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toutes celles venant de Toulon. Possédant la Spezzia et Bizerte, elle aurait commandé souverainement le passage entre les deux grands bassins de la Méditerranée. Le canal de Suez et toutes les routes vers l'Est seraient tombées à sa discrétion. (1)

C'est ce danger qui amena l'Angleterre à une action parallèle avec nous au Quirinal en 1871, et c’est la réapparition de ce danger, plus grave encore, qui l'incitera, en 1878, à favoriser notre occupation en Tunisie.

Entre temps,unfirman dû à l'initiative du ministre Khérédine réduisit la Tunisie à un pachalik. En cas de guerre, le bey devait fournir un contingent à la Sublime Porte, qui se réservait de traiter en son lieu et place avec les puissances étrangères. La monnaie tunisienne devait porter l'effigie du sultan. Seule l'Administration intérieure du pays était réglée par le Bey.

La France intervint alors; elle opposa son veto, déclarant le firman nul et non avenu. Mais cette décision n’émut guère Île gouvernement bevylical qui, devant la mansuétude de la France, restait indifférent en face de ses remontrances.

En voici la preuve :

En 1868, une caravane algérienne avait été pillée par les Hammamas ; des marchandises, « repré-

(2) V. Narcisse Faucon. ov. cit, Tome IE. pp. 24 et S.

Moon rs sentant la somme relativement considérable de 69.526 francs » avaient été enlevées. Notre chargé d’affaires à Tunis, le vicomte de Botmiliau, en avait réclamé en vain le remboursement. (1) Pendant la mème année, des actes d'agression avaient été commis par des bandes armées ; de nouvelles réclamations furent faites qui n’amenèrent aucun résultat appréciable. Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1869, certaines fractions des Fraichiches et des Zeghalmas, comprenant environ 1.400 fantassins, surprirent et razzièrent deux douars de Merazgas, Les indigènes algériens victimes de l’agression des Tunisiens eurent plusieurs morts et blessés, leurs pertes matérielles furent estimées à une quarantaine de mille francs. Ce fait comportait un certain caractère de gravité, d'autant plus que là complicité des caïds tunisiens était flagrante. On ne pouvait le confondre avec les actes isolés de maraudage dont notre frontière était trop souvent le théâtre.

Le Comte Daru, alors ministre des Affaires étrangères, écrivit à M. de Botmiliau pour l'inviter à adresser au bey d’énergiques protestations : « Vous voudrez bien, disait-il, insister pour obtenir des garanties sérieuses contre le retour de faits aussi regrettables en même temps que le châtiment des coupables et la réparation pécuniaire légitimement due aux victimes de cet attentat, » (2)

(1) Notes du 20 Juin, 25 Septembre 1868 et 23 Janvier 1869, @) Letire du 2 Mars 1870,

Notre chargé d’affaires fit les démarches utiles, mais il n’obtint rien. Animé de mauvaise volonté à notre égard, et d’ailleurs impuissant à réprimer les crimes et les délits que les autorités françaises lui avaient signalés, Mohammed-es-Sadok, bey de Tunis, accueillit nos réclamations par des fauxfayants, nous accorda des réparations hors de proportion avec les dommages éprouvés, chercha à gagner du temps, demanda de nombreuses enquètes contradictoires que l'impudente mauvaise foi des commissaires tunisiens empêchait toujours d'aboutir. (1).

Pendant ce temps, l'insurrection avait éclaté en Algérie. La Tunisie devint encore plus téméraire ; elle fournit aux insurgés tunisiens des fusils et de la poudre. Importée de Malte, sous pavillon étranger, cette poudre était débarquée nuitamment et transportée chez des recéleurs, à moins qu'elle ne füt confiée à des chameliers arabes qui la faisaient parvenir aux Algériens.

(1) À ce sujet, le Gouverneur Général de l'Algérie écrivait à notre chargé d’affaires à Tunis, le 10 Janvier 1868 : « Dans le : courant de 1866, à propos d’une agression commise sur les Hamaïlas de Tébessa par des goums tunisiens, nous avons essayé de procéder par voie d'enquête contradictoire, faite par des délégués des deux pays, et les prétentions du Colonel Hassouna, délégué tunisien, ont amené la rupture de la Conférence, sans qu'aucun réglement ait été conclu. Il n’est pas douteux que si la razzia de Bir-el-Atar était soumise à des délégués, les mêmes exigen es, les mêmes subterfuges employés PAGE agents de la Régence empêcheraient une solution, »

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