‹ L'Organisation de la PoliceChapitre 49 sur 57 · AGE · texte numérisé non relu

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La mission de ces deux troupes était d'occuper le théâtre des troubles, d'empêcher les insurgés de fuir par le Nord ou par l'Est.

D'autre part, un escadron du 4 Spahis, embarqué à Sfax le 27 arriva le 28 au matin à Gafsa et se dirigea immédiatement sur Fériana ; il avait pour mission de se porter vers le Nord pour empêcher les iusurgés de se dérober en gagnant le Sud. Enfin, un demi-escadron du æ.Spahis, en garnison dans la province de Constantine, se porta dès le 27 sur la frontière pour prévenir la fuite des rebelles vers l'Ouest par l'Algérie.

Dès le 28, le mouvement fut localisé ; l'annonce de l’arrivée de ces troupes suffit pour ramener partout le calme ; les indigènes en furent très impressionnés. La région fut occupée et sillonnée en tous sens par les troupes, qui ne rejoignirent leur garnison que quinze jours après leur arrivée.

Cet exemple montre bien comment se conçoit et s'exécute une opération de police. L’effectif et la composition de la colonne sont proportionnés au but à atteindre ; ici, pas d'artillerie, peu d'infanterie, car les insurgés sont peu nombreux, mal armés, et à peine organisés. Au contraire, il y eut une forte proportion de cavalerie pour les cerner rapidement afin, qu'ils n’eussent pas le temps de provoquer dans d’autres régions des désordres plus graves et que leur action fût isolée et localisée. s

Dans d’autres circonstances, d'autres dispositions seraient prises ; il n'y a pas de schéma invariablé,

ni de formule : tout dépend des circonstances, Une seule chose est certaine, c'est le principe qui doit guider l'organisateur de ce genre d'opérations : agir vite, frapper fort.

Au sujet des événements de Kasserine et de quelques autres faits analogues, M. Maurice Colin, dans son rapport sur la situation de la Tunisie, a estimé que l'autorité militaire a été mal inspirée en supprimant en Tunisie toutes les garnisons de l’intérieur. « Sans doute, dit-il, l'armée-doit avant tout défendre le pays contre toute agression venant de l'extérieur. Mais il ne faut pas que cette mission l’absorbe tout entière, au point de lui faire oublier complètement qu'elle est aussi chargée d'assurer la sécurité intérieure du pays. Dans ces dernières années on a réuni autour de Bizerte, à Tunis et le long de la côte, toutes les garnisons qu’on avait, après 1881, établies dans différents postes de lintérieur. Hypnotisée par les nécessités de la défense contre l'ennemi extérieur, l’autorité militaire n’a pas prévu qu'elle ouvrait la porte à un autre danger dont les événements de Kasserine et de Metlaoui ont démontré la réalité et l'évidence. »

Commentant ce passage, un journal de la Métropole (1) dit : «Il importe que l’enseignement résultant de ces événements ne soit pas perdu. Il faut

(1) V.« La Presse Goloniale », Mardi 10 Décembre 1907, p. 2, colonne 3,4 et 5,

rélablir dans un certain nombre de postes de l’intérieur les garnisons qui en avaient été retirées. La mutinerie du 17e de ligne a permis de doter Gafsa d’une garnison. Mais il ne faudrait pas que ce soit là une garnison occasionnelle, et il est de toute nécessité que l'autorité se préoccupe d'installer à Gafsa une garnison permanente, aussi bien, du reste, que dans un certain nombre de postes judicieusement choisis parmi les anciennes garnisons. C'est ce que réclame impérieusemernt la nécessité de sauvegarder la sécurité intérieure de la Tunisie. Il est permis de croire que le ministre de la Guerre saura prendre les mesures indispensables pour répondre à cette nécessité. Au besoin, le Parlement ne manquerait pas de l’y inviter, s’il négligeait d’écouter les légitimes réclamations des colons tunisiens dont, avec raison, la Résidence générale n’a pas d’ailleurs manqué de se faire l'interprète. » Aujourd’hui, le 17e de ligne a totalement quitté Gafsa ; mais il a été remplacé par une compagnie du & tirailleurs, qui détache une section à Metlaoui. D'ailleurs, ceci n'empêche pas que la faute commise, lors de la fameuse affaire de Fachoda, où on a dégarni l’intérieur, n’est pas encore suffisamment réparée. 1 one RES La presse tunisienne elle-même a publié, à juste titre, de longs articles à ce sujet et demandé des mesures analogues ire ” Toutefois, it-est certain que les esprits se sont. alarmés trop facilement, Au surplus, on n'a été en

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présence jusqu'ici que d'événements isolés, et il ne faut pas porter de faux jugements sur la population indigène, plus pacifique et plus souple que celle de l'Algérie. Les prédications de quelques fanatiques, ne peuvent provoquer de bien grands désordres. Si nous devons déplorer la mort de quelques colons dans l'affaire de Kasserine, notre indignation doit être bien moindre, en songeant à l'insécurité qui règne en Indo-Chine (2), où les bandes du De Tham commettent des forfaits bien plus graves. La Tunisie n’a rien non plus à envier à l'Algérie, où les assassinats sont nombreux et où les diligences sont constamment attaquées.

D'ailleurs, l'autorité militaire, de concert avec l'autorité civile, a pris des mesures utiles pour prévenir et réprimer les actes contraires à la sécurité publique. Les « colonnes mobiles » d’une part, les « brigades mobiles » de l’autre, sont une sérieuse garantie de la sûreté générale du territoire ; cependant, il y a encore à faire dans cette voie, ainsi que nous l’avons signalé plus haut.

(1) V. L'article de M. Francis Mury, membre du Conseil Supérieur des colonies : « Le De Tham », dans « Le Mois de et Maritime ’, No 80 d'Octobre 1909, p, 330 et s.

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