ÉTAT ÈS
Nous étions d’ailleurs intéressés au maintien de l'ordre de choses tel qu’il était établi. Il nous importait que le Gouvernement beylical pût exercer une police sérieuse, maintenir la tranquillité et mettre des entraves à la contrebande de guerre qui alimentait les insurrections algériennes. A ces titres divers, l'indépendance des beys et la bonne administration de leur Etat nous étaient également indispendables.
Les rapports économiques entre la France et la Tunisie étaient devenus de plus en plus fréquents ; notre établissement dans une région voisine régulièrement parcourue par les Tanisiens et habitée par leurs coreligionnaires avaient créé entre les sujets du bey et nous des liens permanents. Au surplus, nos mœurs, nos idées, notre organisation militaire, nos procédés administratifs excitaient chez eux une grande curiosité, rendue plus vive par le prestige que la victoire exerce sur les imaginations orientales. (1).
Le premier novateur fut le bey Ahmed. Mais son règne fut plutôt néfaste. Il s'opposa pendant toute sa vie à l'application en Tunisie de l'acte de Gul-
(1) À un autre point de vue, notre établissement en Algérie marque le début d’une ère nouvelle. C’est le premier effort de l'expansion colonisatrice des puissances occidentales en Afrique, la première manitestation du mouvement de pénétration qui prépare, à l’époque contemporaine, la transformation politique et sociale dé ce contineñt.
kané, par lequel le sultan de Turquie venait d’octroyer à ses peuples les réformes libérales, connues sous le nom de « Tanzimäât ». (1)
Ce n’est que sous le règne de son successeur, Mohammed-Bey (2), que l'esprit nouveau pénétra jusque dans la structure gouvernementale. Le « Pacte Fondamental » fut promulgué. Il n'est pas sans intérêt d’en citer le passage suivant: « Une complète sécurité est garantie formellement à tous nos sujets, à tous les habitants de nos Etats, quelles que soient leur religion, leur nationalité et leur race. Cette sécurité s étendra à leur personue respectée, à leurs biens sacrés et à leur réputation honorée. Cette sécurité ne subira d’exceptions que dans les cas légaux dont la connaissance sera dévolue aux tribunaux ; la cause nous sera ensuite soumise, et il nous appartiendra soit d’ordonner l'exécution de la sentence, soit de commuer la peine, soit de prescrire une nouvelle instruction. »
La liberté individuelle et l'égalité des citovens furent proclamées ; la loi organique du royaume tunisien, le code civilet criminel, le code de police, le code administratif, le code militaire et d’autres copies plus ou moins heureuses de nos lois furent promulgués coup sur coup. On créa un tri-
(1) Enghelhardt, La Turquie et le Tanzimât. Tome I. p. 35 et S.
(2) Mohammed-Bey (1855-1859) entretint avec la France des relations amicales.