K XIV. - LE TRIOMPHE DE SÉPÉOS
Quatre décades de gladiateurs impériaux, cuirasses
d’or, succédèrent à ïlanechus et Lacero. Sipéos en commandait deux avec, comme lieutenant, Caïus Birus. — Cornelio et Ch^laïdès commandaient la troupe adverse.
Or, de nouveau, lors du salut des épées levées vers la loge impériale, Messalina vit Sépéos regarder vers les gradins supérieurs, adresser à Filiola, sans doute, l’invocation suprême avant la lutte. Tirant par la manche de sa tunique de sindon mauve, brochée de fleurs d’or dont les coeurs, les pistils et les étamines étaient des pierres précieuses, l’empereur Claude :
— Tiens! — dit-elle précipitamment.
— Ils mériteraient de mourir tous les deux.
— Ta pensée. César divin, sera, par mes ordres, exécutée. J’ai pris les mesures de ces deux cadavres, avant même que tu aies formulé ta juste sentence.
Cependant au milieu de l’arène rouge d’or, safranée, que k soleil tachait de plaques lumineuses, soixante hommes luttaient. Sépéos, très beau dans l’acier mat de son armure, campé en face de la loge impériale, combattait Ch^laïdès. îlessaline distinguait, sous la visière baissée, les lueurs terribles de ses ^eux comme une menace perpétuelle; elle ardait de colère et d’amour; admiratrice haineuse que son désir insatiable et vain exaspérait.
Hors de lui, le coeur débordant de tristesse et de courroux, Sépéos parait les coups de Ch^laïdès, poussait son adversaire de coups hâtifs, avec des hans d’efforts et des élans formidables, comme dans une hâte d’en finir. Toutes ses rancunes anciennes, ses douleurs — ravivées par la mort de Manechus, son unique ami, assassiné par une coquetterie de cette gueuse, Luxuria — remontaient, dans la détresse de son âme, refuaient à son cerveau bouillonnant d’une haine terrible.
L’IMPÉRATRICE NUE
Chylaïdès, soudain, courbé dans une fente si extraordinaire qu’il appuya légèrement à terre sa main gauche, tendant de la droite son glaive, fonça sur l’Egyptien. D’un bond, Sépéos avait évité t’attaque du Grec et, la pointe directe, revenait sur lui, l’atteignait à l’épaule. Le cri, joyeusement féroce, des habitués des jeux, retentit de l’arène aux cintres : « - Habetî Chytaïdèsl Age, Sépéos] Touché Chytaïdèsl Va, Sépéos i. L’Athénien chancelait, Sépéos lui adressa un nouveau coup droit en marchant sur lui, tête baissée, couvert par son bouclier jusqu’aux genoux. Sans plus aucun frein, sa fureur déchaînée, qui restait habile, voulait un apaisement. Chylaïdès avait, cette fois, la poitrine traversée jusque derrière le dos : Sépéos, parmi les vivats délirants de l’abjecte foule, retira du corps, qui tomba, son épée fumante d’où te sang chaud dégouttait.
Déjà Cornelio, vainqueur de Birus, était en face de lui. Les chocs de lames, les grinçants froissements de fer, les heurts des pointes sur les casques emplissaient le silence où palpitaient les souffles émus de ces milliers d’hommes et de femmes, angoissés d’attentes et de conjectures passionnées. Des cadavres gisaient, teignant de pourpre l’arène safranée.
Et soudain, de nouveau, les trompettes éclatèrent en fanfares stridentes.
Ah I comme Sépéos aurait souhaité l’Impératrice, entre ses mains l Comme il aurait voulu l’étreindre, la briser, faire craquer ses os entre ses bras nerveux, faire gicler son sang d’une décisive blessure. Ah comme il se repentait de l’avoir laissée échapper] Désormais, ni Filiola, par ses prières et ses raisonnements -de chrétienne, ni Manechus, son maître, — s’il était encore, avec son désir malheureux et inexorable, — ne seraient capables d’arrêter sa main, ne l’empêcheraient de poignarder ou d’étrangler la luxurieuse et la rosse, îlessaline. L’éclair d’une épée qui le frôla rendit à Sépéos toute sa présence d’esprit, pour lui faire ajouter son décisif effort à celui de sa décade. Deux hommes > libres d’adversaires entouraient Cornelio. Le chef valeureux de l’autre décade, implorant le peuple d’un rapide geste de la main gauche, d’où son bouclier avait chu, se défendait encore de la droite. Et le peuple, clamant d’une seule voix son nom, implora sa grâce et celle des sept survivants de sa troupe. — Tandis qu’on enlevait les cadavres, des cintres et du velarium tombèrent des parfums.