III. Protection des femmes et des enfants
b) Enseignement technique agricole;
c) Logement et couchage des travailleurs agricoles;
d) Garantie des droits d’association et de coalition;
e) Protection contre les accidents, la maladie, l’invalidité et la vieillesse;
3° a) Désinfection des laines contaminées par les spores charbonneuses;
b) Interdiction de l’emploi de la céruse dans la peinture.
4° Le repos hebdomadaire dans l’industrie et le commerce;
5° a) Interdiction de l’emploi de toute personne âgée de moins de 18 ans du travail des soutes et des chaufferies;
b) Visite médicale obligatoire des enfants employés à bord des bateaux.
On remarquera que la plus importante de ces rubriques, celle qui donnera à la Conférence de Genève son caractère général, et celle qui a trait au travail agricole.
Dans sa session de janvier, en même temps qu’il décidait de consacrer la Conférence de Gênes au travail maritime à l’effet d’appliquer à celui-ci les décisions prises à Washington, le Conseil d’administration déclarait qu’il y avait lieu de faire un effort analogue pour les travailleurs du sol. D’autre part, un certain nombre de sujets particuliers devaient être joints à ce problème d’ensemble: l’enseignement technique, l’hygiène, les droits d’association et de coalition, les assurances sociales, etc...
D’ailleurs, la Conférence de Washington avait discuté la motion suivante:
« Il est décidé qu’un projet de Convention internationale du travail pour la protection des salariés agricoles sera soumis à la Conférence internationale du travail de 1929. »
Cette proposition, il est vrai, ne put être adoptée, le quorum n’ayant pas été atteint.
Des préoccupations du même ordre s’étaient déjà manifestées au sein de la Commission de législation internationale du travail à la Conférence de la paix. Extérieurement à l’Organisation internationale, des revendications de cet ordre ont été à de nombreuses reprises formulées par les groupements professionnels de travailleurs agraires.
Il est évident d’ailleurs — et nous ne croyons pas nécessaire d’en faire ici longuement la démonstration — que la réglementation du travail agricole est l’indispensable complément de l’œuvre entreprise à Washington en ce qui concerne les entreprises industrielles, et à Gênes pour les services maritimes. Il serait inadmissible qu’une catégorie de salariés, dont le nombre et l’importance dans l’économie générale sont considérables, puisse être tenue à l’écart des autres travailleurs et se voir refuser les garanties et les avantages accordés aux autres. Il faudrait un esprit borné au delà de toute vraisemblance pour soutenir une pareille thèse, dangereuse même pour l’industrie agraire. Est-ce bien au moment où l’on dénonce la désertion des campagnes, où les conservateurs se plaignent amèrement que les salariés terriens se dirigent en grand nombre vers les villes, que l’on peut refuser à ces travailleurs les droits dont jouissent les ouvriers des autres corporations? Du reste, quels arguments de droit pourrait-on invoquer pour contester la légitimité de l’effort demandé à la prochaine Conférence de Genève?
Celle-ci a une œuvre considérable à accomplir. Qu’elle réussisse — et l’on ne doutera point que les
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travailleurs de toutes les catégories s’y emploieront de toutes leurs forces — elle complétera le premier effort d’organisation générale du travail à travers le monde, le premier statut juridique commun aux travailleurs de tous les pays, la première tentative pour élever au niveau des pays les plus industriels, où l’organisation ouvrière a déjà acquis une puissance efficace, les masses laborieuses des nations encore en retard.
A cet exposé, il faut encore ajouter rapidement le rappel des actes du Bureau international en vue de l’application des décisions prises à Washington touchant la situation des travailleurs étrangers dans les différents pays.
La première Conférence générale avait adopté la résolution suivante:
« Il est décidé que le Conseil d’administration du Bureau international duTravail constituera une Commission internationale, laquelle, tout en respectant pleinement les droits souverains de chaque Etat, doit faire rapport sur les mesures à adopter en vue de réglementer les migrations des travailleurs hors de leur pays d’origine, et de protéger les intérêts des salariés résidant dans un autre pays que leur pays d’origine.
« Ladite Commission devra présenter son rapport à la session de 1920 de la Conférence internationale.
« La représentation des Etats européens à la Commission sera limitée à la moitié du nombre total des membres de la Commission. »
La Commission, dont la résolution ci-dessus indique les attribùtions principales, a reçu également mission d’étudier les questions relatives aux deux recommandations de Washington concernant le recrutement collectif des travailleurs dans un pays en vue de leur emploi dans un autre, et la réciprocité de traitement à accorder aux travailleurs étrangers.
La décision rapportée ci-dessus limitait à la moitié au maximum le nombre des membres européens
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de la Commission pour donner une représentation convenable aux pays d’émigration et d’immigration les plus directement intéressés en ces matières, et c’est ainsi que la constitution de cet organe a été fixé comme suit par le Conseil:
Président: Un délégué du Gouvernement britannique;
Vice-Président : Un représentant du Gouvernement italien;
Membres : Un représentant de chacun des pays suivants; pour les gouvernements: le Brésil, le Canada, la Chine, la France, le Japon, l’Inde; pour les employeurs: l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Espagne, la Grèce, la Tchéco-Slovaquie, la Suisse; pour les ouvriers: l’Allemagne, l’Australie, les Etats-Unis, la Pologne, l’Italie et la Suède.
La Conférence de 1920 ayant été exclusivement consacrée au travail maritime, c’est à la prochaine Conférence de Genève que la Commission devra présenter son rapport. A cet effet, elle se réunira avant la date fixée pour l’ouverture de l’Assemblée générale.
Problèmes d’avenir
Si limité, si sommaire même qu’on ait pu le faire dans ce cadre restreint, cet exposé de l’origine et du fonctionnement des rouages constitutifs de l’Organisation internationale du Travail permet pourtant d’établir déjà des conclusions certaines.
La première, c’est que son activité même, le nombre et l’importance des matières qui lui ont été soumises, l’autorité qu’elle a réussi à s’assurer au cours d’une première année d’existence montrent sans conteste possible que l’Organisation internationale
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répond à des besoins dans la situation où se trouve à l'heure présente l'économie mondiale.
Dans une large mesure, elle a répondu aux désirs des organisations ouvrières et ceci explique suffisamment les appels de plus en plus nombreux qui lui sont adressés de toutes parts, ainsi que les décisions du récent Congrès syndical international de Londres qui n’a pas voulu s’arrêter aux critiques superficielles sur l’action menée par le Bureau international.
Quelles étaient ces critiques, souvent rappelées sans d’ailleurs qu’on ait cherché à les justifier autrement que par un recours à des formules plus ou moins vagues?
On a dit que le Bureau international, que les Conférences internationales sont des organes de « collaboration de classes ». Rien de plus simpliste que cette façon de voir.
Collaboration de classes? C’est alors donner à ces termes une signification bien élastique, bien dangereuse, même pour ceux qui l’emploient. Car si l’on pouvait admettre que cette objection soit fondée, ne le serait-elle pas autant et même davantage, contre ceux qui préconisent l’action parlementaire, collaborent dans les Chambres avec des partis bourgeois, votent des lois bourgeoises, aident au fonctionnement du régime bourgeois beaucoup plus sûrement tout de même que les délégués ouvriers de l’Organisation internationale du Travail?
Un minimum de logique 11e serait pas déplacé ici!
Mais, en vérité, ce terme même est parfaitement inexact. Il n’y a pas plus « collaboration de classes » dans les divers rouages de l’Organisation internationale du Travail que dans les pourparlers qui s’établissent régulièrement, constamment, nécessairement entre les représentants des organisations syndicales et les employeurs lorsqu’il s’agit de régler des conditions de salaires, d’horaires, de règlements, que cela se produise ou non au cours d’un conflit,
qu'il s’agisse de terminer une grève ou de régler sans cessation de travail des différends survenus entre le capital et le travail.
Il n'y a, dans les Conférences internationales, ni confusion, ni abdication. Ce que nous avons dit des débats de Washington et des discussions de Gênes montre que l’accord, loin d’avoir été facile, ne s’est établi qu’après des controverses très vives et des oppositions difficiles à résoudre. Ni les patrons, ni les employés, lorsqu’ils ont enfin adopté un projet de Convention, n’ont renoncé pour cela à leurs pensées. La nécessité d’une entente s’était imposée à eux. Ce qui s’était produit, et qui se reproduira encore, c’est que les employeurs eux-mêmes ont dû admettre l’existence des conquêtes acquises par la classe ouvrière, comprendre que les travailleurs n’entendent point y renoncer, qu’ils veulent les développer, au contraire; c’est surtout qu’ils ont dû reconnaître l’intérêt direct que présente pour eux une réglementation générale supprimant des possibilités de concurrence déloyale... Mais cela même est-il neuf? Il n’y a qu’à consulter pour se rendre compte qu’à l’origine de la réglementation du travail, des mouvements d’opinion qui ont abouti à limiter dans une certaine mesure l’exploitation de l’homme par l’homme, on trouve des patrons qui avaient compris la nécessité de cette réglementation obligatoirement appliquée à tous.
Projetée sur le plan international, la situation conserve un caractère semblable. L’intérêt, pour nous, nous n’avons cessé de le dire, n’est pas tant dans les avantages que l’Organisation internationale peut procurer aux travailleurs des pays les plus développés qu’à ceux des pays encore en retard, qui sont inorganisés, incapables de conquérir par eux-mêmes les garanties acquises à leurs camarades, et qu’il importe pourtant d’amener au même niveau que ceux-ci.
Raison de justice et d’humanité, avons-nous dit :
il n’est pas indifférent que les coolies hindous ou les ouvriers nippons soient soustraits à leur servage, cessent d’être soumis à des conditions de travail et d’existence lamentables. Raison nécessaire de l’application des réformes industrielles dans les pays les plus favorisés, car ces réformes acquises seraient sensiblement compromises si ces pays neufs, disposant d’une main-d’œuvre considérable, pouvaient maintenir une exploitation sans limites de leurs forces travail et mettre ainsi en état d’infériorité les nations industrielles. Raison d’organisation ouvrière, enfin, car l’accession à l’organisation des travailleurs de ces collectivités retardataires, leur adhésion au mouvement ouvrier international ne s’établira qu’après qu’ils auront été soustraits par notre effort aux impossibilités qui pèsent encore sur eux.
Ainsi, loin d’être un renoncement à notre action et à notre idéal, la participation aux travaux de l’Organisation internationale du Travail est pour nous une condition de notre activité générale.
Et il n’y a pas non plus de « collaboration de classes » dans le fait que six délégués ouvriers, représentants directs de l’Internationale syndicale, font partie du Conseil d’administration du bureau. Il n’y en a pas davantage dans la participation de représentants salariés à des « Conseils d’entreprise » en rapports directs et constants avec les employeurs.
Pour maintenir d’ailleurs une semblable thèse, il faudrait commencer par faire plus que contester la valeur des réformes ouvrières, il faudrait dire qu’elles sont nuisibles, qu’elles sont contre-révolutionnaires, qu’elles ne font que gratiüer le régime actuel. On admettra qu’ici nous n’ayons point à discuter des manifestations diverses de l’illuminisme catastrophique et à montrer que même ses adeptes ne cessent de contredire par leurs actes une pareille conception.
La participation ouvrière
La question de la participation ouvrière pourrait se poser s’il était admis que l’activité du Bureau doive se substituer à l’action des groupements professionnels ouvriers, si nous avions la naïveté de supposer qu’elle réalisera la transformation sociale, but du syndicalisme.
Il n’en est rien, bien au contraire. Loin de supposer que la réglementation du travail et le fonctionnement des organismes appelés à la réaliser soit une négation ou simplement une diminution de la force ouvrière, nous considérons qu’ils doivent ajouter à nos efforts des possibilités nouvelles, les renforcer et les étendre.
Nous allons même plus loin. Nous disons que ces organismes valent dans la mesure où les syndicats les appuient.
Il n’est besoin que du bref historique de leur . origine pour se rendre compte qu’ils ont été créés sous l’impulsion ouvrière. Leeds, Stockolm, Berne ont témoigné de cette aspiration. Si le syndicalisme ouvrier international avait refusé de participer à cette activité, aurait-elle donc été possible ? Si les délégués ouvriers à la Conférence originale de Washington n’avaient pas mis toute leur volonté à aboutir à ses résultats précis, suppose-t-on qu’elle aurait eu son succès ?
Nous avons montré que la représentation ouvrière a été assurée par la Fédération syndicale internationale. Les délégués des Centrales affiliées — l’organisation mondiale du mouvement ouvrier — ne représentaient pas que leurs organisations respectives; leur entente et leur discipline leur ont permis de défendre, non pas individuellement les intérêts des travailleurs de tel ou tel pays, mais ceux du prolétariat universel au nom de qui ils étaient qualifiés pour parler. C’est un internationalisme effectif
que celui-là, non pas composé de formules, mais mu par une volonté d’agir et de réaliser.
Les organisations ouvrières ne s’y sont pas trompées. Elles ont compris toute l’importance de cette action et surtout toute l’importance du rôle que leur cohésion devrait leur permettre de réaliser. Les expériences d’une année que nous avons rappelées, n’ont en rien infirmé cette conception et le Congrès international syndical de Londres en apportait récemment une preuve directe.
S’il en fallait une autre, nous la trouverions sans peine maintenant dans le fait, impossible à nier, que des tentatives sournoises sont dirigées contre le Bureau international du Travail, que par exemple les <c agrariens » des pays d’Europe sont, à l’heure actuelle, partis en campagne contre la prochaine conférence internationale et les projets de réglementation du travail agraire...
Les critiques des adversaires de ces organismes pourraient ainsi, sans peine, être retournées contre eux? S’il était vrai que la participation à l’Organisation internationale du Travail soit une « collaboration de classes » profitable aux adversaires des travailleurs, quelles raisons la classe adversaire auraitelle de la combattre, de la miner? Si les réformes réalisées déjà par elle sont un renforcement du capitalisme, quelle absurdité n’est donc pas celle des capitalistes qui les attaquent et essaient de les reprendre ?
Raisonnements simplistes que ceux auxquels on pourrait ainsi répondre! Mais aussi raisonnements désastreux. Cette « collaboration » qu’ils incriminent n’est-elle pas, au fond, bien plutôt dans cet accord de leurs critiques négatives avec les attaques destructives des adversaires qu’ils prétendent combattre ? '
Pour l’Organisation internationale du Travail, comme pour la Société des Nations, ces propositions négatives aident à la besogne de ceux qui ne veulent
d’aucune action internationale, d’aucun organisme susceptible de changer les conditions mondiales. Quand ces efforts ennemis mais conjugés ont abouti à diminuer, à réduire à peu de chose l’idée de la Société des Nations, nous avons entendu crier devant cet échec provisoire : « Vous voyez bien que votre conception ne valait rien, que votre idéal était mort-né ! » Nous n’avouons rien, nous ne renonçons à rien, nous constatons que ce serait un pitoyable triomphe que celui-là s’il était sans recours...
Mais nous ne pensons pas que cela soit, justement parce que la volonté ouvrière a pris à son compte cet idéal et parce qu’elle s’emploie, sur son terrain d’action propre, à le réaliser.
C’est précisément parce que nous avons la volonté de poursuivre ce but que nous entendons continuer notre collaboration à ces organismes. Nous ne pouvons pas ignorer que si la force ouvrière lui manquait, son action et son efficacité tomberaient au niveau médiocre des institutions bienveillantes d’avant-guerre. Il ne nous appartient pas de donner notre aide aux calculs faits d’un autre côté. Nous n’avons pas le droit de provoquer cette faillite. Nous avons au contraire le devoir sûr d’augmenter encore notre influence pour que l’institution nouvelle serve mieux encore la confiance qu’ont mis en elle les travailleurs.
Développement indispensable
En dehors même de son ordre du jour régulier qui a trait à la réglementation proposée du travail agricole, une question d’ordre intérieur est soumise à la prochaine Conférence internationale de Genève. Elle a trait à la réorganisation du Conseil d’administration du Bureau international du Travail.
A Washington, la représentation à ce Conseil avait été organisée sur la même base que la représentation
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aux Conférences: moitié du nombre total des membres pour les Gouvernements, l’autre moitié étant constituée de façon égale par les employeurs et les employés. Cette répartition, nous l’avons montré, avait provoqué une des critiques initiales des organisations ouvrières, et c’est une représentation tripartite égale que celles-ci réclament pour le Conseil, cette modification étant, bien entendu, dans leur pensée, un acheminement vers la réorganisation de la Conférence elle-même; celle-ci ne pouvant toutefois être réalisée que par des modifications apportées aux clauses des Traités de paix.
Il a paru que la part faite aux Gouvernements est une concession beaucoup trop large aux méthodes diplomatiques anciennes et qui ne correspond pas à l’idée de base de l’Organisation économique du Travail, qui ne peut fonctionner de façon vraiment utile que si elle est essentiellement une représentation directe des intérêts en cause. A l’expérience, d’ailleurs, il n’est point paru que les arguments donnés pour légitimer la part faite aux délégations officielles aient été justifiées.
Mais cette transformation, quel que soit le sort qui lui sera fait à Genève, ne constitue point la seule réponse à introduire dans le fonctionnement général de l’Organisation.
En énumérant les pouvoirs donnés tant aux Conférences qu’au Bureau international du Travail, il a été impossible de ne point faire remarquer que ceux-ci sont insuffisants quant au caractère obligatoire des décisions prises et aux possibilités de sanctions prévues. La procédure instituée par le Traité de paix est complexe, plutôt lourde et manque d’efficacité certaine. Il est évident que la seule obligation positive faite aux Etats participants est celle de soumettre à leurs autorités légitimes les projets de convention; mais cela fait, ils ne peuvent être contraints à leur application. Sans doute le Bureau international du Travail peut-il recourir à la Société
des Nalions et demander l’intervention de celle-ci. L’expérience, là encore, montrera ce qu’il faut penser de la valeur du système.
C’est un compromis, avons-nous déjà fait remarquer, entre les idées . nouvelles qui réclament une organisation véritable du monde et les errements diplomatiques passés, la conception vieillie de la souveraineté nationale absolue. Ce compromis est-il possible? N’y a-t-il pas au contraire une contradiction profonde entre l’idée de solidariser les nations, de les associer dans un organisme commun et la volonté de maintenir intangible cette souveraineté jalouse? On doit le penser: une société d’individus ou de personnalités morales suppose nécessairement une limitation des droits de ses membres. La nécessité en est claire. Mais ce problème, dans son ensemble, est celui de toute la Société des Nations.
Toutefois, et très directement, il intéresse au plus haut point l’Organisation internationale du Travail. Si l’on admet la nécessité de celle-ci, ne faut-il point lui donner les moyens d’accomplir effectivement l’œuvre attendue d’elle ?
Les Conférences internationales devront constituer un pouvoir législatif véritable, à compétence restreinte sans doute aux questions particulières qu’elles ont été instituées pour traiter, mais avec la complète faculté de décision, et le Bureau permanent devra posséder les moyens nécessaires pour faire appliquer les conventions prises et qui devront avoir force de loi dans tous les pays.
La procédure actuelle ne garantit point suffisamment l’ensemble des Etats contre la concurrence déloyale de pays qui, s’étant soustraits aux obligations communes, pourront échapper aux limitations industrielles reconnues par la majorité des autres nations. Il est clair qu’un tel état de chose peut constituer une menace redoutable pour la réglementation universelle des conditions de travail, lesquelles, nous l’avons établi, doivent également s’ap-
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pliquer à tous. Peut-être même faut-il faire l’aveu que la procédure présente facilite ces exécutions...
Un tel état de chose pourrait avoir pour effet de compromettre toute une entreprise. Les négociateurs du Traité, les puissances signataires du pacte ont reconnu qu’une des conditions de la paix mondiale réside dans la reconnaissance et l’établissement des garanties indispensables aux travailleurs. Cette idée n’a rien perdu de sa puissance, et laisser compromettre l’effort tenté dans ce sens aboutirait à ruiner l’œuvre toute entière de la Société des Nations, à rétablir entre les pays le déséquilibre, pour ne point parler de la désillusion qu’apporterait aux travailleurs une renonciation à l’œuvre réclamée par eux.
En réalité, à l’heure présente, la principale force dq l’Organisation internationale du Travail réside dans l’appui de l’opinion et en particulier dans l’effort des organisations ouvrières. Immédiatement intéressées à la réussite de cette tentative, celles-ci ne peuvent la laisser compromettre, elles doivent au contraire travailler à lui donner toute son efficacité : toute autre attitude irait contre les intérêts mêmes qu’elles ont charge de défendre, et méconnaîtrait leurs devoirs envers l’ensemble des travailleurs du monde entier.
C’est sur leurs efforts qu’il faut surtout compter pour obtenir, suivant le vœu formulé par ellesmêmes, l’extension des pouvoirs de l’Organisation internationale du Travail afin que celle-ci puisse véritablement remplir sa tâche.
Dans la Société des Nations
A Washington, un des membres éminents de la Conférence, Mgr Nolens, délégué officiel hollandais, s’exprimait ainsi au cours de la discussion sur la journée de huit heures.
<c Nous sommes ici des membres de la Société des
Nations. Moi-même je ne me considère pas comme représentant de mon Gouvernement, mais comme l’un des représentants des membres de la Société des Nations... »
Il résumait ainsi en quelques mots l’un des caractères essentiels de l’Organisation internationale du Travail, partie intégrante de l’organisation qui doit lier toutes les collectivités nationales. Nous avons tenu à noter déjà le fait que la Conférence de Washington a été la première manifestation de la Ligue. Elle a même été mieux: elle a indiqué le sens dans lequel devait se développer celle-ci en faisant admettre la participation des puissances ci-devant ennemies. Ce point de vue n’a pas entièrement prévalu, sans doute, dans la première Assemblée générale, si récente, de la Société. Pourtant cette admission n’en a pas moins eu un caractère démonstratif dont on constaterait difficilement l’importance.
Une première pensée avait guidé les organisations ouvrières groupées dans la Fédération syndicale internationale: l’impossibilité de fait de déterminer une règlementation universelle du travail, nous qui fûmes appelés à l’établir à tous les pays auxquels elle devait s’appliquer, y compris une des nations la plus industriellement développée: l’Allemagne. Un autre principe les guidait aussi: la nécessité d’appeler toutes les nations à participer au travail commun de réorganisation mondiale sans que puisse peser sur elle des conclusions contraires à cette coopération nécessaire.
Cette conception ne peut avoir changé. Elle relève de l’idée large des travailleurs qui ne veulent pas voir dans la Société des Nations une ligue des Gouvernements, mais une association de peuples, ce qui, considérant l’efTort considérable à demander à tous pour effacer les ruines de la guerre et avoir définitivement la paix par la solidarité des intérêts, comprennent que l’équilibre et le progrès du monde ne pourront être assurés que par jine telle réorganisa-
108 l'organisation internationale du travaii
tion des rapports internationaux, par la reconnaissance de nouveaux principes, le recours à de nouvelles méthodes qui doivent obligatoirement prendre la place de ceux dont la guerre a été l’effrayante condamnation.
C’est dans cet esprit général que le mouvement ouvrier participe à l’Organisation internationale du Travail. Il n’a jamais entendu n’y chercher que des améliorations corporatives, que des garanties nouvelles données aux salariés; il pense que par là il acquiert les moyens de participer au développement de la Société des Nations.
Il y a déjà entre les deux organismes et leur activité particulière des rapports étroits et plus que ce que l’on pourrait appeler une parenté constitutive. Qu’on y réfléchisse quelques instants: est-il possible de traiter des conditions de travail sans envisager les conditions économiques générales ? Une réglementation internationale peut-elle être déterminée sans tenir compte de l’état industriel du monde ? Evidemment non; ce serait légiférer dans l’abstraction et dans le vide. L’Organisation internationale du Travail a été ainsi amenée, à diverses étapes de son action, à se préoccuper des conditions générales de l’activité universelle, à rechercher quelles mesures pouvaient permettre de surmonter les crises qui pèsent si lourdement sur les Etats. Nous avons insisté sur cette préoccupation initiale qui est relative à la répartition des matières premières, à l’organisation internationale de leur production et de leur transport, et nous avons souligné l’évolution de cette conception, les progrès déjà faits par elle depuis la date où les organisations syndicales, les premières, la présentaient à Leeds comme une des attributions nécessaires de la société à constituer.
Cette nécessité n’est pas moins évidente aujourd’hui, au contraire. Tous les événements qui n’ont cessé de se développer depuis l’armistice sont venus le confirmer et faire pression sur les Gouvernements
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eux-mêmes. Il faudrait bien en venir là si Ton veut rétablir dans le monde une activité normale et préparer une production active. Mais c’est par là aussi que s’établira l’indispensable solidarisation des peuples qui ruinera les impérialismes économiques menaçants et établira plus sûrement la paix.
C’est dans ce sens que la Société des Nations doit se développer; jusqu’à présent, elle n’a été qu’une combinaison politique, ce qui n’explique que trop sa faiblesse présente.
C’est une des idées fondamentales du syndicalisme que la politique recule constamment devaiit l’économie, que c’est selon celle-ci qu’il faut chercher à réorganiser le monde. L’action propre du mouvement ouvrier peut donc se développer largement sur un terrain qui correspond à la nature même des forces dont il dispose. Ainsi se justifie, sans qu’il faille étendre davantage cette démonstration, l’intérêt qu’il prend à l’Organisation internationale du Travail; l’appui qu’il lui donne, le développement qu’il veut travailler à lui assurer.
IMPRIMERIE L’üNION T YPOGRAPHIQUE VILLENEUVE-SAINT-GEORGES ( S.-ET-O. )
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