L'organization militaire du Canada, 1636-1648 [microforme]
Il est généralement entendu que lu milice de la colonie fut organisée en 1665, lorsque le régiment de Carignan arriva pour mettre fin à la guerre des [roquois ; c’est, en effet, à partir de cette date et surtout à compter de 1674-75, que nos forces militaires figurent dans l’histoire écrite. Mais j'ai cru bien faire en recherchant les origines mêmes de cette situation, et en allant prendre le premier soldat, avec le premier fusil, à une époque de trente ans antérieure à la soi-disant apparition de nos milices. En histoire, les moindres faits ont encore de la valeur.
Je lisais l’autre jour dans un grand journal un aperçu de l’état de notre milice actuelle commençant par ces mots : ‘ Avant la Confédération (1867) nous n'avions pas d'organisation militaire”. C’était reléguer aux limbes les corps qui ont existé de 1836 à 1866 et même auparavant, car il nous reste au moins deux compagnies datant des premières années du siècle. Si donc on oublie déjà des choses que nos vieillards ont vues, il n’est pas étonnant que les miliciens de 1636 à 1666 soient entièrement négligés des écrivains.
L'histoire des anciennes milices du Canada français peut se retrouver par bribes dans une centaine de volumes, si l'on prend la peine d’en faire l'analyse, mais le lecteur n’a pas cette patience et, de plus, il manque de bibliothèque. Je vais suppléer, dans la mesure de mes moyens, à la pénurie des renseignements. ‘ On le peut, je l’essaie, qu'un plus savant le fasse.” Mes notes ne sont pas riches, le sujet étant pauvre; elles seront, toutefois, assez claires pour servir à retracer le relief des faits notables. Il n’est pas hors de propos d'examiner cette partie de nctre histoire, puisque, d'année en année, l’on nous pose la même question ; à savoir, quelle était notre situation militaire dans les premiers temps des Français ? Réponse ci-dessous :
Rendons-nous bien compte d'abord que, de 1608 à 1632, la colonie existait à peine et ne dépassait pas trois ou quatre ménages. Dans ses plus belles années, elle renfermait de 30 à 40 hommes, uniquement employés à la traite des fourrures et aux missions évangéliques parmi les Sauvages.
Le 15 août 1635, Champlain, écrivant au cardinal de Richelieu au sujet des besoins de la colonie, demandait cent vingt hommes armés à la légère pour co-opérer avec deux ou trois mille Sauvages hurons et algonquins
contre les [roquois, afin d'amener une paix durable sur le cours du Saint-Laurent et des grands lacs! Les Troquois ne constituaient pas encore la ligue formidable qui leur a valu une si large place dans l'histoire de ce continent, Les Turons et les Algonquins annonçaient une valeur militaire bien au-dessus de ce que l’on pouvait attendre des [roquois Aucun des Sauvages de l'Amérique du Nord ne possédait d'armes à feu, rien non plus des outils que les Européens leur firent connaître plus tard. Toute chose étant done dans l'état primitif, il était impossible de prévoir que les Troquois, par suite de leurs aptitudes naturelles, se transformeraient au contact des Hollandais, des Anglais et des Français au point de jouer ici un rôle analogue à celui de la première République romaine en Italie.
Champlain n’a fait aucune guerre proprement dite, Quelques coups d'arquebuse tirés sur les Iroquois qui lui barraient le chemin, en 1609 et en 1611, et d'autres qu'il alla leur distribuer jusque dans leur pays en 1615, en suivant l'armée huronne dans l'une de ses expéditions, voilà tout ce qu'il fit en ce genre. On sait qu'il n'avait pas un seul soldat avec lui mais seulement trois ou quatre compagnons qui s'employaient à la traite des fourrures et à la découverte de ces vastes contrées. En 1629, le poste de Québec se rendit aux Anglais sans la moindre résistance. Cette occupation étrangère dura trois ans. Lorsque les Iroquois devinrent incommodes par les embuscades qu'ils dressaient sur le fleuve, on éleva un petit fort de bois à Trois-Rivières (1634), gardé par quelques hommes à peine, que la compagnie des Cent-Associés entretenait à ses frais, et qui protégeaient son magasin de traite.
Albany, qui se formait alors et qui n'était pas dans des conditions beaucoup meilleures, se décida bientôt à vendre des fusils aux indigènes, ce qui doubla du coup l'audace des Troquois dans leurs attaques contre les Sauvages amis des Français. Ceci devenait très grave, à cause de nos colons exposés entre deux feux dans ce conflit imprévu, car, depuis 1632, quelques familles du Perche et de la Normandie s'étaient établies autour de Québec et de Trois-Rivières, sur des terres qu’elles cultivaient avec une habileté hors ligne. La perspective de fonder une colonie agricole stable électrisait Champlain, tout accablé qu'il fût alors sous le poids de la maladie qui devait l'emporter. Il sollicitait de l'aide contre le seul ennemi qu'il eût à craindre : l’Iroquois, et en cela, il ne se trompuit point, puisque l'assurance de n'être exposée à aucun des maux de la guerre pouvait quintupler rapidement notre population rurale, cette base de la prospérité d’une colonie.
Juste en ce moment (1635). la compagnie des Cent -Associés songeait à abandonner le Canada en raison des pertes subies jar elle, sur mer et sur terre, pendant les sept dernières années. De plus, Champlain se
1 Œuvres de Champlain, p. 1448.— Documents relatifs à la Nouvelle-France, Québec, 1883, I, 113.
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