‹ L'organization militaire du Canada, 1636-1648 [microforme]Chapitre 2 sur 9 · DT · texte numérisé non relu

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[suLre] L'ORGANISATION MILITAIRE DU CANADA, 1636-1648 5

mourait à Québec. Cette situation difficile se trouva réglée de la manière suivante, durant l'hiver de 1635-1636. Les Cent-Associés devaient rester propriétaires en seigneurie de la Nour elle-France, et pouvoir continuer d'y faire du commerce et distribuer des terres aux colons, mais ne se chargeraient plus d'administrer la colonie, vu que les chevaliers de Malte! oftraient de faire ce service. Il va sans dire que le coût et l'entretien d’une force armée furent réglés, du moins en principe, comme devant être supportés par les Cent-Associés. Sur cette entente, M. de Montmagny devint gouverneur du Canada, par décision du 15 janvier 1636, ou même un peu avant cette date.

Il était possible, au début de la colonie, de donner de la contenance aux habitants par une organisation de milice, et en les couvrant d'une bonne troupe prête à garder les avant-postes, les avenues de l'ennemi, et tenir ce dernier sur l'alerte, de façon à lui rendre le métier de maraudeur assez désagréable pour qu'il l'abandonnit.

Mais les Cent-Associés, quasi en état de banqueroute, n'exécutèrent point leur part du contrat; ils n'y songèrent même pas un instant, puisqu'ils cédèrent le droit du commerce de la colonie à un syndicat qui devait virtuellement les remplacer, Le directeur de ce nouveau groupe était Jean Rozée, marchand de Rouen, et Antoine Cheffault de la Regnardière, avocat de Paris, en était secrétaire, Les six autres membres se nommaient Jacques Castillon, bourgeois de Paris, Jacques Berruyer ou Beruhier, seigneur de Manselmont, Jacques Duhamel, marchand de Rouen, le conseiller Fouquet, Jean de Lauzon (qui devint notre gouverneur en 1651) et Noël Juchereau des Chastelets, marchand du Canada, le seul qui résidât dans la colonie” Voilà comment, de 1636 à 1645, la partie la plus active et la plus visible des Cent-Associés fut la compagnie Rozée, Cheffault, des Chastelets, qu'on peut appeler un comité des Cent-Associés.

M. Aubert de la Chênaye, marchand de Québec, écrivait en 1676, rappelant ce qui s'était passé de 1632 à 1645 : “ Ceux de la compagnie des Cent, qui étaient des personnes de dignité et de considération, résidant à Paris, jugèrent à propos de laisser le soin et les avantages du commerce pour le Canada aux marchands de Rouen et de Dieppe, auxquels quelquesuns de ceux de Paris se joignirent., Ils furent chargés de payer les appointements du gouverneur, de lui fournir sa nourriture, d'entretenir les garnisons de Québec et de Trois-Rivières. fournir les choses nécessaires pour la guerre, de se payer sur les produits et de rendre compte du surplus au corps de la compagnie (les Cent) en son bureau à Paris.”

Charles-Jacques Huault de Montmagny, chevalier de Saint-Jean de

1Voir L'Ordre de Malte en Amérique, par J.-Edmond Roy, et mes Pages d'Histoire du Canada.

? Ferland, Cours d'Histoire du Canada, I, 222, 284, 298, — Mémoires de la Société royale, 1882, p. 55 ; 1883, p. 132-3,— Histoire des Canadiens-Français, II, 31-38, 45-6, 66-7, 108 ; III, 28-31.

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Jérusalem, successeur de Champlain, qui, arrivé le 11 juin 1636,! paraît avoir amené des soldats avec lui, puisque, durant l'été de 1636, il fit reconstruire plus en grand le fort de Québec, donna aussi de l'extension à celui de Trois-Rivières, ÿ ajoutant une batterie de canons. Au mois d'août de la même année, le nère Paul le Jeune écrivait de Québec :

# Nous avons nombre de très honnêtes wentilshommes,* nombre de soldats de façon et de résolution ; c'est un plaisir de leur voir faire les exercices de la guerre dans la douceur de la paix, de n’entendre le bruit des mousquetades et des canons que par réjouissance ; nos grands bois et nos montagnes répondent à ces coups pur des échos roulants, comme des tonnerres innocents qui n'ont ni foudres ni éclairs. La diane nous réveille tous les matins; nous voyons poser les sentinelles, Le corps de garde est toujours bien muni: chaque escouade a ses jours de faction ; en un mot, notre forteresse de Kébec est gurdée dans la paix comme une place d'importance dans l'ardeur de la guerre, ”

Le père le Jeune venait d'apprendre la prise de Corbie (Picardie) par les Espagnols, et savait que Richelieu tremblait pour la sûreté de Paris, On était au milieu de la guerre de trente ans — tout cela explique * les douceurs de la paix... les tonnerres innocents...” qui touchent si vivement le bon missionnaire dans sa résidence de Québec,

Le recrutement des colons en France se faisait par les relations que les familles de cultivateurs établies à Québec et à Trois-Rivières entretenaient avec leurs parents de la mère-patrie. Les seigneurs auxquels on avait accordé de vastes espaces de terre dans le but de les peupler. n'étaient ni riches ni susceptibles d'entrainer sur leurs pas un contingent tel que l'exigeuient les circonstances ; aussi nous expliquons-nous les lenteurs de cette colonisation, qu'on peut à peine qualifier de développement, [ semble que l'on ne tenait aucun compte du danger des Hroquois dans les réunions des Cent-Associés. à Paris. Pourtant la question vitale était là toute entière,

Jusqu'à 1665, on peut atirmer qu'il n'y eut pas de colonie en Canada, mais soulement des comptoirs de traite.

L'idée primitive des établissements français en Canada ne comportait, il est vrai, ni guerre ni conquête. Même chose chez les Anglais de la Nouvelle-Angleterre. Nous ne ressemblhons pas aux Espagnols qui se jetaient sur l'Amérique pour tout écraser et tout prendre. Les Anglais voulaient cultiver la terre et fonder des provinces; les Francais recherchaient la traite des pelleteries et les mines. De ces deux derniers projets, il résulte que nous ne songions pas à combattre à main armée contre les Sauvages

! Non pas en septembre, comme il est dit, à la page 219 du tome I des Documents sur la Nouvelle-France, publiés à Québec, 1883,

? Voir mes Pages d'Histoire du Canada, p. 226. Nous expliquerons plus loin ce que venaient faire en Canada ces gentilshommes.

5 Relation de 1636, p. 12.

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