SUITE DU MANUSCRIT
S — DESTixNEE TERRESTRE DE L HUMANITE.
Dieu Iva bénît, et il lear dit : Croifset et multiplies tous: 1 emplisses la terre, et tous l'assujettissez; et dumlutz sur tous les animaus.
Gtntte, chap. I. »
« Nous croyons avoir démontré d'une manière înconteslable ces deux propositions :
« i^ Le Créateur donne à tous les êtres les forces, les organes et les stimulants nécessaire^ à Paocomplissement de leurs tâches.
« 2® Le Créateur est avare de ressorts; il ne donne, par conséquent, à ses créatures aucune force, aucun organe, aucun stimulant inutile.
« On conçoit d'ailleurs àpriori qu'il doit en être ainsi, car il serait infiniment absurde, il serait impie de supposer que Dieu exigeât de sa créature des actes qu'il ne l'aurait pas mise à même d'accomplir, ou qu'il lui donnât des besoins, des désirs qu'il lui fût impossible de satisfaire.
« Ces vérités étant bien établies, je suis en droit d'aflQrmer cette autre proposition, qui est un corollaire évident des doux premières : Les besoins et la destinée d'une créature quelconque sont toujours dans un rapport exact, de i^orte qu'on peut découvrir un des termes, la destinée par exemple, quand on connaît l'autre terme, les besoins.
« Tout ce que nous avons dit démontre encore qu'un 4^^^ vivant accomplit sa destinée en agissant
sur l«s objets extérieurs, en les modifiant pour satisfaire ses besoins.
« Certain de la vérité de ces propositions, abordons la thèse essentielle, celle de la destinée terrestre de rhomme, et, pour y parvenir, recherchons quels sont les besoins que le Créateur lui a donnés.
« Il est inutile, je pense, de faire observer qu'il n'est ici nullement question de notre destinée future, de celle qui nous attend au-delà du tombeau.
« De tous les habitants de la terre, l'homme est sans contredit celui dont les besoins sont les plus nombreux.
« En effet, l'homme habite toutes les parties du globe, à peu d'exceptions près, les zones brûlantes et les zones glaciales ; et cependant il naît d'une faiblesse extrême et sans aucun vêtement, tandis que les animaux sont couverts d'autant mieux qu'ils habitent des contrées plus froides. La bonne et prévoyante nature porte môme la solliciludo jusqu'à revêtir de fourrures plus chaudes, à l'approche de l'hiver, les espèces qui n'émigrent pas.
« L'homme n'apporte pas, en venant au monde, son habitation, comme font la tortue et l'escargot; il ne sait pas instinctivement bâtir un nid, comme l'hirondelle, ou creuser un terrier, comme le renard ; et cependant nulle créature n'a un égal besoin de refuge contre ses ennemis et contre l'intempérie des saisons.
« L'homme n'a pas même reçu, comme les animaux, des armes offensives ou défensives.
• Il est donc forcé de tout créer, armes, logement, vêtement et nourriture. Je dis nourriture, car s'il existe quelques contrées favorisées du ciel , où l'homme se procure sans peine des fruits savoa-
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reax et' abondants, il n'en est pas moins vrai qsfil mourrait de faim, sur la moitié de la terre, s'il était réduit aux fruits aai y croissent spontanément. « La nourriture de Vhomme n'est pas bornée à une seule plante, comme elle l'est pour une foule d'animaux ; mais s'il peut se nourrir d'un jg;rand nombre de végétaux, il est forcé de faire subir à la plupart d'entre eux une préparation, la cuisson ordinairement, sans laquelle ils ont pour son palais une saveur repoussante.
* L'homme est aussi camivore; ses dents et ses intestins l'attestent. Il mange de presque toutes les espèces d*animaux terrestres et aquatiques ; néanmoins la viande crue lui répugne. Quelques médecins prétendent môme qu'elle est pour lui un poison. Quoi qu'il en soit, l'homme le plus sauvage fait subir à la chair des animaux une préparation avant de s'en nourrir; illacuit, la boucane, la sale, la fume ou la confit.
* Et non-seulement l'homme éprouve.fceaucoup plus de besoins que toutes les autres créatures, mais ses besoins sont encore bien plus exigeants que les leurs.
« Ainsi, tandis que les animaux ne convoitent pas d'autres vêtements, d'autres mets que ceux ui ont de tout temps fait les délices des individus e leur espèce, tandis qu'ils ne cherchent pas à perfectionner leurs tanières, à embellir leurs nids, rbomme, au contraire, se sent incessamment tour* mente du désir d'améliorer tout ce qui sert à ses besoins. Voyez plutôt :
« Les végétaux sauvages et la chair des animaux, même préparés par la cuisson, ne suffisent pas longtemps à nos désirs. Il nous faut des mets plus raffinés; et, dès que nous le pouvcws^ les pro<
ikiitëdes terrtid ôt des mers du monda etHiefi per« feetionnéâ par une culture savante et prét)aré3 de mille matières ingénieuses, couvrent nos tables, sur lesquelles Teau cède la place aux vins les plus généreux et les plus exquis, aux liqueurs de toute espèce.
* Les péftOi d'animaui servent de vêtement à rhomme dans Tenfance des sociétés ; mais le besoin de propreté, le désir de fixer l'attention, Tenvie de plaire, la coquetterie enfin, lui font bientôt inventer des tissus de toute nature, et les étoffes !es plus précieuses lui deviennent nécessaires.
* L't^aoitationdè Phomme qui, dans le principe, était ufte caverne, devint successivement hutte, cabane, maison, palais, et Tarchitecture enfanta des prodiges pour le loger : les marbres les plus rares furent mis en œuvre pour élever sa demeure, que la sculpture, la peinture et tous les arts travaillèrent à l'envl à embellir.
m En un mot, nos besoins deviennent toujours de plus en plus exigeants ; et, pour les satisfaire, nous mettons à contribution tous les règnes de la nature, tandis que les animaux ont aujourd'hui les mêmes besoins, ni plus ni moins, que ceux éprouvés par leurs pères dès la création.
* Nous pouvons donc afSriner, sans crainte de nous tromper, que la destinée terrestre de Thomme Mt le ttavail appliqué à tout le mobilier de notre globe ; aux minéraux, pour se procurer les métaux, les pierres, les plâtres, etc., etc.; aux plantes pour les multiplier par la culture et en créer, pour ain$i dire, de nouvelles espèces, bien supérieures en qualités à celles qui croissent spontanément ; pour perfectionner letfieurây à la beauté et au parfum dosqnellet Tliomm» MOl est sensible; aos animaax,
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enfin, pour conserver et améliorer les races qui lui sont utiles et détruire celles qui lui sont nuisibles.
« Ainsi la mission de rhomme est d'orner, d'embellir, de féconder la terre que Dieu lui a donnée à gouverner, comme dit la Bible. Il doit y faire régner Tabondance et Tordre, conditions indispensables pour qu'il puisse satisfaire complètement ses besoins.
« Recherchons maintenant quels sont les forces, les instruments et les stimulants qae nous avons reçus; ils doivent être puissants, ils doivent être sublimes pour suffire à la tâche immense, glorieuse, et pour ainsi dire, divinedont nous sommes chargés.
• L'homme est doué d'une force musculaire con- • sidérable et relativement supérieure à celle des animaux. Le Créateur lui a fait présent, pour utiliser cette force, d'un instrument matériel, la main^ instrument admirable avec lequel il peut remuer de très lourds fardeaux et façonner les objets les plus délicats.
« L'homme a reçu un instrument immatériel, la mémoire, faculté étonnante qui lui donne la possibilité d'acquérir de l'expérience, de perfectionner ses travaux et de faire profiter les autres hommes de ses progrès.
« Le Tout-Puissant nous a fait surtout un don merveilleux : il nous a accordé Vintelligence, p: incipe divin, à l'aide duquel nous découvrons et mettons à profit les lois de la nature, que nous nous efforçons sans cesse de pénétrer, car nous sommes pétris d'un désir insatiable de savoir.
« Remarquons, en passant, que si l'attraction suffit à la matière brute pour accomplir ses destinées, les végétaux ont besoin d^attraction et de force. Les animaux ne peuvent se passer (Vattrac-
tion, de force et de stimulants, et rhomme, d'attrac-' tioriy de force, de stimulants et dHntelligence.
« La tâche humanitaire étant immense et la force physique de l'homme ne pouvant y suffire, le Créateur a placé sous notre main des forces bien supérieures à la nôtre et dont nous disposons à notre gré. Ainsi nous trouvons des aides courageux et robustes dans les bétes de somme, animaux si dociles à la voix faite pour leur commander, qu'un troupeau de bœufs obéit à un faible enfant.
«Nous avons dans le chien un serviteur, un compagnon intelligent et dévoué jusqu'à la mort, prêt à nous défendre contre nos ennemis et habile à nous seconder à la chasse et à la garde de nos troupeaux.
« L'intelligence de l'homme a su lui soumettre d'autres forces; il emploie, pour confectionner ses vêtements, élever et orner son habitation et fabriquer ses armes, des machines ingénieuses qui centuplent ses bras et auxquelles le mouvement est imprimé par les chutes d eau, les marées, les vents, la vapeur, l'électricité, etc.
« Enfin la Providence a mis au service de l'homme, et de l'homme seul, attendu que seul il en avait besoin, un agent d'une puissance merveilleuse, le feu, Â l'aide de cet agent, nous préparons DQP niirnents, nous façonnons les métaux, ces substances Si -^mirablement appropriées à nos besoins, nous no'is soumettons tout ce qui est sur la terre.
« Proclamons-lo donc avec reconnaissance : si la tâche confiée à l'humanité est immense, immenses aussi sont les forces et les instruments mis à sa disposition ou que son intelligence a rcgu le pou* voir de créer.
« Avant de rechercher quels août les stimulants destinés à pousser rhomme au travail dont il est chargé, disons un mot de quelques instincts qui lui étaient indispensables.
« L'humanité, appelée à régir sa planète, son beau domaine, devait en occuper la surface entière. Voilà pourquoi le Créateur a mis au cœur du roi do la terre Vamour du pays natal, si violent chez un srand nombre d'individus, que l'absence prolongée des lieux de leur naissance leur cause celte triste maladie, la nostalgie, qui les conduit souvent à la mort.
«Cet amour du pays était en effet nécessaire pour empêcher les peuples de se précipiter tous vers les contrées les plus favorisées du cieî ; et c'est là si évidemment sa mission, que l'amour du pays est généralement d'autant plus vif chez l'homme qu'il habite une contrée phis pauvre et où la vie est plus difficile : efifet opposé à ce désir de bien-être, si impérieux chez tous les êtres sensibles.
«Mais, d'un autre côté, rœovre humanitaire étant commune à tous les hommes, puisqu'elle est nécessaire à tous, les peuples doivent se concerter pour l'accomplir. Voilà pourquoi la nature inspire a quelques individus un besoin tout différent de l'amour du pays : le désir de voir et Vhumeur tnquiète, comme dit notre bon La Fontaine. Ce désir pousse les personnes qui l'éprouvent à voyager, à servir de lien entre les nations, à faire progresser les peuples vej-s l'unité. Et remarquons-le bien, ce besoin ne se fait sentir qu'aux peuples placés à la tète du progrès et chargés, en conséquence, d'être les initiateurs de leurs frères moins avancés.
« N'est-ce pas encore en vue de l'unité humaine
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que le Créateur a dolé chaque contrée de produits aidRéreots, sources éternelles d'échanges et de jouissances multipliées? N'est-ce pas dans le même but que les habitants des zones peu fertiles ont reçu, par compensation , une forte dose d'activité et de génie inventif, qui les entraine à confection* 9er les objets destinés aux vêtements , afia de les échanger contre les produits du sel des pays isrôridionaux?
« L'unité préchée par le Christ est si bien l'état vers lequel tend l'humanité, que toutes les institutions poUtiques et sociales produisent le bien à proportion Qu'elles font faire aux peuples entre eux, et s^ux diverses classes du même peuple, plus de progrès vers l'association et la solidarité , et produisent, au contraire, d'autant plus de mal qu'elles isolent davantage les hommes. J'aurais mille preuves à apporter à l'appui do cette vérité» mais elles m'éloigneraient trop de mon sujet : je reprends.
« La tâche humanitaire se compose de travaux d'une variété infinie ; voilà pourquoi les hommes ne naissent pas tous avec les mêmes goûts, les mêmes aptitudes , bien différents en cela des animaux dont tous les individus, dans chaque espèce» éprouvent des besoins identiques. Le Créateur donne, au contraire, à chacun de nous des désirs et des vocations particulières : les uns éprouvent instinctivement un goût décidé pour la musique» la poésie, la peinture; les autres pour les mathématiques, les sciences exactes; ceux-ci pour la mécanique, les constructions, les travaux manuels; et presque tous pour le jardinage ou quelque autre branche de la culture.
« Et chacun de nous apporte en naissant plu-
siears vocations, parce que les travaux les plus essentiels, ceux de la culture de la terre, ne réclament les bras que pendant une partie de Tannée. Or, le grand économe ne multiplie pas inutilement les ressorts; si donc un homme peut suffire à dix travaux différents, Dieu ne créera pas dix hommes pour les exécuter ; il donnera à un seul individu dix vocations pour ces divers travaux.
« Nous sommes autorisés à croire qu'il y a des vocations pour tous les travaux et en nombre proportionnel aux exigences réelles de ces travaux; car s'il en était autrement, ce serait la première fois que nous trouverions la nature imprévoyante. N'est-il pas vrai, d'un autre côté, que les arts les plus utiles , réclamant le plus grand nombre de Dras, la culture, la mécanique, les constructions, et parmi les beaux-arts la musique, sont , plus qu'aucun autre, du goût des enfants? Or, nous devons étudier les intentions du Créateur chez Ten* faut dont les penchants natifs, n'étant pas faussés encore, peuvent facilement se reconnaître.
« L'homme a reçu plusieurs autres instincts dont nous parlerons à l'occasion.
« Passons maintetiant à la recherche des stimulants chargés de pousser l'homme à faire usage des forces et des instruments dont il dispose, et tâchons de découvrir de quelle manière ces stimulants l'attirent vers là noble tâche que Dieu lui a confiée. >