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CLASSEMENT DES LIVRES ET CATALOGUES

Il n’existe qu’un seul système de classement rationnel : par matières. Le règlement des bibliothèques universitaires impose l’attribution d’un numéro à la suite à tout volume nouveau, quel qu’en soit le sujet (on distingue seulement plusieurs séries suivant le format). C'est tout bonnement absurde1 * * 4, et les fonctionnaires secourables agissent comme l’on fait communément à l’égard d’une mauvaise loi, que l’on tourne. L’ordre d’entrée appelle un livre de physique à côté d’un livre de littérature ; ce dernier reste en place ; à l’autre on substitue une planchette un fantôme , dans l’argot du métier), qui indique le numéro matricule du volume « mis à la disposition » de la série de physique. Le règlement est respecté; il a d’ailleurs infligé un surcroît de besogne.

En Sorbonne, la vieille division méthodique a été maintenue, en raison de l’énormité du fonds déjà réuni; sans cette mesure, un toile général eût éclaté. Qu’il y ait des lecteurs, plus ou moins nombreux, admis à circuler dans les magasins ; ils ont d’ordinaire une spécialité, ou tout au moins des curiosités particulières. Ceux-là n’admettront jamais le classement qui confond tout. Au cours d’un travail, l’un d’eux se rend devant les rayons qui l’intéressent : il n’a que deux lignes à voir dans un volume; mais ce dernier le renvoie à un autre, qui en nécessite un troisième; il les trouve tous à peu de distance et n’aura pas à se promener partout. Souvent môme, sachant le format des livres, leurs dates approximatives, leur grosseur apparente, il pourra se dispenser de consulter les catalogues et apercevra bien vite, en tâtonnant, ce qu’il lui faut. J’accorde que la délimitation des séries est parfois un peu

1. Ce règlement fut une mesure de circonstance; on ne trouva pas d’autre moyen d’empècher les professeurs de traiter la bibliothèque comme une propriété personnelle. Ayant plus de peine à se reconnaître, on pensa qu’ils dérangeraient moins de livres à la fois ; peut-être même renonceraient-ils à venir. Il y avait mieux à faire pour

les amener au respect de la maison commune : armer le bibliothécaire, moralement

responsable, d’autorité et d’indépendance. Ces mœurs ont changé; l’effet est donc pro-

duit; mais le règlement demeure, et il est détestable.

arbitraire ; il y a des livres, surtout les très anciens, qui traitent de tout; il n’empêche que, le plus [souvent, on n’hésitera pas sur le « département » vers lequel un volume doit être dirigé ; le tout est de ne pas constituer de catégories trop étroites. Il est d’ailleurs tout simple de créer un groupe de varia ou mélanges.

Un autre avantage de la division méthodique est d’éviter les numéros à nombreux chiffres, qu’impose forcément la numérotation continue ; il n’est pas négligeable, car il atténue deux causes d’erreurs trop fréquentes : supposez une cote de cinq chiffres (ce n’est point exagéré), que le lecteur lit au catalogue ; par distraction, il n’en copie que quatre ; on lui apporte autre chose que ce qu’il voulait; mauvaise humeur, perte de temps, etc... Tous les fonctionnaires des bibliothèques savent combien les lecteurs sont distraits. Autre point de vue : les livres minces foisonnent; sur le dos de l'un d’eux est collée une étiquette portant la cote; mais elle déborde sur les plats ; si le numéro est de cinq chiffres, il y a toutes chances pour qu’un chiffre ou deux restent invisibles quand le volume est au rayon ; d’où netteté moindre dans le classement, risques d’étourderie dans la mise en place. Une cote méthodique se dispose très bien en plusieurs lignes, exige moins de champ en largeur ; on se trompera moins facilement en replaçant le volume, ou s’il s’égare néanmoins, il sera plus vite retrouvé.

Illusion, selon moi, de croire que la notation la plus brève, qui demande le moins de signes, est la meilleure; et je ne saurais, comme tant d’autres, m’extasier sur la découverte « merveilleuse « de Dewey \ la notation décimale : le premier chiffre désigne une classe générale ; le deuxième, une division de la classe ; le troisième, s’il est besoin, une sous-division ; suit le numéro d’ordre. J’aime bien mieux le mélange des lettres et des chiffres, qui ne se confondent point; on pourrait, du reste, suivre le système de Dewey en remplaçant les chiffres par des lettres, qui sont à volonté majuscules ou minuscules, et en usant aussi du double alphabet grec.

Mais je préfère obstinément les abréviations par initiales, qui sont parlantes, et auxquelles on s’accoutume bien vite; quelques compromis évitent les confusions entre mots qui commencent de même. Soit une bibliothèque littéraire. H désignera naturellement

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