‹ L'organisation du travail et l'associationChapitre 6 sur 15 · SONT PROPORTIONNEIXES AUX DESTINÉES · texte numérisé non relu

SONT PROPORTIONNEIXES AUX DESTINÉES

Dieu, le créateur de toute* rhos'^s, ctl iniiiilineiil bou et infiiiiinéut {umIi^

Le Caterhitm*.

« Pour découvrir quelle est la destinée terrestre de l'humanité, je vais établir préalablement deux propositions qui, devant servir de base à ma proposition principale, ont besoin d'être démontrées d'une manière irrécusable. Je vous engage donc, messieurs, ajouta le professeur en nous adressant la parole, à ne laisser passer rien de louche dans mes raisonnements : ils doivent être inattaquables comme des démonstrations mathématiques.

« Ces deux propositions, les voici :

• 1° Dieu donne à toutes ses créatures les forces et les instruments, matériels et immatériels, les

mieux appropriés à raccomplissement de leurs destinées.

• 2® Dieu est toujours économe de ressorts : je veux dire que le Créateur fait les choses et les fait exécuter avec les moindres dépenses possibles d'instruments et de forces.

« Ces propositions , qui sont des axiomes pour quiconque admet un Créateur bon, juste et puissant, sont faciles à démontrer, en examinant avec un peu d'attention les êtres animés ou inanimés. Nous allons le faire succinctement. ,

• Les êtres dont la terre est couverte peuvent se classer en quatre grandes catégories, à savoir : les minéraux , comprenant tous les corps bruts , inanimés; les végétaux*, les animaux; le genre humain.

« Tous les corps connus sont formés d'éléments peu nombreux : la chimie en compte aujourd'hui onze seulement, les métaux non compris. Nous sommes, quant à nous, persuadé que ces éléments sont eux-mêmes formés d'un seul, dont la lumière est vraisemblablement une des plus simples manifestations. Les découvertes faites dans ces derniers temps, en astronomie , en chimie et en physique, nous autorisent à croire que l'unité de substance ne tardera pas à être proclamée. Cette opinion, au reste, est d'accord avec la Genèse, qui nous ap-

§rend que la première créature sortie des mains e Dieu fut la lumière.

• Quoi qu'il en soit, les corps nommés élémentaires par les chimistes paraissent obéir à une seule rorce, Vattraction; mais chacun de ces éléments est doué d'une dose d'attraction, si nous pouvons nous exprimer ainsi, si admirablement proportionnelle à ses nombreuses destinées, que

ces Cftze éléments suffisent, avec quelques n taux, comme nous venons de le dire pour dont naissance à tout ce qui est dans le sein et à la su face de la terre.

à L'oxygène , par exemple , l'un des onze cqi élémentaires, a reçu une attraction qui Tentrati lé contraint à se combiner avec les métaux, pc former des oxydes; avec huit des dix autres é ments, pour former des acides; et avec un n< vième d'hydrogène, pour composer Veau. Ce quide, à son tour, est animé d'une attraction merveilleusement appropriée aux besions des ph tes et des animaux, qu'il se dissout dans l'air av la plus grande facilité et l'abandonne de même ; sorte qu'un léger refroidissement de Tatmosphè suffît pour que l'eau qui s'y trouve contenue se i solve en rosée, eh pluie, etc.» et aille porter i tous côtés la vie et la fraîcheur.

« Et comme un raisonnement semblable pe être fait à l'égard de tous les autrets corps brut simples m composés, solides, liquides ou gazeu nous sommes en droit de conclure :

* 1® Que Dieu a donné aux corps inanimés d attractions proportionnelles à leurs destinées.

< 2* Que le Créateur a été économe de ressoi à l'endroit des corps bruts^ car il les a formés d'i fort petit nombre d'éléments, probablement a'i seul, et il leur fait accomplir leurs destinées ; moyen d'une seule force : VçUtraotion»

i Si nous étudions le règne végétal, nous reco naîtrons, avec M. Dumas, que la tâche principe des plantes est de former les matières organiqu dont les animaux se nourrissent.

« Or voici, selon ce savant professeur, comme les végétaux accomplissent cette mission :

DU TUAVAIL. 61 ^

« L'air contient ou engendre des produilf oxy- ' « dés. principalement de Veau, oxyde d'hydrogène, a de l'acide carbonique et de Vadde azotiq^e, Les

• plantes décomposent ces oxydes et s'emparent de m leurs radicaux, c'est-à-dire de Vhydrogène, du a carbone et de Vazote, et avec ces trois éléments « elles façonnent toutes les matières organiques et « opganisables qu'elles cèdent aux animaux. Biles

• rejettent pQxygène dans l'atmos{)hère.

« Les animaux, à leur tpur, a l'aide de l'oxygène « qu'ils empruntent à l'air par la respiration, brû- « lent les matières végétales dont ils se nourrissent « et reproduisent de l'eau, de Vacide carbonique et » de Tf/i n' izufiquej qui retournent k l'atpiqsphèure, paur jrprodiiire de nouveau, d^ns l'immenft si M deâ siècies, Im mêmôS phéi^ôpaène^.

« Ajoutons, dit le savant que je cité, ajoutons à « ce tiiblpsu 51 frappant par sa sirnplicité et sa grana deur lé rûk incoctesto de la lumière solaire, qui « seule a le pouvoir de mettre en mouvement cet « immense appareil, de développer le règne végé- « tal qui absorbe, par sa partie yerte, la force aii- « mi(jue des raypns lumine^Xy pour former les pro- « duits organiques qui , miai^gés , puis brûlés par « les animaux , reproduisent les diverses forces « que leurs mouvements mettent à proGt, et cette tt chaleur, cette électricité qui fopt ^ptre force et « en mesurent le pouvoir.

« Ainsi se forme ce cercle mystérieux de la vie « organique à la surface du globe, ainsi l'atmo- « sphère constitue le chaînon qui lie le règne ani- « mal au règne végétal. ■

« Les végétaux chargés d'accuinuler la force au profit des animaux, comme l'enseigne M. Dumas, sont organisés de manière à avoir rarement be-

G2 l'ouga.msation

soin d'user cette force pour accomplir leurs fonc tions : ainsi le Créateur, économe en toutes choses n'a pas donné aux plantes d'organes puissant comme le cœur aux animaux. Pour faire circule la sève, ce sang des végétaux, chargée de parcourir la plante entière, depuis les racines jusqu'aux extrémités les plus élevées, afin de fain croître et de renouveler les organes , la naton emploie un moyen particulier, V endosmose, qti n'est pas la caoïllarité, car il permet à la sève di de sortir des tuoes où elle est renfermée, et se ré pandre dans l'intérieur et môme au dehors de li plante.

« Néanmoins dans les actes importants de leu vie, dans ceux , entre autres, ayant pour objet L reproduction de l'espèce, les plantes brûlent le su cre qu'elles ont accumulé et reproduisent chalen et force : elles vivent alors d'une vie quasi-animale on les voit accomplir des mouvements qui sem blent dépendre d'une volonté : elles ferment leur calices à l'approche de la nuit ou de l'orage, afîi de mettre à l'abri les organes de la génération elles tournent leurs corolles vers le soleil, afin d'é chauffer ces mémos organes.

« Le Créateur a réparti entre les diverses espè ces de végétaux la grande tâche qu'il leur a con fiée : les unes produisent des fleurs , des fruit variés à l'infini , destinés à faire les délices d l'homme et des animaux; les autres façonnent 1< gomme, la résine, l'amidon; celles-ci font le miel le sucre; celles-là les huiles, les colorants e mille autres produits qui tous cependant , malgn leurs propriétés si dissemblables, sont composé dos mômes éléments : carbone, hydrogène, oxygèn* et, pour quc'ques-uns, azole en petite quantité

nu TUAVAIL. . 03

« Les appareils chargés d'orgauiser les divers produits des plantes sont si délicats, si merveilleusement construits, aue l'amidon, la gomme, la dextrine, le sucre, le ligneux, etc., sont composés absolument des mêmes éléments : douze molécules de carbone et onze molécules d'eau. La différence seule de la position respective de ces éléments, dit M. Dumas, donne naissance à des substances qui ont entre elles fort peu de ressemblance.

« Nous pouvons donc conclure encore à l'égard des végétaux :

« 1^ Que le Créateur a donné aux plantes en général, et à chaque espèce en particulier, les organes et la force nécessaires à l'accomplissement de leurs destinées, puisque ces destinées s'accomplissent sans interruption.

2° Que le Créateur a été économe de ressorts , puisqu'il n'a employé, pour former les végétaux et leurs innombrables produits, que trois ou quatre éléments et une seule force, ta force chimique,

> Passons maintenant au règne animal.

« Les fonctions communes à tous les animaux sont comme nous venons de le dire, de brûler les produits végétaux dont ils se nourrissent pour s'approprier la force accumulée en eux, et de recomposer l'eau et les acides carbonique et azotique qu'ils rejettent dans l'atmosphère où les plantes les reprennent pour les utiliser de nouveau.

« Les animaux, pour rêmplir*ces tâches importantes, sont pourvus de bouches, de trompes, de suçoirs propres à absorber leur nourriture; de dents, de becs, de mandibules destinés à la broyer ; d'estomacs et d'intestins capables de la décomposer; d'artères et autres organes analogues (fui

transi)ortent par lout le corps, avec le san| produits de la digestion, afin d'accroître et d Douveler les organes; de veines qui ramènen poumons le san^ chargé d'acide carbonique poumons enfin qui absorbent l'oxygène de W expulsent Pacide carbonique contenu dans le vemeux.

« Obligé de se déplacer pour satisfaire se( soins, i'animal en général a reçu les organe cessaires à la locomotion, et il trouve dans la i riture, comme nous l'avons dit, la force indis sable pour mettre ces organes en mouvemer

« Mais ces deux présents du Créateur, la et l'organe, ne suffisent pas à l'animal ; car, se déplacer, il faut encore au'il ait la volonté faire, et cette volonté est nécessairement le n tat d'un besoin, d'un attrait que je nommer stimulant,

« Ainsi, tandis que V<Utraction suffit à la ma brute pour remplir ses destinées, les végétau: besoin d^attraction et de pn-ce, et le<« anijinaux traction, de force et de sttmulanls. Nous enten ici par force, une force libre, indépendante < force d'attraction universelle, une force dont dividu peut disposer.

«Nous allons jeter un coup d'œil, le plus n possible, sur quelques-uns des stimulants chs de pousser les animaux vers l'accompUssemeii deux tâches principales de leur vie , à savoi conservation de l'individu et la perpétuité de pèce. Nous découvrirons ici, comme toujc l'économie de ressorts du Créateur.

« Pour croître et se conserver, l'animal a stimulants, la faim et le désir de vivre, ou m: la crainte de la mort.

« Pour fuir la douleur et éviter la mort, les diverses espèces animales ont reçu des instruments matériels et immatériels différents : les unes, fortes et douées de courage, opposent la résistance à leurs ennemis, et elles sont pourvues d'armes puissantes, défenses, dents, cornes, griffes, piles galvaniques, dards empoisonnés, etc. ; d'autres, faibles et timides, mais fines et rusées, échappent à leurs ennemis par la fuite, et sont en conséquence munies d'ailes rapides, de pieds agiles, de fils pour se'suspendre dans l'air ; quelques-unes sont teintes de la couleur de la plante dont elles se nourrissent on des troncs d'arbre contre lesquels elles se tapissent ; et, grâce à la nuance de leur robe et à leur immobilité absolue durant le danger, elles échappent à la recherche de l'animal qui les poursuit pour les dévorer. Plusieurs espèces sont abritées . par des carapaces, des coquilles, des écailles, des plumes, des poils, des piquants ; d'autres sont munies de poches renfermant des odeurs méphytiques, des liqueurs corrosives, des teintures noires. Ces dernières répandent leur colorant dans l'eau où elles vivent, la rendent opaque et échappent par ce stratagème à la poursuite de l'ennemi.

« Remarquons ici une circonstance bien digne de toute notre admiration : tous les animaux connaissent leurs ennemis, sans les avoir jamais vus, et ils font usage des instruments que Dieu a mis au service de leurs stimulants, sans étude, sans exercice préalable, et cependant avec une habileté

Î parfaite. Cela a lieu surtout pour les insectes dont a vie, d'une brièveté extrême, est incompatible avec l'expérience.

« Pour satisfaire le deuxième stimulant conservateur dB l'individu, la faim, les animaux ont reçu

63 L^OBGANISXTIOR

des organes et des instruments dont ils se servent aussi dans la perfection, et des instincts qui ne les trompent pas.

• Ceux d'entre eux qui se nourrissent de pjroie vivante ont la vue perçante pour la découvrir et des organes puissants pour Tatteindre, la saisir, la mettre en pièces et la dévorer. Ils savent chasser de compagnie , et ont l'odorat exquis , comme le chien; ou ils guettent patiemment leur proie « comme le chat ; savent tendre des filets, comme Paraignée ; ou des pièges, coofime le fourmi-lion.

• Les animaux qui vivent de végétaux ou de leurs produits sont munis de suçoirs, de trompes, de dents d'une forme particulière, et quelques-uns, comme le bœuf, de quatre estomacs et de volumi* neux intestins pour les digérer.

« Mais les carnassiers n'étaient pas destinés à dévorer indifféremment tous les animaux ; les herbivores ne devaient pas se nourrir tous des mêmea plantes. Voilà pourquoi la nature a donné à chaque espèce un goûl, un instinct, à l'aide ducfuel tout animal connaît sûrement le mets qui lui est destiné ; et cet instinct est tellement impérieux, que la plupart des insectes périraient d'inanition plutôt que de toucher à une autre plante que celle dont se nourrit leur espèce respective.

« Quand cela convient à ses vues, la nature désigne pour pâture à une espèce un mets qui serait un poison pour toutes les autres ; elle donne à certains animaux une vive appétence pour des aliments dont la vue seule nous fait éprouver un dé* goût extrême : ainsi les cadavres et les excréments des grands animaux dégageraient, en se décompcH sent, des miasmes dangereux. Que fait la nature? elle inspire à une foul^ d'espèces ujî goôt vioJfiDi

DV nATAIL. t^

pdor ces immondices, et leur accorde un odorat ei[qpts, afin de leur en faire reconnaître la présefl^ce de fort loin ; et des légions de loups, de porcs, de vautours, de corbeaux, de scarabées, de mouches et de larves , alléchées par l'odeur pour laquelle nous sentons une répulsion invincible, se jettent . avec fureur sur ces débris, utilisent les matières organiques qu'ils contiennent , et en purgent la terre.

« A l'approche de Thiver, lorsque les plantes, en perdant leur verdure dans nos climats, enlèvent aux animaux herbivores tout moyen de se nourrir, la nature, toujours prévoyante, retire à un grand nombre de ces animaux, quadrupèdes et insectes, le stimulant conservateur lui-même, la faim. Alors ils s'engourdissent complètement et attendent, dans cette léthargie miraculeuse, le retour de la verdure.

• La Providence, riche en expédients, n'engourdit pas toutes les espèces à l'approche des frimats ; elle fait naître chez quelques-unes, quadrupèdes, poissons , oiseaux , un instinct nouveau que nous nommerons besoin de migration^ qui les pousse vers un ciel plus doux, où elles continueront leur mission, en mangeant les insectes, les plantes ou les fruits dont elles sont chargées de s'assimiler la substance. »

Le professeur ayant interrompu sa lecture pour reprendre haleine , le docteur profita de ce moment de silence pour nous faire remarquer combien ce besoin de migration est impérieux ches les animaux voyageurs, BuCTon, dit-il, assure; « qu'on a vu de jeunes cailles, élevées dans d«s • cages presque depuis leur naissance, et qui 119 « pouvaient ni connaître ni regretter la liberté^

6S t'OBGANISATlON

• éprouver régulièrement, deux fois par an, pen- « dant quatre années, une inquiétude et des agita- « tiens singulières , dans les temps ordinaires de

• la passe, savoir, au mois d'avril et au mois de « septembre. Cette inquiétude duraitenviron trente «jours à chaque fois, et recommençait tous les « jours une heure avant le coucher du soleil. »

Je Pavoue , messieurs , ajouta le docteur, ce passage de Buffon m'a paru bien extraordinaire, et je me suis demandé, avec cet auteur célèbre, qui avait annoncé l'heure du départ à ces pauvres prisonnières séparées de leur espèce? Mais, je l'avoue aussi, j'ai été médiocrement satisfait de l'explication donnée par Buffon lorsqu'il dit : « Ce fait est « déterminé par l'habitude qui contraint chaque

• année les cailles à voyager, pour chercher la « nourriture qu'elles ne trouvent plus dans le pays « qu'elles habitent ; et cette habitude devient une m affection pour ainsi dire innée. » J'en demande bien pardon à l'éloquent naturaliste, mais cette phrase me rappelait Galilée répondant aux fontainiers de Florence que la nature n'a horreur du vide qu'au-dessous de trente-deux pieds.

Le Professeur : Le besoin , le stimulant de migration a toujours été un sujet d'étonnement pour les penseurs; cependant il n'est pas plus surprenant qu'une foule d'autres stimulants dont nous voyons chaque jour les effets chez les animaux domestiques ; pas plus, par exemple, qne celui qui attire le canard, au sortir de l'œuf, vers le ruis* seau dans lequel il se jette avec délices, malgré les cris d'angoisse de la pauvre poule qui l'a couvé; pas plus que celui qui enseigne au poussin venant d'éclore à reconnaître, parmi tous les autres, le grain dont il doit se nourrir, ou que cet autr^

DU TRAYÀIL. 60

Stimulant qui lui fait chercher un refuge sous Taile de sa mère au moindre danger.

Non, messieurs, les stimulants ne sont pas dus à rhabitude ; ils sont innés chez les animaux, ils s'éveillent au moment précis où ils deviennent nécessaires pour les pousser à l'accomplissement d'une ^tâche, et ils cessent de se faire sentir dès que cette tâche est terminée.

Et , reprenant son manuscrit : « Poursuivons , dit leprotesseur; passons en revue quelques-uns des instincts ou stimulants chargés d'entratner les animaux vers la deuxième fonction dont nous avons parlé, vers la reproduction et la conservation de l'espèce. Cette recherche vous confirmera pleinement ce ({ue ie viens de vous dire touchant l'origine des stimulants.

• Si la nature prodigue les instincts aux diverses espèces pour fuir les dangers et se procurer la nourriture, elle n'est pas moins féconae ni moins ingénieuse lorsqu'il s^agit d'assurer la perpétuité de ces espèces.

« Pour forcer les animaux à se multiplier, la nature leur envoie uu stimulant indomptable, Vamour, au moment convenable pour que la naissance des petits coïncide avec l'éclosion de la pâture dont ils auront besoin.

« Mais l'amour seul ne suffit pas toujours pour assurer la perpétuité des espèces. Lorsaue les petits naissent faibles, des attentions délicates leur sont indispensables à leur entrée dans la vie : voilà pourquoi les oiseaux se trouvent excités , quelaue temps avant la ponte, par un stimulant qui les pousse à construire un nid artistement arrangé.

« Remarquons ici qu'un oiseau élevé dans unt

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cage emploiera les mômes malériaux que ceux employés par les siens pour construire lears nids, s'il en trouve à sa disposition. Cette circonstanCô témoigne clairement que notre prisonnier est mû par un stimulant commun à son espèce, et non par un besoin dMmitation, car il n*alamais vu faire de nid, et n'a pas reçu de lecon$ de sa mère à laquelle on Ta enlevé avant sa naissance.

« Les nids, au reste, diffèrent d'une espèce à l'autre : toujours la variété dans l*unité. Lès oiseaux , si ardents à construire le berceau de leur jeune famille, le {garnissent de laine, de plumes, de mousse, etc., l'arrangent avec coquetterie, y déposent leurs œufs qu'ils couvent avec une patience infatigable. Cependant [personne ne leur a fait connaître que cette incubation fût nécessaire à Téclosion de leurs petits ; la serine, née en cage, ne peut même savoir, lorsqu'elle pond pour la première fois, que ses œufs renferment des êtres pour lesi^uels elle éprouvera bientôt la plus tendre affection. L'incubation est donc encore le résultat d'un stimulant et non d'un calcul.

< Quelques quadrupèdes terriers, mus par un instinct analogue, préparent, de leur côté, des coussins moelleux pour leurs enfants.

« Ces premiers soins sont suivis d'autres soins ; dès que les petits sont nés, il faut poiii voir à leur nourriture, car ils sont trop faibles généralement parmi les quadrupèdes et les oiseaux pour la chercher eux-mêmes. Alors la femelle des mammifères leur présente ses mamelles, que la nature a pris soin ae remplir, fort à propos, d'un aliment parfaitement approprié à la délicatesse des estomacs auxquels il est destiné; tandis que les oiseaux, animés d'une touchante et infatigable aoUioituâe,

BU TBAVAIt. 71

M melteol en quéto des animaux vivants ou morts, des insectes, des menus grains et d^autres aliments en rapport avec les goûts de leur jeune famille.

« Il faut aussi protéger, défendre au besoin ces faibles créatures. Eh bien ! la nature anime les parents, particulièrement la femelle, d'un puissant stimulant^ i^amourmatemel, capable des plus grands détouements, et parfois plus énergique que la crainte de la mort elle-même.

• Remarquons encore ici combien la Providence, Si libérale, est néanmoins avare de ressorts : quand la tAche qu'un stimulant est chargé de faire accomplir est terminée, ce stimulant est retiré à Tindividu : ainsi Vamour dure seulement quelques instants chaque année pour les animaux , à de rares exceptions près ; et la poule qui, animée d'un ardent amour maternel, bravait tous les dangers pour défendre ses poussins, les regarde avec indifférence et comme des étrangers dès qu'ils peuvent se passer de ses soins.

« La question des stimulants est d'une importance extrême pour la démonstration de notre théorème ; il nous sera donc permis d'insister sur cos étonnants ressorts , et de passer encore en revue

{)lusieurs des instincts qui attirent les insectes vers 'accomplissement de leurs destinées. Ils sont, au reste, smgulièrement curieux et d'une variété infinie comme les destinées, comme les organes do ces animaux.

• Une femelle de fourmi pond un nombre d'ceufs très considérable qui se métamorphoseront succes'* sivement en larves et en chrysalides. Cette femelle ne peut évidemment suffire aux soins réclamés par tes enfants sous ces formes diverses* Qui donc

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pourra remplacer la mère? Ce sera celle multitude d'ouvrières nées sans sexe, et ne connaissant pas par conséquent Vamour nuUemel^ mais qui, éprou* vant un dévouement sans bornes pour ces chrysalides, espoir de la république, leur prodiguent les plus tendres soins et bravent la mort pour les protéger.

« Les insectes, en général, vivent moins d'une anné« sous leur forme parfaite, et subissent plusieurs métamorphoses avant de parvenir à cet (Hat. Les mères ne pouvaient soigner leurs petits, car elles ne devaient pas les connaître ; un ^rand nombre de femelles étaient dans Timpossibilité de prendre soin de leurs œufs, car les unes meurent en les pondant, les autres les déposent dans des lieux où elles ne pourront pénétrer, sous le cuir (les animaux, dans Tintérieur d'un fruit, etc.

« Comment la nature suppléera- 1- elle encore id à l'amour maternel? Le Créateur fait voir, dans ces cas si différents, une inépuisable fécondité de moyens : il donne aux femelles des stimulants biei? dissemblables d'une espèce à l'autre, mais tous admirablement appropriés au but à atteindre, c'est-àrdire à la sûreté des œufs et à la satisfaction des besoins des petits au moment de leur naissance.

• Ainsi la nature , qui met tout à profit et ne laisse rien d'inutile, veut-elle hâter la décomposition d'un arbre renversé par l'orage, elle charge des myriades de scarabées de perforer cet arbre et de déposer leurs œufs dans son intérieur ; bien «ntendu qu'elle a pourvu ces insectes des outils nécessaires pour exécuter ce travail , si disprol>orlionné en apparence avec les forces d'animaux aussi chciifs, et qu'elle leur a appris à s'en servir

avec toute l'habileté possible. Les œufs, bien abrités par l'écorce de l'arbre et hors de l'atteinte de l'ennemi, donneront naissance à des larves Cellesci se nourriront , selon les espèces , les unes de Pécorce cfu'eiles rongeront, mais sans jamais la percer à jour pour ne pas se déceler, les autres de l'aubier, etc. ; en un mot, ces larves se partageront cette proie immense, dont elles sont chargées d'abréger l'inutilité et de s'assimiler les parties organiques.

Les stimulants, les^ besoins qui s'éveillent au moment de la ponte, n'ont, comme on le voit, aucun rapport avec les besoins ordinaires, les besoins de conservation de la pondeuse; parfois môme ils sont de tous points en opposition avec ses habitudes. Ainsi les demoiselles et lés cousins, qui folâtrent dans les airs et craignent Peau dans laquelle ils trouveraient promptement la mort, déposent néanmoins leurs œufs dans les étangs, attendu que les larves qui doivent en sortir sont des animaux aquatiques.

« Ainsi encore une belle mouche, le sphex du sable, qui se joue dans nos parterres et se nourrit du miel des fleurs, change ses douces habitudes au moment de pondre ; elle attaque avec fureur les chenilles et autres insectes mous, les perce de son aiguillon, verse dans la plaie une liqueur oui paralyse ses victimes ; puis elle les emporte aans le trou qu'elle a creusé dans le sable, y dépose en même temps ses œufs, d'où naîtront des larves carnivores, qui se nourriront de, cette chair vivante, et subiront leur métamorphose au moment même où les provisions seront consommées. En toutes choses, ni trop, ni trop peu.

« Évidemment les femelles des divers insectes

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donije Yieni de jparler, et toutes d'aûleitn, ou il peu prèi, sont dfaiis le même cas, ne peuvent en aucune manière connattre les b^oins de leurs larves» si différents de leurs propres besoins. La prévoyance dont elles font preuve ne saurait étr« le fruit de l'expérience ni du raisonnement. En déposant leurs o&ufs dans tels ou tels lieux, sur telle plante plutôt que sur telle autre ; en préparant pour leurs petits des aliments dont elles-mêmes ne font point usage, elles obéissent, on ne peut en douter, à des besoins, à des stimulants irrésistibles qui se font sentir au moment opportun. Mais poursuivons :

* Les papillons et certaines mouches ne passent pas immédiatement de Tétat de larve à l'état parfait ; ils subissent, en quittant la forme de chenille, une transformation extraordinaire : ils deviennent chrysalides.

«Gomme ils n'éprouveront aucun besoin en cet état, ils ne sont pourvus d'aucun organe extérieur: jamais rien d'inutile. Les chrysalides, espèces d'OBufo doués de quelque sensibilité, seront-elles livrées sans défense à leurs nombreux ennemis? Soyez sans inquiétude : la Providence a tout prévu. Les chenilles de papillons de nuit, au moment de leur transformation, se trouvent aiguillonnées par un stimulant nouveau, qui les pousse à construire des coques soyeuses au dedans et présentant parfois beaucoup de résistance au dehors. C'est dans ce lit moelleux qu'elles s'enferment et attendent avec sécurité leur merveilleuse résurrection.

« D'autres chenilles creusent leur tombeau dans la terre, dans le bois, et savent le garnir mollement et le dérober aux regards perçants de leurs

DU IftAVAlL* Y3

• On ne peut voir dans eet travaux itonnante ie traitai d*uDe prévoyance, car il est de toute impossibilité que cea cbenilles aient la moindre idée de l'état où elles vont bientôt se trouver; ils ne sauraimt être non plus le frait d'un enseigne* ment, car les chenilles n'ont jamais vu faire de cocons; elles n'ont jamais connu leurs pères. Ces iravaox sttr(»renants sont dono encore la conséquence de stimulants qui excitent ces insectes au moment précis où ces travaux doivent être exécutés.

• Le Créateur, au reste, lorsqu'il est nécessaire, sait douer la matière, pour ainsi dire, inorganisée, de stimulants qui la poussent à accomplir des actes qu'on croirait le résultat d'un calcul. Eu voici un exemple entre plusieurs autres :

• Enfermez dans une botte à couvercle de verre

auelque chenille d'ortie, enfants de ces papillons u iour si brillamment colorés et qui le disputent en fraîcheur aux fleurs parmi lesquelles ils aiment à se jouer, et observez attentivement : lorsque le moment est venu de se dépouiller de sa peau, la chenille se suspend par l'extrémité du corps à un filet de soie collé préalablement au couvercle de votre boite ; la peau s'ouvre bientôt sur le dos ; la tète de la chrysalide, s'il y a ici quelque chose qu'on puisse nommer tète, se dégage la première;

{)uis, peu à peu la chrysalide sort entièrement, à 'exception d'une très faible portion voisine de la queue. A l'aide de ce point d'appui, la chrysalide se soulève violemment, atteint avec son extrémité le fil soyeux, fait des mouvements multipliés pour s'y attacher, et lorsqu'elle se sent fortement tenue, elle abandonne son vieux vêtement, la peau de chenille^ qui tombe au fond de là botte»

« La chrysalide da bombyx disparate, suspendae comme je viens de le dire, reconnatt Papproche d'un ichneumon qui vient pour la percer de son aiguillon et déposer ses œufs dans son corps. Dans ce pressant danger, notre chrysalide tourne sur elle-même, si longtemps et avec une telle rapidité, qu'elle fatigue et éloigne son ennemi.

• Les êtres qui opèrent ces évolutions, qui, aa premier abord, semblent le résultat d'une suite de raisonnements, sont des espèces d'œufs, comme je l'ai dit : ouvrez-les, et vous trouverez une bouilhe n'offrant aucune apparence d'organisation.

• Chaque espèce d'insectes est pourvue d'or* ganes et de stimulants^ particuliers, vu que chaque espèce a des missions particulières à remplir ; et ces missions sont nombreuses pour chacune d'elles. En effet, le moindre insecte a des rapports avec la lumière qui l'éclairé, le colore et lui fournit, par l'intermédiaire des végétaux, la force dont il a besoin; avec l'air oui le soutient dans son vol et dans lequel il puise Poxygène ; avec tout le règne végétal pour leauel il recompose le gaz acide carbonique; avec ta plante dont il se nourrit, avec l'oiseau auquel il sert de pâture, avec tout ce qui l'environne, tout ce qu'il anime, tout ce qu'il embellit par ses cris, ses couleurs, ses allures. Sa larve, à son tour, a des rapports non moins multi-

Sliés ; et tous ces rapports exigent des organes et es stimulants spéciaux dont le Créateur l'a pourvu avec libéralité.

« Nous sommes entré, je pense, dans assez de détails; nous avons cité un assez grand nombre de faits concluants pour être en droit d'affirmer, à l'égard des animaux, comme nous l'avons fait à l'égard des minéraux et des végétaux :

Blî TRAVAIL. 77

« i« Qae Dieu a donné à icm les êtres animés les organes, les forces et aussi les stimulants dont ils avaient besoin pour accomplir leurs destinée».

• 2» Que Dieu a été économe de ressorts à Tondroit des animaux, puisque nous ne remarquons en eux aucun organe, aucun instinct inutile, et que, bien plus, les stimulants leur sont retirés quand la tflche qu'ils ont mission de faire exécuter est accomplie.

« Il nous reste à rechercher maintenant quelle est la destinée du genre humain et quels sont les instruments dont le Créateur Ta gratifié pour Taccompiir. Mais auparavant rendons un tribut d'admiration et de reconnaissance au Tout-Puissant qui a attaché le plaisir à Texercice des stimulants, à la satisfaction aes besoins qu'il a distribués à ses créatures ; de telle sorte que le plaisir se trouve être la récompense de la créature obéissant aux ordres du Créateur. »

Le professeur ayant passé son manuscrit à un de ses voisins, avec prière de continuer la lecture, le pharmacien profita du momept de silence qui se fit, pour prenare la parole.

Messieurs, dit>il, les propositions dont M. le professeur vient de nous donner les démonstrations, sont tellement d'accord avec la justice du Créateur, qu'elles doivent ôlre vraies d'une manière absolue : au reste, toutes les sciences confirment les preuves que nous venons d'entendre. Le botaniste qui voit une plante pour la première fois reconnaît à son feuillage, à sa tige, à ses racines, etc., si elle crott sur le bord des eaux ou sur les rochers escarpés, si elle se plaît dans les lieux découverts ou à l'ombre des forats. t^otre |[rand Guvier, en examinant des os fo^^

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ailes, pouvait dire ai l'animal dont iia composaient une partie de la charpente, avait été herbivore, insectivore ou carnassier, a'il avait habité les montagnes ou les marais ; il pouvait, en un mot, décrire, à Tinspection do quelques os, les instincts et les mœurs d'un animal dont l'espèce avait disparu de la surface de la terre depuis un graad nombre de siècles : tant les rapports entre les or* ganes, les stimulants et les destmées sont parfaits. Et, sans être un Guvier, qui de nous, mes* sieurs, en apercevant pour la première fois,

Perché snr ses longs pieds, allant je ne sais oii,* Un héron au long Dec,*eminanché d'un long cou,

comme dit notre inimitable fabuliste, qui de nom n'affirmerait, sans crainte de se tromper, que le héron est un oiseau de rivage destine à chercher sa nourriture dans les eaux stagnantes, où il a pour tâche de pécher les poissons, les reptiles et les vermisseaux qui s'y trouvent prisonniers et dont les cadavres se déicomposeraient sans pro6t, en répandant des miasmes pestilentiels quand la ohaleur aurait mis la vase à sec?

Le Docteur : Dieu accorde à ses créatures tout ce qui leur est nécessaire pour accomplir leurs tâches. Vous avez, monsieur, démontré ma* thématiquement cette première proposition, du moins en ce qui concerne les minéraux, les plantes et les animaux, ces organes de la vie universelle* Permettez-moi d'observer, en passant, que votre proposition n'est pas moins vraie si on considère isolement les organes d'un être quelconque ; car on les trouve toujours merveilleusement ai^[>ro^ priés à la fonction, ou, pour parler plus exacte* ment, aux fonctions dont ils sont chargée. Ainsi

l'oreille est admirablement propre à l*«uditioii, et aucnn instrument d'optique n'approchera jamaia de la perfection de ToDii.

Quant à votre deuxième proposition : Dieu m crée pas de ressorts inutiles, elle est tellement hors de doute pour les savants, que les anatomistes qui ne pouvaieiit découvrir la fonction de la rate, se sont bien gardés d'en conclure que la rate était inutile ; ils savaient qu'un organe est nécessaire par cela seul qu'il est : s'il ne tonctionnait pas, il s'oblitérerait, il s'annihilerait.

Le Juge de paix : Je conviens, monsieur le professeur, que vos deux premiers théorèmes me paraissent parfaitement démontrés ; mais voua en avez avancé un troisième, vous avez dit : le Créateur a attaché le plaisir à l'exercice des stimulants; auriez- vous la bonté, avant de reprendre la lecture de votre manuscrit, de nous donner quelques exemples à l'appui de cette dernière proposition, qui n'est pas pour moi aussi évidente que les autres.

Le Pbofesseub : Volontiers : les végétaux, avons- nous dit, ont pour principale mission de décomposer la lumière et d'en absorber les rayons chimiques. Eh bien! ils souffrent évidemment dans l'obscurité ; placés dans un lieu qui ne reçoit le jour que par une ouverture, ils s'inclinent vers cette ouverture et font de visibles efforts pour se

Î>rocurer la lumière dont ils ont besoin : ils s'étioent et meurent s'ils en sont privés trop longtemps. Plusieurs plantes s'épanouissent quand le soieil leur envoie sa vivifiante chaleur, comme le font les houppes nerveuses chez les animaux pour percevoir les sensations agréables. Les mêmes plantes resserrenti an çoi)tr$iire, leurs Denrs et leurs fboiUae

et paraissant souffrir quand elles sont frappées d^on vent glacial.

En un mot : les végétaux languissent lorsque des circonstances défavorables les empêchent de remplir quelqu'une de leurs fonctions. Hs éprouvent donc bien-être ou mal-être, selon qu'ils peuvent ou ne peuvent pas accomplir leurs destinées. Mais en ont-ils conscience? on l'ignore; à la rigueur on peut le croire.

Si la question du sentiment de plaisir attaché à l'accomplissement de la fonction est obscure par rapport aux plantes, elle est de toute évidence à l'égard des animaux, et surtout des animaux les plus élevés sur l'échelle des êtres.

En effet, personne ne met en doute gue la satisfaction des stimulants, faim ou yoif, amour, amour maternel^ ne soit pour les animaux un véritable plaisir, et que l'impossibilité où ils se trouvent parfois de satisfaire l'un ou l'autre de ces besoins ne leur cause un ennui, une souffrance qui amène la maladie et quelquefois la mort.

Nous devons croire par analogie, et en remar* quant l'ardeur apportée par les animaux à l'accomplissement de toutes leurs fonctions, que tous les stimulants sont pour eux des causes de plaisir ou de souffrance, selon qu'ils peuvent ou non s'exercer et se satisfaire; nous devons donc conclure aussi gue le bonheur se trouve dans l'accomplissement intégral de la destinée.

Vous ne comprenez pas bien celte conséquence, dit le professeur répondant à un de ses voisins ; elle est cependant bien simple, bien évidente : écoutez.

Il n'est point dA stimulant inutile, n'est-il pas vrai? tous ont un but, une lâche à faire exécuter.

Or, là destinée d'une créature n'étant rien autre chose que l'ensemble des tâches qui lui sont confiées par la Providence, il s'ensuit que quand un être accomplit sa destinée intégralement, aucun de ses stimulants n'est privé d'exercice et ne cause de douleur, mais qu'au contraire tous sont nécessairement exercés et causent le plaisir ; en d'autres termes, une créature remplissant sa destinée trouve l'occasion de satisfaire tous ses besoins, tous ses désirs physiques et affectifs.

Nous conclurons aussi que la créature rencontre le mal, l'ennui, la douleur, lorsqu'elle s'écarte de sa destinée, parce que, en dehors de sa voie, SOS besoins, ses penchants se trouvent inévitablement froissés.

Le bonheur est donc, comme je le disais, la récompense attachée à l'obéissance aux ordres du Créateur; tandis que la douleur, la souffrance, sont des avertissements destinés à rappeler la créature à ses fonctions. Les douleurs sont d'autant plus vives que l'individu ou l'espèce, si la tâche est col lective, s'écarte davantage de sa destinée.

Il devait, au reste, en être ainsi; car Dieu, tout bon et tout puissant, ne pouvait créer la douleur sans nécessité. Ayant à choisir entre l'attrait et la contrainte, pour faire exécuter ses ordres, le Créateur devait opter pour l'attrait et réserver la souffrance pour les cas d'obstination dans la désobéissance.

Personne ne faisant plus d'observations, l'ami du professeur reprit la lecture du manuscrit.

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