‹ L'organisation de la liberte et le devoir socialChapitre 60 sur 65 · UE CHE · texte numérisé non relu

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- la civilisation romaine aux approches du christia-

. nisme, quand les petits et les humbles, dans la simpli-

cité naïve de leur âme d'enfant, attendaient un idéal : nouveau et que les grands de la terre n'avaient ni la

force ni la foi nécessaires pour défendre l'idéal ancien. E: incertitude et le découragement réonent

pou: d'en bas partent les appels à la destruction, sans que l’on précise par quoi il faut remplacer les

institutions existantes; d’en haut partent les appels à

la résistante sans que l’on soit convaincu d'avoir le

| droit de tout maintenir. Et l’on perd sa foi dans des choses que l'on croyait douées d’une éternelle

M LIfURESSe et dont on avait appris à ne pas douter, telles

que la presse, les parlements ou les écoles.

A quoi attribuer tout cela, sinon au dédain de la

: force morale? L'ordre social n'est jamais foncièrement mauvais, puisqu'il est le produit des efforts spontanés et continus de l'humanité, mais il peut se dessécher et s atrophier faute d’esprit social.

J'ai parlé des mérites du corporatisme, des vices

CDRCRGEE LP LE ete ri

de l’individualisme. Il n’y a cependant aucune vertu

| magique dans le mot corporation, pas plus qu’il n’y a L de puissance démoniaque dans le mot individu ou État. Mais il y a une vertu magique dans la force . morale de l'homme.

Le principe d’individuation est fécond en lui- même; ce n’est pas lui qui a fait le malheur du

: liste, lançant les hommes à la poursuite de l'intérêt … personnel et détruisant ainsi l'harmonie des classes. Bo Ce n l'est pe le corporatisme seul qui a fait le

* xix° siècle, c’est la faiblesse de la morale individua-

: Donbeut du moyen âge, c'est lascomphsomient. de devoirs réciproques, la pratique de l'assistance et de la fraternité au sein de la corporation; celle-ci est devenue égoïste, exclusive et tyrannique, comment le socialisme, s'il ne met pas au- -dessus de même de faire le bonheur de la société future? Or, à

partir du manifeste de Engels et de Marx, de 1847, ne. participe-t- il pas manifestement aux erreurs de la

une devise indiscutable :

à une autre. Qu'on relise le manifeste. Il nes agit plus

ni rene Ils agit de la guerre des classes. On veut faire passer le droit, la force et le pouvoir.en d’autres

le sol et les moyens de une abaisser ceux qui.

tement réalisable, les promoteurs d’une réforme sociale

d’avoir voulu reproduire Sous une forme différente

le jour. où elle a perdu son action bienfaisante. Et de même,

tout la force morale de l’homme, serait- il mieux à.

doctrine morale du x1x° siècle? Ne s'est-il pas borné à déplacer l’axe de cette doctrine? Alors qu'il avait « la solidarité sociale », on.

voit, en 1847, apparaître un parti dont l'objectif, au contraire, est simplement la substitution d’une a ns,

de faire régner le droit pour tous; de combattre les à privilèges; de multiplier les propriétaires et les capitalistes; de venir au secours des inférieurs et de les

mains; supprimer la propriété et la rente; nationaliser

possèdent. L'URL RUES dure

. En s'adressant ainsi aux ne égoistes, au mobiles intéressés; en éveillant les appétits, en offrant des jouissances matérielles comme un idéal immédia-

à obtenir par la force n ‘échappent pas au reproche /

la situation qu ils critiquaient. : “

a : À quoi on bouleverser la société si on ne ee

Done pas l'homme lui-même et si on laisse subsister . dans la direction des actions humaines la politique de

l'intérêt personnel? Admettons qu'une fois de plus les” masses surexcitées aillent aux extrêmes, qu'une fois de plus les bons soient sacrifiés aux mauvais, les désin- | téressés aux ambitieux, les penseurs aux politiciens, | 4 Prospero à Caliban, et l'on verra que les ruines ont été

ë accumulées en pure perte; la classe nn eu aura changé; les conflits et les abus auront subsisté.

“+, Le progrès ne résulte donc pas de la contrainte

externe; il ne peut sortir que de la renaissance

interne. Telle est la portée de la culture morale et | c'est avec raison que le professeur Liegler, de Stras- : bourg, a pu écrire un livre intitulé : La question sociale | est'une question morale ().

“2 Ja décadence moderne : le monde, vu, un jour de courses à Epsom, Deauville ou Boitsfort, ou devant ; ee tapis vert à Monte-Carlo, est bien laid ! celui que l'on voit un jour de meeting, à Belleville, n’est pas ce beau. Les oisifs qui, poussés par une curiosité malsaine, transforment une audience de cour d'assises en salle de spectacle ; la foule brutale poursuivant de ses hurlements la voiture cellulaire ( qui entraîne

le condamné à mort, donnent une preuve égale de

‘leur manque de sens moral.

1 Les j jouisseurs et les désœuvrés dont le étant | . est de poser dans la vie sans rien y Roue sont ” y Ta. Zarezer. Paris, Fe 1893. Traduction de G. Palaiite.

ILest inutile de refaire après tant d’ Ares le tableau

l'homme sur la terre, c’est le bonheur individuel. . Chacun de nous, nous a-t-on répété, a en lui la notion

feront le reste.

pe 4 ne

une arme aux mains ; des révolutionnaires. he ee ; sauvage, haineuse et cruelle est une arme aux mains des réactionnaires. Mais le problème doit être pris dans son ensemble et les causes . ce mal profond remontent très haut. nl Fr

Notre culture morale à tous, er ouvriers, | + économistes et savants, a été égoïste et utilitaire. ox e nous à enseigné et nous avons admis, que le but de

sal

de son intérêt et le désir d'améliorer sa position. Qu'on laisse les mdividus agir conformément à à leurs. instincts, et l'on obtiendra le maximum possible de bonheur social. Chacun pour soi, les lois naturelles

Cette doctrine, dont. le x1x® siècle est one Cou est.

la vieille doctrine d’Épicure qui, tout en dépassant la a conception vulgaire de la jouissance matérielle, en Fe s'élevant à la notion de l’intérêt bien entendu, en partant des plaisirs du ventre pour monter jusqu’à la à sérénité de l'esprit, n’en place pas moins la source du bien général dans le plaisir individuel et n’en aboutit pas moins à à l'antagonisme des forces et. des intérêts. L'épicurisme, repris par Hobbes au xvir siècle, s’est n redressé au’xvir dans la plénitude de son dévelop- . pement. Bentham et Adam Smith en Angleterre, Les” encyclopédistes en France lui ont donné, sous un nom “4 nouveau, une vigueur nouvelle et lui ont permis ne. d'exercer sur l’organisation économique contempo-

raine une action prolongée. Pour eux, comme trois … siècles avant Jésus-C brist dans le jardin d'Épicure, +4

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Dai * ï

4 Fe AE A joe. s ee + | 7 Fe l’homme est un mécanisme construit par la sensation

et mis en mouvement par intérêt (!); 1l recoit avant tout des i impressions physiques et l’ intelligence, déve-

loppement de la sensation primitive, recherchant * comme but immédiat la conservation de l'individu, est

| nécessairement égoïste et ne tend qu'au bonheur. L'individu se croyant le centre et la raison de l’univers, et ramenant tout à la joie ou à la douleur, les mobiles les plus puissants pour lui sont le plaisir ou la peine. La vie sociale fondée sur la poursuite du bonheur individuel se réduit à rechercher le bien- être

et à éviter la souffrance. Cette morale a donc pour

caractéristique de ne pas dépasser l'horizon de l'individu et de la sensation, et d'attribuer à l’individu et à

la sensation individuelle une valeur absolue. | Assurément, de nobles tentatives ont été faites pour

épurer et corriger la philosophie de l'intérêt : l’utilitarisme de Stuart Mill entrevoit l'identification des intérêts; la fusion du plaisir-personnel et du plaisir d'autrui; l'homme arrivant par l'association des idées et l'éducation à considérer le bien d'autrui comme le

sien propre, à trouver le bonheur dans le désintéresse-

dinCnte \ | ù Mais Guyau et Hole l'ont montré : Han

- de Stuart Mill est une illusion. I] y a des cas où l’iden- - tification des intérêts est impossible, où l’on doit reconnaître leur impénétrabilité; où, entre mon plaisir

et le plaisir d'autrui, le conflit est irréductible et où 1 je dois choisir : l'accroissement trop rapide de la popu-

() Guxau, La morale d'Épicure, livre cité.

tan

tence ; l'opposition entre le travail et le capital pour

. lation. ail ta les diff cullés de la fuit pour l'e exis- 2

eat en du salaire et la réglementation du. 1

travail, voilà des exemples de cet antagonisme d'inté- 4 rêts que l’on ne résout pas simplement en proclamant leur identité finale et à l'égard desquels, vis-à-vis des êtres rebelles à la sympathie, l’utilitarisme le plus à

idéalisé n'offre pas de solution. Votre bien ne devient

| le mien que quand j'aime votre bien, et je ne parviens

à aimer votre bien que quand j'y suis poussé par un.

idéal supérieur à mon intérêt personnel, part un prin- 1 cipe de dévouement à la chose commune, antithèse des lutilitarisme. Hu Ra Rd.

D ‘ailleurs, si l’on épure utilitarisme, au point de

le ramener au désintéressement, à quoi bon ce long détour et pourquoi ne pas faire un appel direct aux

tendances désintéressées de l’homme?

VAE Je

On aura beau dire, la philosophie utilitaire du sou- 4 te verain bien, en appréciant l'acte dans la: mesure oùil.

augmente ou diminue le bonheur de la personne dont

l'intérêt est en jeu, porte eu elle un vice essentiel : Ayez de ce bonheur la conception là plus élevée . possible, et encore la théorie est Jengtrense parce

que le point dé départ est faux. 2: à 0) Les règles de morale n sent pas seulement pour

une élite, mais pour les esprits moyens qui forment la

grande majorité. Or, la majorité n’aura jamais qu’une

conception touté relative du bonheur; elle n’admettra … jamais l'idée du sacrifice comme bonne en soi; elle ne 10 verra jamais dans l'intérêt et Le plaisir que son intérêt à

di son plaisir immédiats ; elle sera fouIane tentée de

AE

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