LE TAUX D'INTÉRÊT SUR LE MARCHÉ DEL'ARGENT
Citons en premier lieu le taux d'intérêt prélevé dans les opérations de crédit à court terme et surtout dans les opérations d'escompte.
La formation du taux d'intérêt en Pologne présente une série de particularités tenant à la structure spéciale de son marché de l’argent, aux conditions spéciales dans lesquelles la régularisation de ce taux a lieu, ainsi qu'à l'existence de certains phénomènes spécifiques qui ont une influence décisive sur le caractère des opérations qui s'y traitent.
Tandis que dans la plupart des autres pays existe une certaine harmonie sur le marché monétaire, les différents éléments s’influençant réciproquement et étant en mutuelle dépendance, le marché polonais est caractérisé par l'existence de compartiments séparés. Le niveau du taux d'intérêt y diffère dans une très forte mesure et sa formation même est soumise à des règles de caractère radicalement opposé,
Au sommet de tout le système du crédit se trouve Îa Banque de Pologne, l’Institut d'émission. Sur tous les marchés de l'argent organisés et dont le caractère est normal,
le taux d’escompte de l’Institut d'émission Joue un rôle de première importance dans la formation du taux d'intérêt. Dans ces pays, les crédits de la Banque d'émission constituent une réserve pour les autres établissements financiers. Ceux-ci y recourent lorsqu'un besoin pressant de disponibilités se présente. Relevantou abaissant son taux d’escompte, suivant l’état de liquidité du marché, la Banque exerce une influence décisive sur l’afflux des capitaux étrangers, sur le taux d'intérêt et sur la marche générale des affaires. Elle arrive ainsi à diriger toute l’économie nationale, en atténuant certains effets provenant de l’état des affaires et en en prévenant d’autres. Bien que ce lien entre la Banque d'émission et l’économie nationale se soit relâché, dans une certaine mesure, après la guerre, l’interdépendance entre le taux d'intérêt de l’Institut d’émission et le taux d'intérêt général régnant sur le marché monétaire reste toutefois très étroite.
En Pologne, les rapports à ce point de vue ont un aspect tout à fait différent. Le taux d’escompte de la Banque de Pologne reste à un niveau considérablement plus bas que celui qui existe sur le marché de l'argent, aussi bien dans les banques que surtout sur le marché libre. Les crédits distribués par cet établissement ont aimsi un caractère de crédits destinés à favoriser par privilège certaines branches de l’économie. La Banque, en effet, en dehors des crédits de réescompte accordés aux différentes institutions financières, accorde également des montants considérables de crédits d’escompte directement à l’économie nationale.
Le premier taux d’escompte fixé par la Banque de Pologne, lors de son ouverture en 1924, fut de 12 % (16 % pour les avances sur gage) et ne s’accordait pas avec les taux considérablement plus élevés que prélevaient les banques privées, Le taux de la Banque de Pologne était pour ainsi dire arbitraire, ne s'appuyant pas sur les conditions existant sur le marché monétaire. Bien que, par la suite, la Banque ait éssayéde suivre les tendances qui s’y manifestent, en modifiant son taux d’escompte corrélativement avec les fluctuations générales du taux d’intérèt pratiqué dans le pays, elle n'est pas encore cependant arrivée à exercer en la matière une influence nette,
La baisse ou la hausse du taux d'escompte de l'Institut d'émission n’a une certaine importance que pour les entre:
prises, relativement peu nombreuses, qui profitent de ses crédits directs ainsi que pour les institutions financières qui y réescomptent leur portefeuille. Mais même dans ces cas la politique d’escompte de la Banque agissant par modifications de son taux d'intérêt, ne peut faire office de régulateur du marché de l’argent, car elle ne fournit qu’une partie des crédits demandés par les maisons accréditées. Elle décide pour ainsi dire de la marge plus ou moins importante des profits qui reste aux entreprises et aux banques en question. En dehors des intérèts d’une partie relativement faible de l’économie nationale, l'influence de la Banque de Pologne ne s’accuse que d’une façon bien insuffisante. La politique de crédit se sert, de préférence, d'instruments autres que le taux d'intérêt et, notamment, du contingentement de ses crédits, de la sélection de son portefeuille et de la modification de la longueur de l'échéance des effets remis à l’escompte, méthodes qui arrivent à exercer une influence beaucoup plus forte sur le marché du crédit.
La formation du taux d'intérêt des institutions financières privées et «communales » s'opère à partir du 30 juin 1924, d’une facon tout à fait rigide, et ne résulte du libre jeu de l'offre et de la demande que dans une faible mesure.
Dans les premiers mois de 1924, c’est-à-dire alors que la valeur du mark ne subissait plus d’oscillations, le taux d'intérêt des prêts en compte-courant en marks fut encore extrêmement élevé, étant de 540 % par ant. Par ailleurs, le taux d'intérêt moyen de crédits à court terme de toutes sortes en zlotys fut à la même epoque de 33 %, taux qui avait un caractère passager et s’expliquait par le fait que les crédits en zlotys semblaient donner toute sécurité, facteur de première importance à cette époque. Par ailleurs, lorsque la crise de stabilisation s’accentua et que certains facteurs d'ordre saisonnier intervinrent, le taux d'intérêt des banques augmenta considérablement, atteignant pendant la première moitié de juin 1924, 58 % par an pour les crédits d’escompte, 59 % pour les crédits en compte-courant, 60 9, pour les crédits à terme jusquà 3 mois et 62 % pour les crédits à ter Aeau-dessus de 3 mois?. Deux banques même, en répondant
1. D: Nowak et Buézkowski, Lé crédit en Pologné (mentionné sur la base du rapport arnuel de la Barique des Industriels à Poznan pour l’année 1924;
p. ©): Ye 2, La Conjoncture économique en Pologne 1924-1927, p. 14.
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à l’enquête faite par l'Office central de statistique, ont indiqué qu'elles prélevaient alors 10 % par mois pour les crédits en compte-courant et8 % pour les crédits d’escompte?.
De tels phénomènes se produisirent également en Allemagne et ils accompagnent généralement les périodes de passage rapide et radical de l’hyperinflation à la stabilisation monétaire. C’est ainsi qu’un fort renchérissement du crédit eut lieu dans de semblables conditions et à peu près en même temps en Allemagne, où en avril et mai 1924 le taux d’intérêt dépassait 44 % sur le marché du crédit?.
Cependant, tandis qu’en Allemagne un fort afflux des crédits étrangers aussi bien à court qu’à long terme, permit par la suite une rapide amélioration de la situation sur le marché monétaire, les choses ne se passèrent pas de la même façon en Pologne.
C’est alors qu'intervint la réglementation du taux d'intérêt par le ministère des Finances. Ce dernier, poussé par l’opinion publique, espéra de cette façon provoquer une baisse générale du coût du crédit, dont le taux élevé était rendu encore plus pénible par la crise persistante. Cette mesure prévoyait des sanctions pénales très sévères. Le taux d'intérêt maximum pouvant être prélevé dans toutes les opérations de crédit fut fixé par l’ordonnance présidentielle du 29 juin 1924 sur l'usure monétaire (Journal des lois 1924, N°0 56) à 24 % par an, à titre d’intêrêts et de provisions, à partir du 30 juin 1924. Ce taux d'intérêt, fonctionnant d’une facon rigide, n’a pas connu de modification jusqu'à la seconde moitié de 1926 et est constamment resté considérablement au-dessous du taux pratiqué sur le marché privé et non organisé*.
Une baisse continue du taux d'intérêt réglementé commence à partir de 1926, avec l'augmentation des liquidités sur le . marché monétaire. Elle a lieu par bonds consécutifs et très accentués et dure jusqu'au 15 juin 1927, Ce taux reste alors à 12 % pendant presque deux ans jusqu’au 30 avril 1929 où il monte à 13 % pour recommencer ensuite à redescendre; il est encore à 11 % à la fin de 1930.
Il est intéressant de constater que, tandis qu’au début de la réglementation, la marge entre le taux d'intérêt de la