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Or, cette assimilation de l'employeur et de l’ouvrier
à deux individus égaux débattant librement le prix
d’une marchandise, était une erreur colossale. s
Le contrat de travail, Engel et Brentano l'ont démontré, a pour objet: l’utilisation de la force du travailleur. Le travailleur ne se borne pas à livrer
une marchandise coïnme un maquignon livre un
cheval; le travailleur, pour livrer sa marchandise,
doit employer son corps, son intelligence et son cœur.
S'ilest vrai que les règles du droit romain suffisent
à tout, c'est un fait régulier, normal, c’est un incident
naturel de la vie de tous les jours, que l'ouvrier refu -
ed
sant le travail surtout quand il est le plus utileàla
société, et décrétant la grève générale.
Assurément, le préteur romain appliquant les Re 4
du contrat n'eût pu voir là une situation révolution-
naire. | | ; S'il est vrai que le droit romain suffise à tout, il n'y
a aucune raison pour blâmer le patron, quand son
intérêt l'exige, de forcer l’ouvrier à accepter sous la
pression de la faim un salaire dérisoire; de négliger dans ses ateliers les mesures les plus élémentaires
d'hygiène et de salubrité; d’ accepter l'offre de travail |
d'enfants débiles ou même de malades.
L’assimilation aux règles classiques de l’emptio-
vendilio est impossible (Ie | Û Le contrat romain suppose l’égale liberté des con-
tractants. Et en proclamant la liberté sans l'organiser, en mettant face à face des individus pos vendeurs. ‘
(1) BRENTANO, Die Re eus Ava der eee RTE dnung. Leipzig, 1879 Be 19 et +
en
intérêts à votre gré », le régime moderne n’a pas vu 3 Vabîme existant entre l’ouvrier et le capitaliste.
. L’ouvrier, pour vivre et élever sa famille, a besoin, É au point de vue physique, de force, de sobriété, d’une
. Santé à toute épreuve; au point de vue moral, d'ordre,
. d'épargne, de discipline, d'intelligence. Et la moindre pubs, le moindre oubli, la plus légère secousse le mettent, lui et les siens, Hors des rails.
Assurément, le capitaliste pris individuellement ne prospérera pas sans fortes qualités morales et intel- D tuclles. Toutefois, dans la grande industrie, dans la sociélé anonyme, tous ceux qui forment le capital Fe n’ont pas besoin de ces qualités au même degré.
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mêmes événements, la destinée leur réserve les mêmes douleurs, la morale leur impose les mêmes devoirs. Ils doivent élever leurs enfants, leur donner l’édu- … cation et l'apprentissage. Ils doivent prévoir la … maladie, l'accident, les infirmités, la vieillesse et la mort; ils doivent prévoir des crises, des ralentisse- | ments de production, des chômages.
. Quelle différence néanmoins dans la répercussion de ces événements! Aie D'un côté, grâce au capital, à a permanence des revenus, l'existence matérielle continue régulière et
"4 assurée, pour le chef de famille ou pOur les siens. La :
. voie est tracée. La machine continue à rouler.
De l’autre, chacun de ces incidents entraîne des
a | sacrifices pénibles, de profondes secousses, un boule-