‹ L'Organisation du Crédit en Pologne Son Évolution Depuis la Première StabilisationChapitre 56 sur 214 · D SE % VE · texte numérisé non relu

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Parmi les différents crédits distribués aux intitutions financières, il faut faire abstraction des crédits d’escompte fournis par l’intermédiaire des banques pour l’agriculture et les industries agricoles et qui furent directement destinés à ces dernières.

Nous voyons que les crédits indirects, bien qu'ayant augmenté dans les deux dernières années, sont cependant audessous de Ia moitié du total des crédits d’escempte de la Banque.

L'origine de cette grande importance des crédits directs dans l’activité de la Banque de Pologne doit être cherchée dans l’évolution même des relations économiques du pays à partir du recouvrement de l'indépendance. Pour des causes économiques, monétaires et financières, les banques privées ne furent pas en état de remplir d’une façon normale leurs tâches de crédit, c’est alors que la Banque de Pologne est entrée dans le domaine d'activité de ces banques.

Cependant, si cet état de choses pouvait être justifié dans les premières añnées, en raison de la faiblesse financière des banques privées, il ne peut l'être que dans une mesure beaucoup plus faible, à l’heure actuelle, où l’appareil bancaire s’est considérablement affermi.

En effet, les crédits directs augmentent le facteur de risque dans l’activité de crédit de la Banque, diminuent l’élasticité du portefeuille d’escompte, rendant ainsi difficile la régularisation de la circulation monétaire. Le taux d'intérêt de la Banque doit, pour cette cause, être plus élevé. Le fait de passer par l'intermédiaire des banques privées, tout en diminuant le risque des opérations, permettra à la Banque de Pologne de faire descendre son taux d'intérêt à un niveau plus bas que celui de l'heure actuelle, donnant aux banques la possibilité d’abaisser le coût du crédit qu’elles fournissent aux maisons de premier ordret et:de faire entrer sous leur influence de nouvelles entreprises qui n’y ont pas accès à présent.

Il est nécessaire de souligner également le fait que, dans les conditions polonaises, le volume des opérations d’escompte de la Banque de Pologne dépend dans une forte mesure du montant de ses opérations d’escompte directes, subissant ainsi

1, Dr B. Zakrzewski, La Gazette de Banque, 1930, n° 20.

à un degré plus élevé qu’à l'étranger’, les effets de la conjoncture et du développement structurel des branches particulières de l’économie nationale.

Il est cependant utile de noter que la Banque de Pologne augmente très faiblement le nombre des entreprises privées accréditées auprès d'elle; par ailleurs, l’accroissement du nombre des institutions financières est très fort, ce qui s’accorde avec la tendance de la politique qu’elle poursuit, voulant devenir la véritable banque des banques, lorsque la situation du marché le permettra. Le nombre respectif des différentes entreprises accréditées auprès de la Banque de Pologne fut le suivant :

Pourcentage des

Nombre total Nombre des établissements Date établissements financiers des entreprises financiers par rapport au total Sladécembhre 1920 enter 1.647 229 155907 31 — IRPAT STORE 1.703 274 16.197 31 — OP S m0 0 ce ot 197795 312 1754807 31 — IS 06 Poomau 2.055 426 20707 31 — LPO O0 2.245 553 24.6 % 31 — JOSOPE AMP 2.219 628 28-3007

B) La Banque de Pologne régulatrice du marché du crédit. — La politique de crédit de la Banque de Pologne, en dehors de son but principal qui est le maintien dela stabilité de la monnaie, ne perdait pas de vue la régularisation du crédit. La Banque de Pologne avait en mains deux armes pour cette fin : c’est en premier lieu, le taux de l'intérêt, et en deuxième lieu, le contingentement des crédits.

a) Politique du taux d’escompte. — La modification du taux d'intérêt est le moyen classique à l’aide duquel les banques d'émission dirigent, non seulement la monnaie elle-même, en faisant affluer et refluer les capitaux étrangers, mais d’une façon générale, le marché du crédit tout entier, influençant ainsi indirectement toute l’économie nationale.

Ce moyen cependant, s’il était utilisé par la Banque de Pologne, ne pouvait pas opérer l’effet voulu, faute de la réunion des conditions nécessaires. La Pologne ne possédait ni les

1. La Conjonciure Economique, 1929, n 7. L'activité d’escomptede laBanque de Pologne 1925-1929.

capitaux suffisants, ni un marché du crédit organisé. Les capitaux étrangers, par l’effet d’une réglementation stricte, ne pouvaient pas, avant la fin de 1927, entrer et sortir librement du pays; ils ne voulaient pas en outre se hasarder dans un pays qui ne donnait pas confiance au marché financier international. Si cependant la politique du taux d’escompte de la Banque de Pologne ne pouvait pas exercer une influence décisive sur l’entrée des capitaux, elle n’avait pas non plus d'influence bien forte sur la formation du taux d'intérêt du marché du crédit à l’intérieur même du pays. Comme nous l'avons déjà remarqué plus haut, le marché privé lui échappait complètement, aucun contrôle n'y pouvant être exercé. Par contre, par le moyen des crédits de réescompte fournis aux banques et autres établissements de crédits, la Banque de Pologne essayait d'exercer son influence sur celles-ci, en ce qui concerne la fixation du taux d’intérêt. La condition requise pour pouvoir obtenir des crédits de réescompte, avant que le taux en fut réglementé, c'était que celui prélevé par l’établissement en question ne dépassât pas le double du taux d’escompte de la Banque. Bien que cette dernière distribuât de nombreux crédits directement aux différentes branches, elle ne pouvait cependant pas, pour les causes que nous avons vu plus haut, avoir une grande influence sur la formation du taux d'intérêt sans le pays. |

Il y a eu de nombreuses controverses au sujet du taux d'intérêt initial de la Banque de Pologne qui était de 12 %. Les uns le disaient trop bas par rapport au taux d’intérêt existent dans le pays, les autres le disaient trop élevé pour pouvoir réagir sur l’abaisscment de celui-ci et ainsi indirectement sur la situation générale de toute la vie économique.

Se rendant compte de la répercussion qu’a la cherté du crédit «ur l’état de l’économie nationale, la Banque maintenait son taux d'intérêt à un niveau qui ne répondait pas du tout aux conditions existant sur le marché des crédits. Le taux initial de la Banque (12 %,pour les crédits d’escompte et 16% pour les crédits sur gage de valeurs mobilières) apparaissait très bas en comparaison de celui du marché privé et celui des banques privées jusqu’au moment où le Gouvernement entreprit la réglementation du taux d’intérêt maximum.

Quand le ministre des Finances, au mois de juillet 1924, commença à appliquer une politique d’abaissement du taux d'intérêt, par voie de réglementation du maximum prélevable

par les institutions de crédit, la Banque de Pologne avait esquissé ce mouvement en abaissant, à partir de 16 août 1924, le taux d'intérêt des avancessurtitres à 14 % et, à partir du 28 novembre, le taux d’escompte à 10 % et celui des avances sur titres à 12 %,.

Dans son activité ultérieure, elle ne réclame jamais un taux”

d’escompte dépassant 12 %,. Ainsi, malgré la grande hausse du taux de l'intérêt sur le marché privé qui eut lieu pendant la crise de 1995, elle augmente seulement de 10 à 12 % le taux d’escompte des effets de commerce nationaux et à 14 % le taux des avances sur titres.

Il est évident que la Banque de Pologne ne pouvait pas penser à enrayer par ces moyens la violence de la crise financière. C’étaient done des moyens éphémères qui favorisaient ainsi certains demandeurs de crédit par rapport aux autres qui n'étaient pas admis à bénéficier d’un crédit à si bon marché.

À partir de la stabilisation de fait de la monnaie, qui com-

mence dans la deuxième moitié de 1926, la Banque de Pologne suit de plus près la tendance du marché du crédit, en abaissant son taux d'intérêt en proportion avec la détente sur ce marché. Il est aussi intéressant d'ajouter que, dans ces derniers temps, elle prend aussi en considération, pour la fixation de son taux d’escompte, le taux d'intérêt qui règne sur le marché international en augmentant ou en diminuant son propre taux d'intérêt en rapport avec la situation de ce dernier.

L'évolution du taux d'intérêt prélevé par la Banque est illustrée par le tableau suivant :

Taux Taux d'intérêt Dale 2 des avances d’'escompte sur titres A partir du 7 JUIL AO RO RER 10 LA 12 GA — 132 AécéMETe M RE EN JET 2 NO 7) 11 (2 — 10 février AO TER ET 9 % 10212297 — 10 MAL EN cr eye DA 10 GA — 12 EN Re D dot GET É 8 DA OMR — 14 OCTOPTE RER ee eee — 9 QE — 19 EN TE PA OPEN 9 LA . 10 % —— loMnovembDre M RER Er e" Sel 07 91/2 0/ —— 31 Dé AE IREDN énoncoooe 8 A 9 Ye = 14 MAPS EEE RTE Ce 7 2 8 0 — 13 Juin MAR CUIR FIRE = 3 OCtODrO AN NN FAU2M0 Su/2ES; b) Contingentement des crédits. — La Banque de Pologne,

dont le taux d’escompte fut pendant longtemps un des plus

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élevés du monde et qui, actuellement encore, est à un niveau dépassant de beaucoup le taux d'intérêt des marchés financiers internationaux, n’en resta pas moins la source du crédit le meilleur marché dans le pays. Cela exclut ainsi la régularisation automatique du marché du crédit par l'effet du taux de l'intérêt. Il était donc impossible de suivre une politique de crédit quelconque avec ce seul secours. Les modifications du taux d’escompte jouent un rôle secondaire dans l’ensemble des mesures employées par la Banque de Pologne dans sa politique de crédit, bien que tous ces moyens soient utilisés concurremment.

La Banque de Pologne se sert surtout du contingentement des crédits. Cette mesure était des plus nécessaires, en présence de l’énormité des besoins et de la faiblesse de l'offre. La fixation des contingents pour les diverses branches de l’économie nationale était d’une grande gravité. Il en dépendait que telle ou telle branche, suivant qu'elle eûtou n’eût pas obtenu des contingents suffisants, se développât ou dépérit.

La limite maximum de l’ensemble des crédits distribués par la Banque de Pologne dépend du montant de l’émission qui, à son tour, est fixé par les statuts. Ce montant est, en effet, en rapport avec la couverture or et devises dont le minimum est fixé actuellement à 40 % de la circulation totale des billets de banque.

En général, l’Institut d'émission ne se rapproche que très rarement de la limite maximum de la couverture; il laisse, en général, subsister une large marge qui doit lui servir de réserve. La grandeur de la marge dépend cependant de la situation économique du pays, en général, et de celle du marché de l'argent et de la politique du crédit de la Banque, en particulier.

Dans les pays où la situation du marché monétaire est normal, le montant des crédits distribués par la Banque d'émission dépend en grande partie de son taux d’escompte, leur somme diminuant ou augmentant respectivement en rapport soit avec l'augmentation, soit avec la diminution de celui-ci. Ceci se passe dans les pays où l’Institut d'émission sert de réserve pour les autres banques qui, d'ordinaire, obtiennent de l’argent meilleur marché que celui qu’elles recoivent à la Banque d'émission. En conséquence, elles ne s’y adressent que lorsqu'elles ont un besoin pressant de fonds. Une augmentation du taux d'intérêt de cette dernière rend ce re-

cours désavantageux et c’est alors que les banques s’abstiennent de réescompter leur portefeuille et limitent, d’une facon générale, leurs opérations de crédit.

La situation, à ce point de vue, est cependant toute particulière en Pologne. C’est la Banque de Pologne qui est l'institution distribuant les crédits meilleur marché du pays. La marge entre le niveau de son taux d’intérêt et celui des autres banques est assez élevée atteignant, dans ces dernières années, pour les banques d'Etat, une différence jusqu’à 3 1/2 % en moyenne et pour les banques privées jusqu'à 4 1/2 %,. Cette marge ne permet cependant pas de juger de la tension existant sur le marché monétaire, le taux d’intérêt dans ces institutions étant l’objet, soit d’une fixation plus ou moins arbitraire, soit d’une réglementation de la part du Gouvernement.

Eteneffet, le taux d'intérêt surle marchéprivé de l'argent où vient s’approvisionner une partie considérable de l’économie nationale est beaucoup plus élevé, atteignant, pour les effets de premier ordre, un taux oscillant dans les limites de 15 à 20 %1 et pour les autres effets, surtout en province, 2,3, 4 A et même parfois plus par mois. Dans ces conditions, on ne peut donc pas parler d’une régularisation du marché du crédit par le libre jeu du taux officiel d’escompte.

Si la Banque voulait donner libre jeu à la distribution des crédits,elle serait débordée, les besoins dupaysétant énormes.

Pour ne pas dépasser le rapport légal entre l'émission de billets de banque et la couverture et pour laisser en outre une marge suffisante pour parer à toute éventualité, elle procède par voie de contingentement du montant des crédits à distribuer .

Ce contingent n’est pas global, c’est-à-dire que les différentes entreprises admises à jouir de crédits d’escompte auprès de la Banque de Pologne ne peuvent pas y puiser,au furet à mesure des besoins, jusqu’à utilisation totale.

Le mécanisme du contingentement est le suivant. Un contingent, qui peut être revisé par la suite, est fixé pour chaque entreprise accréditée auprès de la Banque de Pologne. Les contingents sont fixés chaque fois par le siège central de Varsovie, auquel les différentes succursales font parvenir leurs propositions à ce sujet. La décision définitive ‘est prise en se

1, Voir tableau après la p, 117,

Abe

basant sur la capacité financière de l’entreprise et sur l'étude de son bilan. La Banque prend ensuite en considération le rôle de l’entreprise dans la vie économique du pays, la nécessité du crédit en question en rapport avec la conjoncture qui existe pour la branche en question au moment donné. Le siège central, prenant en considération la situation de toute l’économie nationale, d’une branche d'industrie, le niveau des prix y existant, les besoins qui s’y présentent, peut faire augmenter ou diminuer d’un pourcentage quelconque les contingents pour toutes les entreprises du pays, pour une branche quelconque dans une région ou dans le pays entier. Le contingentement ayant l’avantage de répartir les crédits de la Banque, d’après un plan établi par elle, peut cependant mériter, dans une certaine mesure, le reproche d’être arbitraire. Il peut aboutir, en effet, à traiter sur pied d’inégalité : 1° Les différentes branches de l’économie nationale; 20 Les différents types d'entreprises (c est-à-dire d’après leur importance, entreprises grandes, moyennes ou petites); 30 Les différentes entreprises individuelles.

c) Autres moyens de la politique de crédit de la Banque. — La politique de crédit de la Banque exercée par voie de contingentement et par voie de modification du taux d'intérêt ne peuvent pas cependant produire toujours l'effet voulu et immédiat dans les conditions polonaises actuelles, le facteur automatique y manquant. | |

Pour assouplir ce système rigide, la Banque de Pologne emploie différents moyens. C’est ainsi qu’elle fait varier, d’accord avec la situation du marché ou en s’adaptant à ses possibilités de crédit, d’un certain pourcentage les contingents pour l’économie nationale toute entière, soit en différenciant la modification d'après les branches particulières, soit finalement, en adaptant la modification à une branche quelconque de l’économie nationale lorsqu'elle le juge utile.

La Banque emploie encore d’autres moyens qui se sont révélés comme très efficaces dans sa politique d’escompte. Ce sont : la sélection du portefeuille et la fixation de la longueur d'échéance des effets reçus à l’escompte.'

En adaptant des méthodes de sélection plus ou moins rigoureuses et en augmentant ou en diminuant les exigences pour l'admission à son portefeuille d’escompte, la Banque

arrive à élargir ou à restreindre le montant des crédits distribués.

Un autre moyen vient d'être employé pour la première fois. Il consiste dans la diminution de la longueur de l’échéance maximum des effets recevables à l’escompte.

C'est ainsi que, les possibilités de crédit de la Banque s'étant considérablement réduites à la suite dela fuite continue des devises, qui eut lieu en 1930, et de la diminution de la couverture qui en est résulté, la Banque voulut cependant maintenir une marge considérable et abaissa en novembre 1930 le maxi: mum de l'échéance des effets remis à l’escomptede90à75 jours, en se proposant même de le réduire à 60 jours, dans le cas où la nécessité se serait présentée.

Les moyens en question, en dehors de leur rôle direct qui est d’engendrer les restrictions de crédits, ont simultanément un autre but, celui d'augmenter la liquidité du portefeuille et sa sécurité, sécurité qui fléchit généralement en temps de

crises.

d) Participation des différentes branches de l’économie nalionale aux crédits de la Banque de Pologne. — Il est intéressant de voir dans quelle mesure les diverses branches de l’économie nationale profitaient des crédits d’escompte fournis par la Banque de Pologne (voir tableau ci-contre?).

Abstraction faite des crédits fournis aux banques, dont nous avons déjà parlé plus haut, nous constatons que ces crédits sont distribués en majeure partie à la grande industrie. Par contre, les entreprises agricoles etcommerciales furent, pendant longtemps, négligées dans une forte mesure. Vers la fin de 1928 seulement, l’activité de crédit marque, à ce point de vue, une amélioration : les crédits à l’agriculture et au commerce sont considérablement augmentés quoique encore, d’une façon insuffisante. Ce qui frappe surtout, c’est la part proportionnellement très faible du commerce dans les crédits directs de la Banque. La question de la participation du commerce aux crédits d’escomptefait l’objet de nombreuses controverses et la Banque de Pologne fut, à ce point de vue, fortement attaquée.

1. Ceci ne s'applique pas aux effets provenant de l’agriculture qui conservent

l’ancien maximum.

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