LE SÉRAIL DE CORPACT I
— Je te l'accorde, Coipact. Passe pour Gergovie. Cependant l'exception à cet engagement deviendra forcement la règle si je suis toujours tenue aux campements quand vous cerez tous trois à la bataille.
— C'est vrai, petite Delpliia, mais c'est inévitable.
— Pourquoi cela, Vercomir ?
— Parce que tu ne peux pas être avec nous dans les combats riposta Ductomar en souriaiit.
— Je prétends pourtant m'y trouver à l'avenir. Vous avez confié au plus âgé de vos voués, le vieux Lexivor, le commandement de nos deux cents chars de guerre ; or, j'entends désormais lui être adjointe et avoir placti sur son char de ••ommandemcnt,où six homjiies tiendraient à l'aise.
— Toi ? s'écrièrent les trois amis ensemble. ■ — Oui, moi, et mes oursons.'
— Mais, ils dévoreront Lexivor, tes ours !
Tox et Ma, le fils et la fille de l'ourse formidable tuée par Vercomir, étaient devenus, en effet, des fauves dangereux par leur taille et leur indépendance. Ils n'obéissaient qu'à la jeune fille, pour laquelle ils marquaient un attachement extrême, mais aussi une jalousie souvent importune.
— Tox et Ma, répondit Delphia, n'ont jamais grogné confie Lexivor ; c'est le seul d'entre vous qu'ils aiment. Je suis certaine qu'ils ne lui feront aucun mal.
— Tu ne peux pourtant pas prendre part à des luttes guerrières, reprit Corpact ; ta faiblesse...
— Lexivor est usé par l'âge et vous lui avez pourtant donné le commandement des chars.
— Il suffit qu'il ordonne et son expérience...
— Ma raison, que vous louez toujours, s'ajoutera à son expérience et mes ours nous feront plus redoutables que les meilleurs des autres chars.
Corpact resta court. Les trois amis avaient reconnu à la la jeune fille, depuis longtemps, voix délibérante en leur « Conseil » et voyaient bien qu'elle ne céderait pas à leurs prières s'ils insistaient pour la tenir à l'écart des dangers.
On fit jouer Lexivor, avec les deux ours, pour constater qu'ils ne lui étaient pas hostiles et Delphia eut gain de cause.
Au moment où cette épreuve émouvante s'achevait, vSigorex revint, annonçant que Labiénus attendait les Gaulois.
Peu après, Ductomar,Corpact, Vercomir et Delphia étaient introduits sous la tente de Labiénus, où se trouvaient les principaux chefs de ses quatre légions.
• — On m'a rapporté, dit le général romain, que vous avez sauvé à Cena.bum le romain Flacius Livius et ses filles ; qu'à Gergovie un tribun du proconsul vous a dû la liberté et la vie, et que vous avez défait deux mille cavaliers Eduens, sur les bords de l'Elaver. On m'a dit que vous venez pour m'offrir votre aide ici. Je connais vos forces et l'excellente ordonnance de vos troupes. Que voulez- vous faire ?
Corpact répondit au nom de ses amis et de Delphia :
— Les confédérés de Vercingétorix t'ont bloqué devant Lutèce, et nous n'avons pu arriver nous-mêmes par devant leurs lignes qu'en nous disant envoj^és par le roi des Arvernes pour te combattre.
— Lucius Graccus me l'a dit.
— Nous te débloquerons.
— Vous ne ferez pas avec une demi-légion ce que je ne puis faire avec quatre. Les forces qui nous environnent sont cinq ou six fois supérieures aux nôtres.
— Par où veux- tu passer pour aller rejoindre César ? Nous t'ouvrirons le chemin que tu choisiras.
Labiénus sourit de la présomption de ces paroles. Néanmoins, il répondit par bienveillance.
— Si la traversée du fleuve était possible, j'aurais déjà livré bataille contre le vieux Camuiogène, qui commande les troupes ennemies, des hauteurs de la rive gauche (mont Sainte- Geneviève) où il s'est retranché ; mais il a coupé les ponts