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Il en est pratiquement ainsi en Allemagne et en Hollande

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calions comme celles qui, en Amérique, circulent partout sous le titre de Best books. Ces « meilleurs livres » sur telle ou telle matière sont choisis arbitrairement par des incompétences, qui d’ailleurs ne recommandent guère que les ouvrages de langue anglaise. En réalité, sur une question donnée, il n’y a pas toujours de livre meilleur qu’un autre; il arrive qu’il n’y en ait qu'un, à refaire peutêtre, mais pour l’instant irremplaçable.

Il est bien entendu que le bibliothécaire, arrêtai] I sa liste d’acquisitions, tiendra compte avant tout du caractère de la maison à laquelle il est attaché; mais il y a, il y aura toujours des bibliothèques générales, s’adressant à toutes les variétés de lecteurs. Ici la proportion raisonnable entre les diverses branches du savoir sera beaucoup plus difticile à établir. M. Morel s’emporte contre les « chartistes » qui auraient proscrit les sciences exactes, ou trop réduit leur part. J’ai déjà exposé cette grande querelle, à propos des industriels et commerçants. Même en Sorbonne, dit-il, des professeurs de sciences se sont plaints de pénurie. Il est vrai; mais ce furent protestations isolées, et combien tardives!

Personne n’ignore la nature des études qualifiées sciences : tant au collège qu’à l’école spéciale (et en France les études de cet ordre se poursuivent surtout dans des écoles spéciales), on ne connaît qu’une chose : le « cours » oral du professeur. C’est d’après lui qu'on est interrogé, et si les examinateurs sont étrangers à la préparation des candidats, comme il arrive à l’entrée de toute école spéciale, des émissaires multiples assistent aux examens, notent les questions posées, interruptions, critiques, et font autographier le tout, à l’usage des intéressés. En majorité, ces examinateurs ont publié des travaux personnels, où l’on pourrait surprendre leurs idées, leur méthode; qui donc ira les voir? Un jeune homme devient ingénieur, après plusieurs années d’école; regardez sa bibliothèque : une rangée de gros cahiers; de livres, aucun ou à peu près. Les maîtres n’ont demandé que l’étude et la récitation de leurs leçons, de leurs formules; le recours aux livres n’est point recommandé; peu s’en faut qu’il ne soit censuré. En médecine le contact entre l’étudiant et le livre est si peu marqué qu’il n’existe en cette science presque point de manuels ou de précis; ce qui se publie sous ce titre, ce sont d’énormes volumes, farcis d'observations de détail, dont le candidat doit lui-même entreprendre un résumé adapté à sa mémoire.

Mais les cours se complètent par cliniques, laboratoires, visites de collections, souvent aussi par interrogations périodiques qualifiées « colles ». Tout cela est capital; chacun s’en rend compte, sans y rien connaître. La vue directe des choses et leur maniement quotidien représentent sans doute la part la plus importante d< l'apprentissage; il est naturel que l’étudiant ès-sciences passe n*ie moitié du jour devant des vitrines ou des éprouvettes, alois que l’étudiant ès-lettres travaille forcément livres en mains. Sur la prépondérance accusée de l’enseignement oral, ses avantages ou ses défauts, je n’irai pas risquer une opinion ; je serais étonné pourtant qu’elle se maintînt toujours telle quelle; mais que la méthode se soit si longtemps imposée, cela seul explique bien des choses. Les professeurs de sciences ont obtenu des millions pour leurs laboratoires, cabinets, salles de travaux pratiques, collections diverses, parce qu’ils les avaient demandés. Qu’auraient coûté en comparaison les livres qui, dit-on, leur manquent? Ils n’en ont donc senti le besoin que sur le tard. Au reste, c’est en toutes matières que les travailleurs constatent certaines lacunes à Paris.

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