‹ L'orgie latineChapitre 51 sur 74 · PHALLOS · texte numérisé non relu

PHALLOS

( L’amant , en chlamyde vert tendre , à la poupe de la nef, aux voiles6 brunes, tient une colombe qu'il doit lâcher en prononçant le nom d’Eros) :

A l’entour de Cythère et ses temples antiques,

sur la mer, en tous sens, volaient des pigeons blancs :

ils emportaient des vœux et des parfums mystiques pour la Victorieuse aux yeux pers et troublants.

J'ai capturé l'un d'eux dans sa course éperdue, un oiseau de Cypris qui fuyait vers Paphos; un message fai mis dessous son aile aigue et je lui dis : « Va-t'en ! où te conduit Eros / »

[La colombe part dans le ciel bleu.)

Veille brune Smyrnéenne !

l'oiseau, trouvant le chemin, sans doute viendra demain.

Veille dès l'aube prochaine !

Je vais à l'Occident gagner des talents d'or, à Carthage, en Sicile et dans la péninsule, en y vendant des pots irisés d'un décor que des esclaves juifs peignent dans l'ergastule.

Et, pour les fiancés, j'emporte des anneaux ;

à Tanagra , j'ai pris un lot de statuettes ,

des danseuses surtout , rieuses et fluettes ;

pour les femmes, des fards athéniens , — nouveaux .

INTERLUDE

Butiner ses rouges lèvres , les fleurettes de ses seins }

V énerver de baisers mièvres , et fléchir Tare de ses reins !

( L’amante , en haut d’une terrasse au bord de la mer, à la colombe qui se perche sur son doigt en battant des ailes )

Te faisant déserter Amathonte et Cythère, il fa pris dans ses mains V amoureux oiseleur .

Mais Cypris est clémente et n'a point de colère qu’il mande vers ma bouche une vivante fleur .

Je la voyais , là-bas , sur V océan des vagues, des îles du baiser vers Chypre s'en venant.

Colombe , t'a-t-il dit le secret de nos âmes , celui qui sur les flots vogue vers le ponant ?

INTERLUDE

Dès l’aube , tu t’es posée sur le toit de la maison ; moi, j'écoutais la chanson du matin dans la rosée.

(Chrysis a découvert, dans le battement d'ailes, la petite correspondance ; elle la lit):

« O maîtresse aux yeux bleus , de la couleur du flot , je garde dans mon cœur la soif de tes délices , et ton sexe est, pour moi , l'astre du matelot, depuis que de ta chair je goûtai les calices.

A ta beauté je voue un amour immortel : au retour , tes joyaux prouveront la richesse de V amant animé d'une active tendresse qui rêve de parer ton corps comme un autel. »

( Approchant la colombe de ses lèvres.)

Je baise au bec , pour sa peine V oiseau, gentil sur ma main , qui, ce billet sous sa penne , a retrouvé le chemin.

INTERLUDE

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