‹ L'Organisation sanitaire rurale en RoumanieChapitre 7 sur 13 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

C’est à un jeune médecin français, ancien interne des hôpitaux de Paris, Alexandre Davila, que revient le grand mérite d’avoir mis, le premier, les bases de l’organisation sanitaire en Roumanie.

Avant lui, aucune organisation n'existait.

Le peuple gardait ses sorciers, ses guérisseurs, tandis qu'autour des cours princières s’agitaient plus ou moins inutilement des médecins « coiffeurs » pour la plupart grecs, venant de Constantinople ou d'Italie.

Jusqu'au xvrr° siècle, il y avait à peine quel- ‘ques médecins et une pharmacie pour chaque principauté.

À peine si pendant les épidémies de peste du début du xix° siècle on commence à prendre quelques mesures sanitaires sous la pression des puissances étrangères qui avaient transformé les principautés roumaines en champs de bataille.

Bientôt les deux principautés Moldavie et Valachie s’unissent, et la dynastie de Hohenzollern s'installe dans la personne de Carol I.

L'indépendance du nouveau royaume est obtenue après une longue guerre, en 1877.

C'est vers cette époque que le nouveau roi appelle de Paris Alexandre Davila, lui donne la direction du service sanitaire et lui accorde toutes les facilités pour fonder l’école de médecine de Bucarest qui n’a pas tardé à fournir des éléments capables d'obtenir un réel progrès sanitaire.

Depuis, les médecins aidés par des infirmiers assurent la surveillance sanitaire de chaque région. Ils commencent à faire des statistiques souvent encore très vagues, mais donnant des notions importantes sur l'étendue des maux. Des campagnes sanitaires munies d’un personnel compétent et de médicaments sont envoyées dans les régions particulièrement atteintes.

L’instruction et l’amélioration des conditions d'existence des paysans ont largement contribué à cet effort.

La grande guerre ayant réalisé l'union des provinces roumaines, de nouveaux problèmes se posent.

Tandis que dans les provinces de domination autrichienne et hongroise l’état sanitaire est plutôt bon, dans la Bessarabie, dominée par la Russie, presque rien n'a été fait dans ce sens.

Depuis, des efforts méritoires fournis surtout par les médecins ruraux ont contribué à améliorer encore davantage les résultats qu'on avait déjà obtenus.

IT. — Hygiène et médecine populaire.

Les travaux de Pasteur et de ses disciples ont bouleversé partout les traditions « hygiéniques » « sanitaires » qui duraient depuis des siècles. Ces idées ont pénétré profondément dans les masses populaires. Pourtant, dans la classe paysanne, elles restent souvent ignorées, car les traditions sont plus fortes et l'instruction souvent très élémentaire.

Cette différence est très caractéristique en Roumanie. Les centres universitaires de Bucarest, Jassy et Cluj et quelques autres villes importantes, ont des institutions et une organisation sanitaire qui pourraient parfois honorer les grands centres de l'Occident.

Les savants roumains ont souvent atteint une gloire qui a dépassé largement les frontières de leur pays.

Combien est triste par comparaison de constater que la classe paysanne est restée presque sur place. Elle est en général ignorante, parfois analphabète et les acquisitions sanitaires n’attirent pas son attention. Elle garde ses sorciers, ses matronnes, ses herbes « miraculeuses », ses croyances et méconnaissent les notions les plus élémentaires de l'hygiène.

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Le médecin n’a pas sa confiance et d’ailleurs ne pourrait pas gagner sa vie dans le village en raison de la pauvreté du paysan. Aussi ne vient-il jamais s’y installer pour son compte.

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Pour obvier à cet inconvénient, l’état paie ses médecins de campagne.

Chaque département est divisé en trois à cinq

circonscriptions qui possèdent chacune un médecin

destiné surtout à la surveillance sanitaire, mais s’occupant de tout ce qui se rapporte à la médecine.

Leur nombre est nettement insuffisant et leur tâche énorme. L'état ne peut pas augmenter ses charges. C’est dire l’imperfection du système dans sa forme actuelle.

Pourtant, l'instruction de plus en plus étendue du paysan, l’amélioration de son état matériel, la bonne volonté de ses médecins et la propagande par des brochures, des discours, voir même des films, arrivent petit à petit, à faire pénétrer les notions d'hygiène.

Les résultats commencent à se faire voir.

C'est donc un état d'esprit en voie lente mais certaine de disparition que nous décrivons dans les lignes qui suivent.

On a souvent célébré le pittoresque du paysan roumain, avec son costume, sa maison, ses traditions.

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Regardons au point de vue médical et hygiénique.

Aucun confort n'existe dans les campagnes ; l'éclairage se fait avec des lampes (de pétrole) rudimentaires et économiques ; le chauffage, avec du bois, dans des poêles faits par eux-mêmes.

L'eau de source, de fontaine ou de rivière est prise au grand hasard. La maison est en bois, le toit en paille et en général il n’y a pas de plancher. C’est dire que la maison est avant tout un abri contre la pluie et le mauvais temps.

Presque toujours il est une chambre grande, propre, avec des beaux meubles et des broderies artistiques. C’est la chambre d’hôte. Elle reste hélas, fermée et toute la famille vit et dort dans une petite pièce à côté, qui, mal éclairée et mal aérée sert éventuellement de cuisine et même... d’abri pour un cheval ou autre bête de travail.

Ceci montre le manque d'hygiène et la promiscuité qui peuvent être réalisés l'hiver quand tout le monde y vit.

L'été tout change, c’est la vie au grand air. La cour du paysan et les ruelles du village, sont loin d’être toujours un modèle de propreté.

L'habit du paysan se compose essentiellement d'une chemise et d’un caleçon de modèle spécial qu'il porte jour et nuit et qu’il change au grand maximum toutes les semaines. L'hiver il porte d’ha-

bitude une veste en peau de mouton ; les parasites y sont légion. Pendant la grande guerre l'épidémie de typhus exauthématique avait atteint une effroyable mortalité.

L'alimentation de la classe paysanne est nettement insuffisante à cause de la pauvreté, de l'indolence et de l'ignorance, L'aliment fondamental est la « mamaliga », (polenta italien) faite à la farine de maïs. Mal conservé, le maïs est avec la misère physiologique, la cause principale de la pellagre, maladie par carence qui constitue un véritable flagel. En dehors du maïs, les aliments les plus communs sont les haricots, les pommes de terre et les légumes verts. En général, c'est une alimentation scientifiquement incompatible avec leur rude travai],

L'eau quand elle ne vient pas de sources plus ou moins pures, vient des fontaines mal faites, mal entretenues, peu profondes et entourées de mares que les canards, les cochons, le bétail et ... l’homme finissent par souiller.

Les grossesses sont nombreuses dans les villages. La femme travaille jusqu'au dernier moment de sa grossesse, elle accouche debout ou par terre entourée de linges sales, car « ça ne vaut pas la peine de salir du propre ». Une matronne l’assiste, coupe le cordon ombilical avec n'importe quoi,

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baigne l'enfant dans l’eau avec des « grains de blé » et des plumes de volailles « pour que ça lui porte bonheur,» et l'habille serré, les mains le long du corps, dans du linge souvent sale. On comprend pourquoi le tétanos du nouveau-né est tellement fréquent. Nourri au sein, de nourrisson ne tarde pas de prendre dès les premiers mois, du potage, des légumes ou autres aliments que prennent les adultes. La gastro-entérite des nourrissons est ainsi d’une fréquence et d’une mortalité invraisemblable,

Les maladies infectieuses, pourtant assez communes, sont de peu d'importance par rapport à la pellagre et à la syphilis.

Des habitudes funestes propagent cette dernière dans toute la famille et chez les voisins. La promiscuité, la vaisselle commune, les verres et les bouteilles qu’on fait passer de bouche en bouche, lui enlèvent très souvent son caractère vénérien.

La mortalité générale était vers 1900, de 2,6 % mais la natalité était de 4,02 % ce qui donnait encore un excédent notable.

Malheureusement le paludisme, la pellagre, l’alcoolisme, la tuberculose, la syphilis et la misère physiologique diminuent dans une mesure énorme la vitalité du paysan. C’est surtout contre ces maux terribles que l'Etat a dirigé ses efforts.

Le principal-obstacle est l'absence de fonds,

Des résultats remarquables ont déjà été obte-

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nus dans certaines régions, mais tant que ces fonds ne seront pas suffisants, ils resteront partiels et insuffisants.

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