LE SÉRAIL DE COMPACT
Le soir du même jour, le « corps franc » s'arrêta pour camper au bord de TElaver et Corpact s'explic^ua enfin — au G Conseil » tenu après le repas.
D'emblée il résuma tout en disant :
— Nous avons sauvé le grand proconsul romain. Mais en l'enlevant — et nous ne pouvions faire autrement, — nous avons humilié l'illustre César. Voilà pourquoi il fallait ne pas avoir l'air de le reconnaître et commander le silence à tous.
Vercomir et Ductomar s'étonnaient de cette subtilité. La jeune greco-romaine appuya l'Aulercien.
— ' Corpact a raison. Et ce qui le prouve c'est que César ne s'est pas nommé. Il a cru, ou bien il a feint de croire qu'il n'était pas reconnu. Et quand Collovèze et Tulinax sont arrivés en vue du camp romain, il les a renvoyés, pour ne pas arriver parmi les siens reconduit par des Gaulois. Enfin, il n'a pas appelé devant lui Sigorex quand il a amené Flacius Livius et ses filles, et ce poète, qu'il nous fait conduire à Labénius, ne nous a pas remerciés de sa part.
■ — Le proconsul nous a dit merci en nous quittant, observa Ductomar.
— C'est le merci d'un Tribun ; ce n'est pas celui de César, répliqua Delphia.
— Bien, mais, à présent, pourquoi, Corpact, nous conduistu si vite vers Labiénus ?
— Parce que, si nous arrivons à temps pour lui être utile, le proconsul pourra nous récompenser de ce service sans avoir l'air d'acquitter la dette de César.
LE SEKAIL DE CORPACT I4j
— Et Flacius Livius, pourquoi l'avoir envoyé à César ? demanda le colosse rémois.
— Ne le regrette pas, Vercomir, il nous embarrassait ; ses filles ne nous servaient à rien. Auprès de César, il leur faudra bien raconter qu'ils nous doivent la vie.
« Que dis-tu de ce poète ? ajouta l'Auiercien, s'adressant à la jolie Grecque.
— Je crois que ce doit être un espion.
— Je le crois aussi.
— Mais il peut être chargé de nous recommander à Labiénus.
— Je l'ai supposé comme toi et c'est pourquoi j'ai donne l'ordre de le traiter avec égard.
Poète ou espion, Lucius Gracus, ce romain, d'une extrême jovialité, s'appliquait d'ailleurs à égayer tout le monde et particulièrement les chefs de l'expédition ; il fut vraiment pendant le voyage un si plaisant compagnon qu'il se fit aimer.
Le lendemain matin du premier campement où Corpact s'était expliqué, donnant complète satisfaction à ses amis, le « corps franc » rencontra un gros de cavalerie éduenne de 2.000 hommes environ, qui lui fut signalé par les éclaireurs du convoi.
Ces cavaliers, bivouaquant, étaient installés, sans vedettes pour les protéger, k l'ombre de la Hsière d'un petit bois, sur la rive gauche de l'Elaver.
Ductomar, mis en goût de batailles par la prouesse de l'avant- veille, proposa de surprendre ce parti de cavaliers ennemis, sans défiance, pour lui dérober ses armes et ses chevaux.
Cette motion fut adoptée.
Le « corps franc », ayant enveloppé en silence les cavaliers cduens, presque tous assis ou couchés à terre, se précipita
sur eux à un moment donné et en mit hors de combat plus de la moitié avant que le reste ait eu le temps de s'enfuir abandoruiant armes et bagages.
Ce fut un fort beau butin comprenant les montures, les armes, huit beaux chariots garnis de vivres et près de six cents esclaves, anciens soldats de Germanie et d'Helvétie, auxquels Vercomir eut l'idée d'offrir l'affranchissement, s'ils voulaient combattre sous leurs enseignes. Tous acceptèrent avec enthousiasme et reconnaissance. On s'empressa de les armer et de les équiper en les montant sur une partie des deux mille chevaux conquis, et la colonne, reformée, reprit sa marche accélérée, augmentée de six cents combattants.
Le jour suivant, l'armée indépendante campa au bord du Liger, très au-dessus de Cénabum, et le lendemain sa marche forcée lui permettait d'atteindre la rive gauche de la Sequana (la Seine).
L'ayant un peu plus tard franchie au-dessus de Melodunum (Melun), parce qu'ils avaient appris que Labiénus se trouvait devant Lutèce (Paris), sur la rive droite du fleuve, les trois amis ne tardèrent pas à parvenir à une très courte distance des légions du lieutenant de César.
Là il fallait députer un envoyé ai: général romain. vSigorex fut désigné par le sort pour cette mission.
Tout naturellement, le poète Lucius Gracus l'accompagna, puisque son but était de se rendre auprès de Labiénus.
Pendrit que l'on tenait conseil, en attendant le reto^^r de Sigorex, Delphid surprit ses amis par une réclamation.
— A^ous avez combattu à Gergovie, sans me prévenir. C'est une grave infraction à nos accords, puisque l'on ne doit rien faire sans l'avoir lécidé en Conseil préalablement.
-^ C'est juste, mais il faut admettre le cas où les circonstarices entraînent à des acico que Ton ne peut prévoir et d^ cuter par avance.