‹ L'organisation des bibliothèquesChapitre 16 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je suis loin d’avoir abordé toutes les questions que soulèverait l'organisation des bibliothèques, mais j’espère avoir rendu compte des points essentiels et des desiderata les plus pressants. Je me suis occupé surtout de la France, parce qu’entre les grands pays du globe, elle est sûrement un des plus mal outillés, et en France des bibliothèques scientifiques, que je crois les plus nécessaires. Je prends ainsi le contre -pied du point de vue de M. Morel, hostile aux bibliothèques allemandes, « comme les nôtres vouées à l'archéologie, érudition, philologie, comme les nôtres dédaigneuses de la vie pratique moderne ». Il n'admet que les sciences commerciales ; j’estime que toutes les sciences ont droit de cité et, quoi qu’il en ait, on juge de même en Allemagne. Il y a dans ce pays, dit-il, un effort vers la bibliothèque libre, qui « se fera contre les professeurs ». Ce duel est invraisemblable; les deux variétés d’établissements ne répondent point aux mêmes besoins, ne sont point pour le même public. Krupp a créé une bibliothèque « admirable » ; qu’on l’imite au Creusot, dans les houillères du Nord et et de la Loire, j’y applaudirai ; mais je ne vois pas comment ces fondations pour ouvriers, élèves des écoles primaires, dispenseraient l’État de mieux soutenir les intérêts de l'enseignement supérieur, même pour cette science « en partie vaine » — lisez non lucrative — qui se cultive aussi, bien ou mal, en Angleterre et aux États-Unis. C’est M. Morel lui-même qui écrit, en toute justice : « Les augmentations du budget pour l'instruction publique, en France, sont sans rapport avec l’accroissement de la science et le coût de la vie. » Je voudrais avoir montré nettement que l’effort

découvertes sont consignés dans de simples articles, très courts, mais très nombreux et fort longs à énumérer. A tout le moins, si jamais ce projet arrive à exécution, l’éditeur fera sagement de ne point réunir son nouveau « Bottin » en un volume unique, mais de le scinder en fascicules vendus séparément. Chaque personne pourra donc acquérir le répertoire de son ressort. On verra en outre ainsi l’extrême inégalité de la vente, et l’on en conclura qu’une grande partie du programme doit être abandonnée, celle qui embrasse le domaine de l’érudition ; peut-être, en revanche, en poursuivrat-on l’accomplissement pour les sciences proprement dites, surtout les sciences appliquées, où il n’y a pas comme ailleurs superposition , mais remplacement . Un tel instrument simplifierait déjà les fonctions du bibliothécaire.

financier demandé serait stérile sans une meilleure répartition. A la science, la France donne peu, et elle gaspille; la formule n’est contradictoire qu’en apparence. Il faut moins de centres, mais plus vivants, plus de crédits d'achats et plus de liberté, des bibliothécaires d’un niveau moyen plus relevé, entretenus dans l'émulation et placés dans une situation acceptable. Rien d’éloquent, à cet égard, comme une comparaison des salaires français avec ceux d’Allemagne, d’Angleterre et d’Amérique. Que ne ferait-on pas dans ce domaine avec les frais d’un seul cuirassé ou d’un croiseur? La défense nationale ne se discute pas, et il ne s’agit pas ici de virements; mais on y affecte des dépenses que tout le monde souhaite de voir improductives; on paie l’assurance, tout en repoussant de ses vœux l’incendie. Les crédits pour la science, eux, sont de rendement assuré ; on le comprend trop peu chez nous. Où sont les Mécènes authentiques des bibliothèques? Et pourquoi n’en surgirait-il pas?

Quant au grand public, sur qui M. Morel porte toute son attention, il lit moins que jadis, parce que le temps lui manque ; chacun est plus affairé et moins casanier. Les riches aussi, les riches surtout, suivent ce courant regrettable ; les affaires, les déplacements ôtent tout loisir; on lit encore en chemin de fer, mais quoi ?! on ne lit plus en automobile ; que sera-ce avec l’aviation ! La niasse des bourgeois a plutôt changé de lecture; le journal illustré, le périodique à bon marché, qui flattent le goût général, bien loin qu’ils le dirigent, régnent aujourd’hui sans partage. D’où une crise du livre partout signalée. L’ouvrage scientifique n’a point baissé de prix, a enchéri même ; on ne recherchera guère celui-là que dans les bibliothèques, qui doivent pouvoir l’acquérir. Le livre de lecture courante reviendra en faveur quand il ne rebutera plus les bourses moyennes ; la réduction du coût a déjà commencé.

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