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L'étude du moyen âge, après l'étude de la nature et
ue la philosophie, nous démontre donc que l’évolution
naturelle de l'humanité c’est la tendance à A l’organisa-
tion, et que l’organisation c’est l'adaptation progressive des différentes Lee sociales aux différents buts sociaux.
. Et si, faisant un pas de plus, nous recherchons le
moyen de réaliser cette adaptation, nous le trouvons
| dans le groupement des intérêts. Le groupement fondé sur les liens du sang appartient aux époques primi- tives de la civilisation, le groupement fondé sur les
. divisions territoriales est une création artificielle du PDOUVOIr: Le seul qui soit vraiment organique el vrai-
ment libre à la fois a pour base la similitude des inté-
. rêts SOCIAUX.
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Le groupement des intérêts semblables est. organique parce que les intérêts sociaux constituent en D AIQuE sorte la membrure de l'humanité. Formés
| n Pour les détails, 1. PRIS, La démocratie et le régime parle-
. mentaire. LES Muquardt, 1884.
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depuis l’origine de la civilisation, ils se dressent à travers les siècles avec des contours d’une grande netteté. On a toujours distingué la terre, le capital, le travail, l'intelligence, la religion. On n’a jamais confondu les campagnes, les villes, l’agriculture, le commerce, l’industrie, la science, l’art, le droit, l’armée. On a toujours vu dans ces ne forces les assises de la société. | | Le groupement des intérêts nn est libre parce que l’identité des intérêts rapproche spontanément les hommes. Quand ils vivent de la même vie, dans un même milieu, avec les mêmes occupations, les mêmes aspirations, les mêmes sympathies, les mêmes besoins, le même but, leur union est toujours plus volontaire. Ils sentent, ils pensent à l’unisson. L'intérêt personnel s’identifie avec l'intérêt collectif, car chacun, en recherchant son propre intérêt, est à Ai utile à intérêt général, et le dévouement au but com- mun profite à la poursuite du but particulier. là C’est ainsi que dans un orchestre chaque artiste, en | jouant sa partie, tient compte du jeu des autres exé- . cutants, et que le son des différents instruments se 04 ir fond dans l’harmonieuse sonorité de l’ensemble. Et de même, pour obtenir l'harmonie sociale, il faut que la Ë. 10 variété des égoïsmes se fonde dans l'accord sympho- ‘4 | nique des volontés. AS +4 Stuart Mill (voir son livre LA à De l'utilitarisme) 4 expose comment il voudrait combattre les instincts | égoïstes. Il espère y arriver par la contagion de la ' sympathie et par la permanence de l'éducation. ne À son avis, le sentiment de la solidarité doit être :
te
1e enseigné comme une religiôn et toute la force ie
institutions et de l'opinion doit servir à le développer.
Il demande que chacun, depuis son enfance, soit.
enveloppé de la théorie et de la pratique de cette idée. Or, quelles institutions sont mieux faites pour
atteindre un pareil résultat que les groupements d’in-
térêts? Les corporations du moyen âge, les Trade- Unions modernes sont: des écoles semblables et elles
illustrent, par à exemples décisifs, les aspirations de Stuart Mill. |
Le groupement des intérêts est, en outre, la seule façon possible d'adapter au one réel la are trop
. abstraite du contrat social. Elle la transforme dans un ‘sens pratique en échappant à à ce qu ‘elle a de nuageux.
Oui, pour se soustraire à la barbarie ou au despotisme, Îles hommes doivent. s'associer. Le contrat unique primitif entre tous est une hypothèse vague
et arbitraire, un lien trop fictif et trop faible pour
remédier à l'isolement de l'individu et maintenir.
ensemble les parties du corps social. Bluntschli
question change d’aspect. Il est d'autant plus aisé de conclure de tels contrats et de respecter la liberté ‘qu'ils sont plus conformes à la nature, aux désirs,
nuit
et Taine ont raison de ne voir dans cette doctrine qu'une cause de morcellement et d’anarchie pour
les nations. Mais au lieu du contrat social, unique et imaginaire, supposez une multiplicité de contrats . partiels, mais conformes aux réalités de la vie, une foule de petites communautés fondées sur l'en-
tente entre gens ayant le même intérêt à s'unir, la
aux vœux des contractants, el plus il y a entre ceux-ci
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de points communs, plus la poursuite du but collectif répond aux tendances de chacun d’eux.
: Quand Carlyle, Spencer, Stuart Mill, Guyau, Fouillée, entrevoient la cité parfaite, la coopération volontaire
arrivée au dernier degré de développement, un avenir
splendide où la théorie idéaliste du sacrifice à autrui
se confondant avec la théorie sensualiste de l’intérêt personnel, aucun citoyen ne désirerait plus un bien pour lui qui ne fût en même temps un bien pour
autrui, ils rêvent un idéal irréalisable. Toutefois, sans
se lancer dans lütopie, on peut essayer de réduire les conflits sociaux, d’adoucir la violence des chocs
en rapprochant les intérêts identiques et en prenant
autant que possible ces intérêts comme base du groupement des forces sociales.
On aura la certitude de fortifier le: sentiment de la
solidarité et peut-être sera-t-on plus près de la vérité
que ne le fut Adam Smith quand, par des moyens dia-
métralement opposés, il a voulu, sans y réussir,
réaliser le bonheur social. | Telle est d’ailleurs la force de résistance de l'in-
stinct d'association, qu'il a subsisté malgré tout.
En Belgique, des traditions nationales séculaires et
toujours vivaces ont maintenu et développé sans cesse
l'esprit AAGReCAUE dans ses manifestations les plus
variées.
En France, malgré une législation hostile, les compagnons du Tour de France et ceux du Devoir sont parvenus à conserver, en s'entourant de mystere, les traditions, le symbolisme et les rites des groupements anciens. |
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Aujourd’ hui que les groupes se multiplient et vivent au grand jour, que les hommes semblent de nouveau . comprendre la nécessité de s'unir pour rester libres,
- on se demande parfois si la tendance qui restitue la
| vie aux atomes épars n'est pas un recul vers le passé. Il n’en est rien. On peut affirmer, au contraire, qu elle est un pas en avant vers la coordination des forces sociales, une étape nouvelle vers le progrès. lle se distingue, en effet, nettement du système L | ancien et elle à un premier signe caractéristique : je veux parler de la variété des formes d'association, de la multiplicité et de la spécialité des intérêts dont la réalisation peut être poursuivie (!).
“La corporation du moyen âge, garantissant à l’asso- cié l’ensemble de sa personnalité, onehatroit l'homme «| Let Tabsorbait. En le séparant des autres groupes, en ; | traçant entre les groupes des démarcations tranchées, é. elle aboutissait à constituer des ordres et des privi- | | lèges. | | … L'association actuelle n 'absor be plus la totalité de la | personne ; he runs à l'individu qu'un résultat . déterminé, elle n’a vis-à-vis de lui que des exigences plus restreintes. La spécialisation du but entraîne - naturellement la spécialisation du sacrifice ques cha- cund doit à son groupe.
" J'ajoute que la complexité de notre civilisation » fournit. d'innombrables occasions de groupement répondant aux besoins les plus modestes comme aux aspirations les plus élevées : associations de droit
L 2 () Voir Orro GiERkE, Das deutsche Genossenschaftsrecht. Berlin. Fig D on 1868; tome II, 1975 tome IH, 1881.
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al est vrai, des associations qui réunissent en un, “ensemble divers buts spéciaux ; elles acquièrent alors |
l'émancipation d’une classe sociale. Toutefois, celles-là
juridique.
pement sera assez complet pour que sa vie indivi-\
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public et de droit privé; associations dans un but. religieux, politique, social, économique, commercial, agricole, philanthropique, NT ique, SO
moral, artistique, d'hygiène, d'agrément, etc. Et dans chacune de ces directions, il y a des subdivisions : à
l'infini et l’on peut dire que le droit moderne ne met aucune limite au développement des associations. Chacune d’elles a sa signification précise, son organisation propre, ses règlements particuliers fixant les droits et les devoirs des associés conformément aux. intérêts de l’œuvre commune. Ce sont toujours les | qualités et les dispositions personnelles, l'adhésion | au but annoncé qui décident de l'entrée des membres | dans la société. Le citoyen n’est pas obligé de choisir;
il peut à son gré être membre d’une seule association |
ou de plusieurs associations à la fois. Mais” son! individualité juridique n'est jamais épuisée. Il y a,
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une grande importance économique et sociale ; elles : peuvent contribuer, comme les Trade- Unions à |
même, si elles absorbent parfois l'activité maté-\ rielle des associés, n SL Le. leur personne!
Les groupements modernes sont done compatibless avec la liberté. L'homme qui se sentira assez fort, pour être utile en vivant seul, et dont le dévelop-k
duelle soit une vie sociale, ne songera re à s'unir à BautRée, |
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De plus, l'enchevêtrement de toutes les structures
variées qu'offre l’association moderne, de tous les buts si nombreux qu'offre la culture moderne, est une garantie contre le rétablissement du monopole corporatif et des privilèges. |
Il en est ici des groupes comme des classes : les classes ont toujours existé; elles sont la première
manifestation de la tendance de l'humanité au groupement des intérêts; elles sont dues à l’analogie des conditions, de l'éducation, des sentiments, des droits : elles se Dre à Les anciennes classes étaient fer-
| mées; elles avaient leurs mœurs, leurs coutumes, D. privilèges. Les classes modernes sont ouvertes
fet n’ont plus que des intérêts distincts. Le retour à des ordres fermés est impossible. Le droit public, la cul-
ture générale opposent à leur reconstitution d’insur- … montables obstacles. Il y a encore des nobles, des
| bourgeois, des ouvriers. Ils divisent la société en
. couches transversales ; ils ne la divisent plus en
Le ouches horizontales. .
N, La transformation des groupes en cor porations fer -
{ mées et privilégiées est tout aussi impossible et tout aussi contraire à la marche de la civilisation. Le grou-
| pement moderne n’a plus pour but d’absorber l’individualité; ; il a pour mission de la soutenir et de protéger son intérêt. Il recrute ses membres dans tous les rangs
tenir à des groupes multiples. Et is la culture se!
. sociaux. On appartient à une classe; l’on peut appar- # 4 4 : généralise, plus elle empêche les groupes de dégénérer
d en ForEer.
| et des devoirs; elles ne sauraient disparaître, mais
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