‹ L'organisation de la liberte et le devoir socialChapitre 50 sur 65 · NS · texte numérisé non relu

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Qui Rite Le soutenir?

Le seul pays où le suffrage universel est laissé à lui- -même, où il n’est ni contenu par l'autorité, ni | tempéré par le gouvernement local, c’est la France | qui, en un siècle, a subi trois épreuves succéssives du suffrage universel.

La première épr euve date de 1793: elle aboutit à la | Constitution de l’an vin, l’une des plus absolutistes que l'on puisse rêver ; à Bonaparte, qui fait de la France une vaste machine administrative, une hiérarchie de fonctionnaires et de soldats, sans y laisser le moindre abri pour la liberté.

. La deuxième épreuve date de 1848. Au milieu de

l'effervescence des passions populaires et sous l’in-

fluence de la peur, Lamartine accorde soudainement

le suffrage universel. Cela aboutit aux 6 millions de

votes accordés Hcenent à Napoléon Ill, au coup d'État du 2 décembre, à dix-sept ans de césarisme, à la débâcle de Sedan. | | Fi La troisième épreuve date de 1870. Les résultats sont décisifs pour les tendances dont je parle. Le Sénat est une représentation de groupes locaux et de forces

locales; les électeurs forment des catégories, et sont

pris par une sorte de sélection parmi les délégués des communes, des conseils généraux et des conseils d’arrondissement. Or, le Sénat réunit beaucoup d'hommes capables et montre beaucoup d'esprit de suite. La Chambre, élue au suffrage universel pur et simple, donne le spectacle de l'instabilité. Elle dévore en vingt

ans une légion de ministres, tous obligés de lutter contre les intrigues, les cabales, les coalitions, tous

à mettait en lui.

obligés de faire de la politique électorale. L'adminis-

tration, par la nécessité où se trouvent les gouvernements de créer toujours de. nouvelles places, est

une des plus nombreuses et des plus coûteuses que la

France ait eues ; enfin, l'aventure boulangiste, dont

le succès a tenu à un fil, et qui eût réussi si 1: autorité

n'avait pas agi et n'avait pas entravé le jeu de la liberté, montre ce que l'argent peut tenter contre le suffrage universel désorganisé. |

Qu'il y ait en France, comme en AlEbasnes comme .

en Belgique, comme partout où existe un suffrage

étendu, un souffle plus généreux que sous le régime censitaire; que, lorsque les classes déshéritées votent,

il faille s'occuper des classes déshéritées, cela est! incontestable. Mais ce qui est certain, c'est que les Français éminents disent aux ministères qui se suc-

cèdent : « Faites moins de politique, il nous faut de

bonnes lois. » Ce qui est certain encore, c est que les”

revendications du part ouvrier français sont aussi. énergiques que sous le régime censitaire; il ne semble pas que: le suffrage universel ait réalisé l'idéal du

parti ouvrier et répondu aux espérances que l'on |

Et en ce moment même où les ne sociales sont au premier plan et dominent les questions poli-

tiques, ne semble-t-il pas que le suffrage universel soit

avant tout un instrument politique et non pas un.

moyen de résoudre les problèmes sociaux?

Partout il y a des aspirations vers un renouveau;

chacun a des plans de réorganisation sociale, les tri-

bunes politiques et parlementaires voient éclore tous

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(1) Revue bleue, février 1895.

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MS: jours des projets sans nombre. Mais où donc se font les réformes les plus rapides, les plus complètes, les Dos sérieuses? N’est- -ce pas en Angleterre, pays de décentralisation et de gouvernement local? N' est-ce pas

É en Allemagne, pays de pouvoir fort? Les Tra de-Unions

d’une part, le prince de Bismarck de l autre, ontobtenu

des progrès considérables alors que les démocraties

pures piétinent sur place.

D'ailleurs, un phénomène caractéristique et un défaut saillant du suffrage universel, c'est l’abstention. Dès le début de son application en Europe, dès

4793, le phénomène apparaît. A Paris, dans les

circonstances les plus tragiques et alors que l'enjeu de la lutte est si important, Danton et Robespierre

sont nommés par cinq cents voix! Et un siècle plus

tard, dans le calme et la paix, le phénomène de l’abstention reste le caractère dominant des élections. Le nombre de ceux qui ne votent plus sémble même

à augmenter encore. M. Paul Laflitte, dans la Revue

bleue |, nous apprend qu'aux dernières élections | municipales de Marseille, il y a eu 17,800 votants sur | 81,800 inscrits, soit 78 p. c. d’abstentions. « Si nous continuons, dit M. Laffitte, le suffrage universel sera bientôt une duperie. » M. Yves Guyot, dans le . Siècle, constate que sur cinq électeurs trois ne votent

as et ne sont plus représentés à la Chambre des

‘On en arrive, comme en Belgique, à décréter le he obligatoire et à contraindre au vote les électeurs

ue ce

récalcitrants, c’est-à-dire à transformer en devoir et

en fonction ce que la démocratie considère comme un de e À e œ 4 Il r ; 7 Es £ s droit politique, à mécontenter les votants et à créer. :

des occasions multiples de difficultés et de vexations.

Mais l’abstention. tient à des causes préionies aux-

| quelles l'obligation du vote ne change rien.

I y a d'abord l'oppression du nombre. Quant au

scrutin de liste, la moitié plus un des électeurs domine

la moitié moins un des électeurs et que cette dernière moitié (que ce soit dans une grande ville ou dans une région rurale) ne parvient pas à faire élire un seul

de ses candidats, comment espérer qu'elle attachera

le moindre prix à un droit aussi inutile et aussi illusoire 20h

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Il y a ensuite le dégoût de la politique qu éprouve ; so

souvent la partie la plus saine, la plus travailleuse, la

plus réfléchie de la nation. Elle a des intérêts et a | besoins sociaux ; mais que lui font à elle les entraîne- ne

ments du moment, le bouillonnement d'idées, le fracas de paroles qui pendant la période électorale font croire que la face du monde va changer? Peu à peu,

elle devient sceptique et cède 1e place aux ardents

pour qui la politique est un luxe ou une profession, |

c’est-à-dire aux moins bons des électeurs. Ainsi, la

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