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ment est organisée cette police spécialement militaire.
Mais, en territoire civil, l’armée a aussi un rôle important, car elle concourt au maintien de l’ordre. Son action se manifeste par des fractions de troupes dites «colonnes mobiles » qui parcourent les régions où leur présence est jugée nécessaire.
Leur mise en mouvement et leur action peuvent être soit répressives, — s’il venait à éclater des troubles graves que les forces locales de police et de gendarmerie seraient impuissantes à prévenir ou à maitriser, — soit préventives.
Dans le premier cas, leur effet serait immédiat ; elles devraient, mème par la force, briser les résistances qui seraient apportées à l’exécution de la
loi. Dans le second cas, leur effet est purement « moral » : l’autorité n’a d'autre but que de mon-
trer de la troupe ; c’est une manifestation de force ; moyen excellent pour maintenir les indigènes dans le sentiment du devoir.
Les colonnes à action répressive sont organisées chaque fois que leur présence est nécessaire (ex. : événements d'avril 1906 dans la région de Thala). Celles à action préventive sont périodiques et circulent chaque année dans telles parties de la Régence où leur présence est jugée utile, après entente entre l'autorité civile et l'autorité militaire. (ex. : en 1907, dans la région du sud, à Gabès, Douz ; en 1908, dans la région de Thala, à Kasserine ; en 1909, à Thala, à Maktar, à la Sbeitla).
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L'expression de « colonnes mobiles » indique le but de ces détachements. Ils doivent être légers, rapides, et, pourtant, suffisamment forts. Leur effectif et leur composition sont variables ; en principe, ils comprennent toujours du canon, en raison du grand effet moral qu'exerce cette arme sur les indigènes ; — on l'a constaté lors des événements du Maroc, qui ont obligé la France et l'Espagne à intervenir ; — le canon seul permet de briser rapidement les résistances en détruisant les obstacles que peuvent organiser et utiliser les rebelles (marabouts, murs, maisons en état de défense, etc). C’est, en général, de l'artillerie de montagne qui est adjointe à ces colonnes mobiles, afin de pouvoir passer partout ; c'est pourquoi l'autorité militaire conserve en Tunisie trois sections de montaone, celle de Gabès, d'Hamman-Lif et de Bizerte, bien que leur rendement au point de vue purement militaire soit presque nul.
La proportion d'infanterie varie entre une compagnie, au minimum, et un ou deux bataillons.Le type classique comporte un bataillon, c’est-à-dire cinq ou six cents hommes (à l'effectif de paix).
Pour ses opérations, la colonne a besoin d'être renseignée, de se garder et de se tenir en liaison constante avec des troupes voisines ou avec l’autorité. C’est pourquoi elle est toujours dotée d’une certaine portion de cavalerie, variable, selon les circonstances, d’un peloton (35 cavaliers) à un escadron (140 cavaliers). =
Dans les cas très urgents, par exemple lors des événements de Thala en 1906, il faut surtout agir très vile ; la cavalerie, qui peut aisément couvrir en troupe 45 à 50 kilomètres par vingt-quatre heures, est alors appelée à opérer seule ; mais c’est l’exception, car la cavalerie n'est pas faite pour poursuivre les rebelles en terraia varié et difficile, ni pour combattre contre des tireurs embusqués derrière des obstacles.
L'organisation du réseau ferré tunisien permet d'ailleurs maintenant de transporter partout des troupes dans un temps relativement court. De leur point de débarquement au point où elles auraient à agir, elles auraient au maximum vingt-quatre heures de route. Il faudrait donc des circonstances bien extraordinaires pour que des troubles très graves, nécessitant l'intervention de la troupe, éclatent quelque part sans que Il autorité puisse disposer de vingtquatre ou trente-six heures pour « parer le coup ».
Il suffit, dès que l’autorité est prévenue, de montirer la force, mème dans des proportions réduites, . pour éviter bien des à-coups. Ainsi, à Metleaoui et au Redeyeff où, malgré la présence d’une population d'ouvriers mineurs indigènes de 3.500 à 4.000 hommes, presque tous armés, l'apparition d’un ou deux pelotons de spahis a toujours suffi pour calmer de très sérieuses effervescences ; dans ces deux centres, il suffit maintenant de montrer quelques cavaliers ou quelques tirailleurs de la garnison de Metlaoui (un peloton de cavalerie, soit 35 cavaliers,
une section d'infanterie, soit 40 fantassins) pour prévenir tout désordre. Pour ne citer qu'un exemple, lors des événements d'avril 1909 à Redevyeff, l’arrivée rapide de 12 spahis venant de Metlaoui, — sis à 42 kilomètres du Redeyeff, — a fait rentrer dans l’ordre 4.800 ouvriers kabvles et tripolilains, presque tous armés de revolvers. (1)
En temps de guerre, les conditions seraient, au point de vue de l'envoi et de l'organisation des colonnes mobiles, exactement les mêmes qu'en temps de paix.
Le principe est toujoursle même : «agir très vite, frapper très fort ». La composition des colonnes, variable suivant les cas, est à déterminer en conséquence.
Ces détachements de service d'ordre peuvent ne pas être appelés à être toujours mobiles ; ils ont, dans certains cas, intérêt à stationner dans une région d’où ils rayonnent, suivant les besoins. Cestle procédé de conquête : s'établir solidement quelque part et faire « tâche d'huile ». C'est ainsi qu'ont opéré autrefois les troupes françaises en Tunisie : (Kairouan, Hadjeb-el-Aïoum, Fériana, Souk-el- Djamma, etc.); la même tactique a d’ailleurs été suivie au Maroc par les troupes françaises et espagnoles. Au surplus, c’est lé rôle dévolu à nos garni-
# s (1) Renseignement communiqué par M. le Colonel Foucher,
Chef du Service et du Personnel des Affaires indigènes à la Résidence Générale de la France à Tunis (Juin 1909).
sons normales, le rayonnement étant facilité par une organisalion très judicieuse du réseau ferré, comme nous allons le voir.
Le plus ancien raccorde Tunis aux lignes algériennes par la vallée de la Medjerda ; il comprend 220 kilomètres de voie large ; plus tard, la ligne de Djedeïda-Bizerte (73 kilomètres), à voie normale, vint se souder à la première. Le réseau tunisien comprend également toutes les lignes à voie étroite mettant Tunis en communication avec Nabeul ét Menzel-Bou-Zelfa, avec Sousse et Moknine, avec les centres agricoles du Mornag, Zaghouan et Pontdu-Fahs. De cette dernière station, les rails se sont allongés vers lPEst ; ils atteignent aujourd’hui le Kef, poussent jusqu'à Kalaat-es-Senam et Kalaat- Djerda, deux centres miniers très importants. Reliée à Tunis d’une part, à Kairouan, de l’autre, Sousse tend à devenir anssi un véritable centre de voies ferrées. Sa ligne de banlieue rejoint Mahdia, et sur le chemin de fer dé Kairouan est venue s'embrancher la grande voie qui, par Kasserine, Fériana, Sbeïtla, gagne les gisements phosphatiers d’Aïn- Moularès, à quelques pas de la frontière algérienne, De plus, se sont ouverts en 1906 les chantiers de la ligne des Nefza à Mateur et à Bizerte. [existe aussi 34 kilomètres de voies ferrées reliant Tunis à La Goulette et à La Marsa ; mais ces lignes sont actuellement avantageusement remplacées par un chemin de fer électrique courant le long de la berge Nord du canal reliant Tunis à La Goulelle.
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Dans le Sud de la Régence, il n’y a que la voie ferrée de Sfax à Gafsa et aux gisements de phosphates de Metlaoui, soit 250 kilomètres. Elle est d'une utilité incontestable au point de vue de la sécurité publique. La jonction du réseau Nord et du réseau Sud permettra prochainement laccroissement de ces voies ferrées par la construction des lignes Sousse-Sfax et Sfax-Gabès (1).
Cette organisation du réseau tunisien est bien comprise et fait le plus grand honneur à ceux qui l'ont conçue. Son importance au point de vue stratégique ne peut se discuter.
Les considérations qui précèdent sont d’ordre théorique. Or, il n’est pas sans intérêt de montrer leur application pratique et, pour ce faire, nous citerons l'exemple donné par les évènements survenus à Thala en avril 1906, connus sous le nom d'Affaire de Kasserine (2).
Le 26 avril, au matin, une bande d’une centaine de Fraichiches,fanatisés depuis un mois environ par un marabout algérien, Amor ben Othman, pillent successivement plusieurs fermes aux environs de Kasserine, massacrent plusieurs colons, attaquent
(1) Sur tous ces points, Conf. G. Loth, « IA Tunisie et l'œuvre du Protectorat français » 1906, p.130 ets ; V. étiam: Eusèbe Vassel, « Le Chemin de fer et les phosphates de Gafsa » (Extrait de la revue tunisienne. 1902.)
(2) Pour de plus amples détails, Conf. Rapport au Président de la République, 1906, p. 16 à 19.
le « bordj » de la remonte, font prisonniers les trois Cavaliers de la station de monte, volent les étalons et, le lendemain 27 avril, se dirigent sur Thala où ils trouvent le Contrôle civil organisé défensivement. Ils l’attaquent sans succès et laissent devant ses murs cinq morts, quatre blessés et quatre prisonniers, dont le marabout, chef du mouvement, et son lieutenant. Une heure après leur attaque. infructueuse, la première des colonnés lancées contre eux faisait son apparition ; l'annonce de son approche avait suffi à disperser les assaillants et à ramener l’ordre.
Que s’était-il passé ?
Dans la soirée du 26, l'alerte avait été donnée. Le but poursuivi par l’autorité militaire était d'agir vite et de localiser le mouvement en coupant la retraite aux insurgés. Le très faible effectif de ces derniers rendait d’ailleurs inutile la mise en mouvement de troupes importantes.
Pour agir vite, on fit usage de la voie ferrée ; pour : localiser le mouvement, on expédia plusieurs colonnes sur Thala, mais en leur faisant prendre des directions différentes. Une compagnie (120 hommes) du 3 bataillon d'Afrique fut dirigée par voice ferrée du Kef sur Kalaat-Djerda et, de là, par voie de terre sur Thala, où elle arriva le 27 Avril à 5 heurés du soir ; en outre, un escadron du 4° chasseurs d’Afri-: que, embarqué à- Tunis, débarqua à Kalaat-Djerda ‘dans la nuit du 27 au 98 et arriva à Thala le 28 au A AND eo I TA PO