades dangereux contre lesquels elle doit se défendre. Le wargus de l'ancien droit germanique | qui, chargé du poids de son crime, erre pour échap- | per à la vengeance, revit en certains points dans l’in- . digent moderne qui erre pour échapper : à la peine ou . au dépôt de mendicité.

h La distribution même de la D laon dans les ; grandes villes, la séparation des quartiers riches et des 4 DurHErs pauvres est un obstacle au maintien des liens.

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à et meurt où il est né, la commune est la réunion des familles : on grandit, on vieillit ensemble ; on se sou-

Peu à peu, toutes les fraternités, les gildes, les Cor porations, sociétés d'assurances réciproques, refuges \ contre l’'adversité, abris contre la misère, écoles de

| déserte où souffle un vent de discorde. Grâce à la . facilité des communications, à l’esprit d'entreprise et

dans l'inconnu de la grande mêlée, la commune n’est plus la collectivité des familles; elle est la réunion

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sociaux. Les riches n'ont pas sous les yeux le spectacle

des souffrances humaines; seuls les philanthropes qui

vont aux pauvres, les aperçoivent, les autres les

ignorent, et les misérables vivent à part dans leur

abaissement, les privilégiés dans leur luxe. | Déjà lindividu dégagé des liens sociaux, atome séparé de la molécule chimique dont il fait partie, ne se développe pas de façon régulière. Il conçoit d’une manière plus radicale que l'être incorporé dans un

milieu social. Il ne saisit pas la vie d'ensemble et ne

se rend pas compte du sacrifice qu’il y a à lui faire ; c’est pour cela que l'isolement aboutit soit à la philo-

sophie de la force ou de l'intérêt, soit au pessimisme. L’individu isolé va plus vite au doute, à la négation, |

au désespoir.

Mais, quand à l'isolement se joint l'abandon et la

misère, quand le malheureux se trouve semblable au

voyageur perdu dans les sables du désert, quand il recherche le pourquoi de la souffrance sans obtenir

de réponse à sa question, il passe de la tristesse au désir d’un bouleversement social. | Quand il entend dire que chaque homme est ne de poursuivre la satisfaction de ses appétits, que chacun doit gagner le plus possible pour contribuer au

… bonheur de tous, lui, qui ne possède rien et ne gagne

pas assez, en arrive à considérer comme équitable que chacun ait la même somme de bonheur et songe au partage des biens.

Quand aigri, décu, il se trouve sans intermédiaires

en face de l'Etat abstrait qui passe pour veiller de loin et de haut sur toutes choses, il en arrive à considérer

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