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Cf. A. Maire, Bulletin de VA. B. F., Il (1908), p

certaine place, dans un ou plusieurs catalogues sur fiches. Les registres d’inventaire restent sans inconvénient secrets pour le public ; les catalogues doivenl toujours être mis à sa disposition. Loi fondamentale, trop souvent méconnue1. Quelles objections y fait-on? Je n’ai jamais entendu que celles-ci : Les lecteurs ne sont pas soigneux ; ils tachent ou ternissent les caries ; ils les arrachent, par maladresse ou par jeu. — De tels arguments sont misérables. Même enfermés dans des tiroirs et réservés au personnel, des fiches de catalogues seront toujours sales; il suffit de les prendre en carton solide pour éviter les déchirures de hasard, et c’est calomnier le public que d’en redouter de volontaires; enfin les lecteurs se surveillent entre eux, sans y penser. Et que d’avantages, outre l’économie de personnel, à cette libre consultation !

D'abord le lecteur y prendrait connaissance d’une foule de richesses qu’il ignore ; il songeait à un livre, mais au calalogue il en trouverait un bien préférable. Cet autre a un désir arrêté ; à sa place, qui cherchera la cote ? C’est selon les maisons. Un fonctionnaire? J'estime que cette fonction est au-dessous de lui; on cherche une cote, plusieurs, pour soi ; un homme cultivé ne peut, ne doit passer des heures à cela, pour autrui. Or cette recherche sera souvent trop difficile pour le petit personnel — même, hélas! pour quelques fonctionnaires d’aujourd’hui — : un lecteur ne sait pas toujours l’orthographe d’un nom d’auteur (il tâtonnerait), ni le titre exact d’un livre (mais il saurait reconnaître les équivalences ; un employé, presque jamais; il faudrait trop souvent une teinture, qui lui manque, d’une langue ancienne ou étrangère). Ces petites incertitudes s'observent tous les jours; on les blâme à la légère : que de professeurs, à leurs cours, recommandant une lecture, jettent un nom mal articulé et un titre approximatif! — « Manque », répond-on au lecteur, qui eût trouvé le livre luimême. Ou l’auteur est un Müller, dont le prénom n’a pas été spécifié. Il y a des centaines de cartes à ce nom; l’intéressé se résignera à les feuilleter, si on le lui permet; dans le cas contraire, l’employé, gros ou petit, éprouve une révolte, gémit ou écume suivant son caractère, refuse parfois ou, trop malin, déclare : le titre me suffit, nous n’avons pas cela. Les excuses mentales ne

1. Même en Allemagne; mais une tendance au libéralisme s’y affirme, de façon continue.

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manquent pas : En voilà un qui empêche de servir les autres! (Libre de chercher, il n’eût accaparé qu’une boîte). Il retarde le travail intérieur ! etc... Quelques fonctionnaires, plus accommodants, confient pour un instant la rangée des Müller; mais d’autres redoutent un contrôle, un commentaire malveillant sur des intercalations qui pourraient révéler de la négligence. Et le lecteur s’en va bredouille.

11 y a deux sortes de catalogues : alphabétique, méthodique. La première variété est indispensable ; elle permet toujours de s’assurer de la présence d’un volume dont on sait l’auteur et le titre, et, dans le classement des cartes, ne laisse à l’hésitation qu’une part insignifiante, si l’on ne craint pas de multiplier les renvois. J’aimerais qu’on séparât : le catalogue d’auteurs, le catalogue d’anonymes (en partant du titre rigoureux), le catalogue des périodiques. Tout cela se rencontre dans les bibliothèques bien tenues.

M. Morel en paraît faire très peu de cas. « Les livres à lire sur... » voilà ce que le public entend, pas autre chose, quand il demande le catalogue. On croit tout de suite à une énorme plaisanterie. Point du tout. M. Morel est sérieux; on sent l’homme qui ignore le travail scientifique ; songez au public qui l’intéresse : « Le marché, chaque semaine, attire les gens de loin. » (!!!) C’est pour ces « gens » qu’il rêve d’un catalogue méthodique démesuré, avec dépouillement de tous les périodiques1. Est-ce tout? Diverses revues ont des articles de deux ou trois pages2 ; un gros ouvrage d’ensemble traite de nombreux sujets ; allez-vous le dépouiller? Parfaitement. « Dépouillement obligé des ouvrages généraux. » Ainsi, pour le livre : Bibliothèques y renvois à Londres, Paris, New-York, Berlin, Edimbourg, etc., etc. . . Et comment oublier les grands dictionnaires et encyclopédies, les journaux quotidiens

1. A la Faculté de droit de Paris, dont la bibliothèque, très spéciale, n’attire pas « les gens du marché », un cinquième à peu près des périodiques est ainsi dépouillé, mais à la grosse, sans excès de conscience.

2. 11 se trouve aussi des publications qualifiées Mélanges en France, Festschriften en Allemagne, dont on s’accorde à vouloir le dépouillement, même pour un catalogue alphabétique. C’est demander trop, à mon avis ; on ne citera pas un article sans donner le titre de la Festschrift. Par contre, des périodiques ont quelquefois une série distincte, et des collections publient des travaux considérables, formant autant de gros volumes, qu’on désignera parfois par leurs seuls titres individuels. Voilà ce qu’il faudrait absolument dépouiller, et dans quelques bibliothèques on s’en dispense. C’est négliger l’indispensable pour le superflu.

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même ! Plus d’un contient de longues correspondances, des critiques théâtrales qui dépassent certains articles de revues. . . Projet magnifique ; malheureusement, il est fou. M. Morel a dressé lui-même un index de ses deux volumes; qu’il en compare l’épaisseur à celle du texte lui-même, et applique ce pourcentage à une bibliothèque. J’exagère? Non point ; je suis son programme *.

Notez que ce catalogue méthodique sera forcément sur fiches; or, on parcourt vite de l’œil un index imprimé ; les fiches doivent être maniées une à une. Que dire de l’infinité des rubriques, de l’embarras de choisir entre elles, des renvois nécessaires? Dût-il aboutir, cet inventaire illimité, impossible., on ne le consulterait pas : pour les uns, il ne serait jamais assez détaillé, les autres s’y noieraient, et la plupart enfin, avec un classement méthodique des volumes, préféreraient se rendre devant les rayons et y chercher à tâtons ce qui les intéresse. En effet les livres eux-mêmes, j’y reviens, ont leurs tables des matières ; celles-là pourraient servir au bibliothécaire dans son travail ; les registres des revues jamais, car ils paraissent à intervalles beaucoup plus longs que les fascicules eux-mêmes.

Et les bibliothécaires feraient ainsi une besogne que d’autres font ou feront. Or, M. Morel l’exige de toutes les bibliothèques. Admettons qu’elles s’entendent entre elles ou avec un institut bibliographique, qui fera imprimer les fiches et les distribuera. Comme il n’y aura jamais deux bibliothèques semblables, le classement de ces fiches ne pourra jamais se faire pour toutes à la fois ; chacune devra choisir ses rubriques, classer les petits cartons. Mais l’idée est si belle de recueillir les « records » du monde! Ce serait celle de Carnegie, d'après M. Morel ; elle est enfantine, si elle est vraie. Ce catalogue est appelé à s'accroître indéfiniment (l'inconvénient est faible pour un catalogue purement alphabétique); y ferez-vous des retranchements, pour ne maintenir que «factuel »? Comment? Est-ce que le plus récent est toujours le meilleur? Considérerez-vous comme périmé tout ce qui remonte au-delà d'une certaine date? Telle paraît être la pensée de M. Morel; elle ne supporte pas l’examen. Néanmoins c’est égarer le lecteur peu instruit que de lui proposer tant de vieux ouvrages ; quelques-

1. M. Morel sait-il qu’il existe une Bibliographie des bibliographies géologiques , publiée par M. de Margerie, il y a près de quinze ans, en un énorme volume. Gë seul exemple fait image.

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uns ne sont caducs que pour partie; un spécialiste seul saura faire le départ.

En réalité, les grandes découvertes sont révélées par les journaux et revues de vulgarisation ; le public ordinaire pourra s’y tenir. Pour le reste, il existe déjà — et on fera bien de les laisser à la portée de tous — des bibliographies régulières qui donnent très vite, au bout de deux ans au plus , la recension exacte et critique des nouveautés ; exemples : les Annales de Géographie , X Internationale Bibliographie de Jellinek pour l’histoire de l’art, les Jahresberichte de Jastrow pour l’histoire proprement dite, la Revue de philologie pour les périodiques d’antiquités classiques, etc. . . h Véritablement, le délai à laisser courir n’est pas tel qu’il faille, pour l’abréger de fort peu pratiquement, infliger aux bibliothécaires un labeur cyclopéen qui n’est pas dans leur rôle. Ne les confondons pas avec les bibliographes; si, dans certaines branches de la science, nous n’avons pas encore ces bibliographies annuelles dont je parle, qu’on fasse campagne pour les obtenir, mais ceci n'a rien à voir avec le service des bibliothèques. J’y insiste à cause des chimères de M. Morel, qui pourraient, dans un monde mal informé, rencontrer une approbation enthousiaste ; avant lui, déjà, certains pensaient qu’un bibliothécaire devrait être toujours à môme d’indiquer la meilleure lecture sur tous sujets.

Convient-il même de dresser un catalogue méthodique limité aux livres, excluant les articles et petites brochures? Je dois avouer que beaucoup de bibliothèques 1 2 se le sont imposé, mais ajouter aussilôt : en tant que travailleur, je n'en ai jamais retiré aucun profit ; en tant que bibliothécaire, ces inventaires ne m’ont jamais procuré, sur les matières où j’étais complètement ignorant, une aide en rapport avec la peine et l’argent qu’ils auront coûtés. Ils offrent à un degré moindre, mais vite considérable, l’inconvénient déjà signalé : l’encombrement progressif; eux non plus ne distinguent pas ce qui a vieilli, a disparu de l’usage ; la date d’édition

1. Il existe aussi des bibliographies dépouillant annuellement des périodiques divers d’un même pays; tels Y Index to perioilicals, édité pour M. Stead par Mlle Hetlierington, à Londres, avec le détail des revues anglaises d’intérêt général, pour les habitués des Public Libraries ; on rapprochera la Hiblio graphie der deutschen Zeitschriflen-Lileralur de Dietrich, Roth et Jellinek (Leipzig, depuis 1896), consacrée plutôt aux revues scientifiques, et dont chaque volume n’absorbe que quelques mois de préparation.

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