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TSULTE] L'ORGANISATION MILITAIRE DU CANADA

mais il fit donner le gouvernement à M, Duilleboust et le fit repasser en France.” !

‘“ Lorsque M. de Maisonneuve revint de France, en 1647, il avertit M. d'Ailleboust, son lieutenant, de se préparer à faire le même voyage. en ajoutant qu'il reviendrait en Canada comme gouverneur général, en remplacement de M. de Montmagny. Dans l'automne de cette année, 1647, ils descendirent l'un et l’autre à Québec, pour les affaires générales du pays. et le 16 octobre M. de Maisonneuve étant reparti de Québec pour Villemarie, M. d’Ailleboust fit voile pour la France le 21 du même mois.” *

“ Aussitôt que M. de Maisonneuve fut venu, il avertit M. D'Aiïlleboust

qu’en France l’on voulait rappeler M. le chevalier de Montmagny, dont la

mémoire est encore en grande vénération ; de plus. il lui dit qu'il serait nommé au gouvernement du Canada, et qu'il fallait qu'il s'en allât en France, et que l’année suivante il reviendrait pourvu de sa commission, Ce bon gentilhomme avertit M. D'Aiïlleboust de ces choses, mais il était trop humble pour lui dire qu'on lui avait offert à lui-même d'être gouverneur du pays et qu'il l'avait refusé par une sagesse qui sera mieux reconnue en l'autre monde qu'en celui-ci.” *

Vers le 18 octobre, dit le Journal des jésuites, M. de Maisonneuve part de Québec pour Montréal. Il ajoute, sous la date du 21 de ce mois: # Partit la flotte où étaient général M. d’Aïlleboust, le Père Vimont et le Père Quentin avec lui, et le Père de Defretat dans la Notre-Dame avec M. le Tardif, Ztem M. Nicolet (prêtre) et M. le Prieur dans d'autres vaisseaux.”

Ainsi, en 1645, 1646, 1647. trois modes ou variétés d'administration avaient été imposés à la colonie sans donner satisfaction à tout le monde, Un quatrième changement se préparait. Dans tout cela, le militaire s'était vu négligé, faute du nerf de la guerre. Depuis 1644 je ne vois aucune trace d'arrivages de soldats. Le règlement de 1647 porte que la compagnie des Habitants continuera l'entretien de trente hommes armés à Montréal,‘ ce qui donne à croire que pareille garnison y existait déjà. Toutefois, le désaccord règnant parmi les ‘“ intéressés ” des diverses nuances qui se disputaient le pouvoir enraya toute démarche effective. En somme, Villemarie, commencée en 1641 sur un ton indépendant. en était venue à vouloir prendre part au budget de la colonie en général. et. satisfaite de s'être vue à peu près laissée dans l'ombre en 1645 et 1646, d'avoir gagné beaucoup de terrain en 1647, aspirait à prendre la part du lion en 1648.

“ Le premier moment d'enthousiasme , (1641) avait produit une souscription de 75.000 livres pour établir la colonie de Montréal; dès

1 Belmont, Æistoire du Canada, p. 5.

2 Faillon, Æistoire de la Colonie française, IT, 86, 3 Dollier de Casson, Histoire du Montréal, p. 63-64, 4 Ferland, Cours, I, 358.—Faillon, Histoire, IT, 87.

l'année suivante, elle ne fut plus que de 40,000 livres, et il est probable qu'elle fut encore moindre dans les années subséquentes. En tous cas, il est certain que, dès 1647-48, les défections étaient assez nombreuses dans les rangs des associés pour inspirer à M. de Maisonneuve et à M'* Mance de sérieuses inquiétudes. On avait persuadé aux associés de la compagnie de Montréal (en France) qu'il serait plus méritoire d'envoyer leurs largesses aux missions du Levant, et il n'en avait pas fallu davantage pour les éloigner de l'œuvre de Montréal”?

La guerre des Troquois, avec ses horreurs, compliquait encore cette situation. L'automne de 1647, ce fut un coup du ciel que le retour de M. de Maisonneuve, car l’effroi était si grand dans toute l'étendue du Canada, qu'il eût gelé les cœurs par l'excès de la crainte, surtout dans un poste aussi avancé qu'était celui de Montréal, s'il n'eût été réchaufté par la confiance que chacun avait en lui; il assurait toujours les siens dans les accidents de la guerre et il imprimait de la crainte à nos ennemis au milieu de jeurs victoires, ce qui était bien merveilleux dans un petit poste comme celui-ci. °

Occupons-nous maintenant d'une erreur qui à pris droit de cité dans nos livres d'après quelques lignes de Charlevoix, qui se lisent comme suit : “ En 1647% M. le chevalier de Montmagny reçut ordre de remettre son wouvernement à M. d'Aïlleboust qui commandait depuis quelque temps aux Trois-Rivières, et de repasser en France .... M. d'Aiïlleboust était un homme de bien, rempli de religion et de bonne volonté. Il avait été de la Société de Montréal, toute composée de personnes pieuses et zélées pour la conversion des intidèles ; il avait commandé dans cette île pendant un voyage que M. de Maisonneuve avait été obligé de faire en France, de là, il était passé au gouvernement des Trois-Rivières.” 4

Le lecteur a vu de suite une partie de la confusion qui règne dans ces deux passages ; nous allons examiner le reste,

Non seulement M. d'Ailleboust ne quitta point Montréal depuis l'été de 1643 jusqu'à l'automne de 1648, mais il restait membre de la société de ce nom, et fut constamment du parti que le gouverneur regardait avec raison comme un surcroît d'embarras pour la colonie. Il est donc impossible que M. de Montmagny ait songé à contier le poste de Trois-Rivières à un tel homme, cur c'est aux frais du gouverneur général qu'était entretenu son lieutenant à Trois-Rivières.

Jacques Leneuf de la Poterie, beau-frère des deux le Gardeur, est mentionné aux registres et aux greffes de Trois-Rivières comme gouverneur de ce lieu, du 17 novembre 1645 au 2 septembre 1648. Le 4 décembre de cette dernière anné:, Charles le Gardeur de Tilly le remplaça.

i Léon Geérin, dans La Science sociale, 1891, p. 360,

? Dollier de Casson, Æistoire du Montréal, p. 65.

% La date est 1648.

+ Histoire de la Nouvelle-France, Paris, 1744, I, 281-282,

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M. d’Ailleboust ! venant (automne de 16148) à prendre les rênes de l'administration, comment se fait-il qu'il ait désigné Tilly pour succéder à la Poterie, tous deux du cercle dont il triomphait presque complètement ? C'est que le gouverneur particulier de Trois-Rivières ne relevait plus du gouverneur général depuis quelques mois. Par conséquent ce n'est pas lui qui l'a nommé. Nous verrons tout à l'heure les changements apportés dans l'administration de la colonie durant l'année 1648.

C'est en 1647 que M. de Montmagny plaçga une croix de Malte sculptée dans la pierre du mur d’une construction assez humble qu'il érigeait à côté du château Saint-Louis ou fort de Québec. Que n’a-t-on pas écrit sur les motifs qui ont dû le porter à cet acte, bien inoffensif après tout ! J'y vois une seule chose digne de remarque : la croyance que ce gouverneur entendait rester à son poste un certain temps encore, alors que, à son insu, déjà son rappel était décidé à Paris.

Mais en effet, quel prétexte fit-on valoir pour lui retirer son commandement ? Il ne fut pas disgrâcié, on le suit. On usa d'une raison de cour, enveloppée de ces formes que le vulgaire rend par un euphémisme : dorer la pillule, Charlevoix la donne, absolument comme “il ne soupconnait rien de plus, et nous lui avons tous fait écho: * Le rappel de M. de Montmagny causa quelque surprise ; il provenait d’une décision générale que venait de prendre la cour. Le commandeur de Poincy?, gouverneur des îles françaises d'Amérique, avait refusé de remettre le gouvernement à son successeur, et s'était maintenu dans sa charge contre l'ordre du roi. Cette espèce de rébellion avait eu des imitateurs. Pour arrêter le mal, le conseil avait décidé que les gouverneurs seraient changés tous les trois ans, et c'est en conséquence de cette résolution que M. de Montmagny était mis à la retraite.” °

“ On crut devoir prendre des mesures pour empêcher que pareil exemple ne fût suivi dans les autres colonies. TF'aurait été bien désirable qu'une exception eût pu être faite en faveur de M. de Montmagny.”

“Vu que de Montmagny fut remplacé par d’Ailleboust, une des créatures de Maisonneuve, il n'y a pas de doute que le fondateur de Montréal dut invoquer l'exemple de Poiney pour forcer le rappel de Montmagny.” L'abbé Faillon assure que M. de Maisonneuve exerça son influence à la cour et obtint le rappel du gouverneur général. “ À son retour en France, de Montmagny fut nommé par l'ordre de Malte, receveur du grand prieuré de France, et fut le premier à qui s'adressa le grand-maître Lascaris pour aller porter secours à de Poincy. Ces faits

Le

Re cv alt 4 RAT a 1 M. Jacques Viger a le premier signalé le faitque M. d’Ailleboust n'avait pas été gouverneur de Trois-Rivières. Voir Dollier, Histoire du Montréal, p.68. 2 De l'ordre de Malte et parent de M. de Montmagny. 3 Garneau, Histoire du Canada, T, 140.

4 Ferland, Cours d'Histoire du Canada, TI, 362,

indiquent que le gouverneur rappelé, dévoué à Malte, jouissait dans son ordre d'un certain prestige.” !

Quant à la règle des trois ans. elle ne fut jamais mise en pratique que pour d’Ailleboust, et M. de Lauzon. pour son compte, de 1651 à 1657, en doubla la limite. «

“ En 1648, les Iroquois saccagent le pays des Hurons qui se firent [roquois et grossirent leur parti. [ls viennent à Montréal, font mille trahisons, demandent à parler de paix. On fit un moulin, un fort, Ils ne tuèrent qu'un seul homme, en blessèrent beaucoup”? Tout le Haut- Canada fut abandonné par les Hurons et les Français ; les Algonquins de la rivière des Algonquins (lOttawa) disparurent en 1650. Ces derniers n'étaient guère au-delà de 3,000 âmes, mais les Hurons en comptaient bien 10,000 et les Troquois autant.

La pénible situation des affaires de la colonie n’était point un mystère pour ceux qui attaquaient ainsi nos alliés, et ces alliés eux-mêmes n'étaient ni en état de se défendre chez eux ni de nous prêter man-forte en se repliant sur le Bas-Canada.

Le 5 mars 1648, un arrêt du conseil du roi régla le gouvernement du Canada Cette fois, la * constitution.” sous le nom de Conseil de Québec, était destinée à vivre quinze ou seize ans, contrairement à celles de 1645, 1646, ads qui n'avaient pas duré six mois chacune.

* On sait que les gentilshommes s'insurgèrent contre le règlement de 1647 qui leur enlevait leur gagne-pain, et entreprirent de le faire révoquer. Alors. ce même automne (1647) il y eut une nouvelle délégation des représentants des diverses classes. Les gentilshommes remportèrent cette fois (1648) une grande victoire; trois des leurs furent nommés au Conseil; les appointements du gouverneur général furent réduits de 25.010 ie es à 10,000 ;: on démembra son autorité en rendant le gouverneur des Trois-Rivières ‘ indépendant avec un salaire fixe de 3.000 livres.

Mais Villemarie—aussi bien que les jésuites—sut maintenir sa position, [l est vrai que les appointements de son gouverneur furent réduits de 19,000 francs à 3,000, mais voyez comme elle sut bien compenser cette perte : elle fit nommer comme gouverneur général, en remplacement de M. de Montmagny, Louis d'Ailleboust, le bras droit de Maisonneuve, et il fut entendu qu'à l'expiration de sa charge, le gouverneur siégerait au Conseil. Ce poste allait lui permettre de secourir puissamment la colonie de Montréal.”

!J.-Edmond Roy, L'Ordre de Malte en Amérique, pp. 40, 41, 42.

? Belmont, /listoire du Canada, p. 5.

Voir Faillon, II, 93-5,

+ M. de Montmagny avait été tenu de maintenir à ses frais un lieutenant-gouverneur à Trois-Rivières, (Faillon, Æistoire de la Colontie, XX, 88.)

5 Léon Gérin, dens La Science sociale, 1891, p. 563.

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