‹ L'orgie latineChapitre 57 sur 74 · L’ESCLAVE · texte numérisé non relu

L’ESCLAVE

Précisément, il est dans l’atrium, attendant que César veuille bien recevoir sa vistte.

CLAUDE, ioyeux .

Ça, c'est de la chance. Qu’il entre!.. Jupiter n’^ verra goutte... Silius!... mon bon Silius 1... tu es un lo^al ami.

Entre Carullès, avec deux esclaves portant une table . des stylets } des tablettes, des pinceaux, un rouleau de parchemin vierge et de la cire. Le sceau de Rome pend à son cou.

MESSAL1NE, bas à Silius.

Ça y est! Un million de sesterces... C’est l’à compte.

SILIUS

Merci ! ma déesse !

Tandis que Claude , solennel, bégay~ des ordres, ils s’embrassent profondément , lèvres mêléet,

CLAUDE

C’est pour le maria... a... âge de ma femme, préteur.

1 Ul. - MARIAGE DE MESSALINE ET DE SILIUS

Le départ du fiancé.

Devant la maison de Catus Silius, à mi-côte du Quirinal, les invités, arnis du consul désigné, s’empressent. Ils viennent chercher l’époujc. R^onnsnt, en fanfares sonores, les trompettes de bronze et d’argent et les buccines. La foule clame sa joie sur le passage des sénateurs, des magistrats populaires, hurle, selon son habitude, quand elle voit apparaître quelqu’un de ceux à qui Ton attribue des mesures

vexatoires ou de trop sales infamies. Sur le seuil enguirlandé de roses, l'époux se tient, parmi ses intimes, en tunique safranée, avec la toge de pourpre des amis de César.

On le félicite. Des danseuses nues, au* sexes clos d’un bijou d’orfèvrerie gemmée, tourbillonnent, portant des fleurs symboliques. Silius monte en litière. Le cortège s’ébranle parmi les cris d’hymen et les vivats, pour se rendre à la Maison palatine, — où il doit se rencontrer avec rimpératricc.

Devant et derrière le cortège du consul très aimé les danseuses et les danseurs, grecs, numides ou d’Asie — vêtus de ga?es lamées et coiffés de mitres d’or, d’argent ou d’antimoine — marchent en dansant et virevoltent, tandis que Vibrent les violes, les lyres et les flûtes, que les trompettes et les buccines, de temps à autre, résonnent triomphalement et que strident les sistres et des tambours à grelots, agités par des Ibériennes aux noirs cheveux, aux yeux de flammes.

Et tous, sur le passage de Silius, l’acclament : i Hymen lo, Hymen lo, Hyménée !... »

La mariée.

SUR LE PALATIN. — Les deux cortèges de Silius et de Messaline, venus chacun de leur côté, sont arrivés en même temps devant le temple de Jupiter où, en haut des marches, les Vestales attendaient les époux*

Hessaline était portée sur tes épaules de vingt soldats numides, sur un large pavois, fleuri, par-dessus les draps d’amphitapus, de toutes les corolles connues au monde, pavois merveilleux formant un reposoir et un autel. Assise, au milieu, sur un trône d’or, i Impératrice esl nue voilée à peine d’une tunique améthyste, dont la couleur symbolise son rang et sa divinité. Un énorme scarabée d’or ouvragé, dont les ^eux, les antennes, les étytres et les ailes éplorées étaient faits de pierres précieuses, retient seul, sur l’épaule droite, ce Voile léger, fleuri d’iris jaunes et violets, où transparaît son corps merveilleux fleuri d’un iris noir.

t ^ors> — tan^s dansaient éperdument sur ia place les troupes d’histrions et de ballerines, - Messaline se dressa, parmi les clameurs du populaire, le jaillissement de toutes parts de chants et de cris d’hymen, laissa glisser sa tunique, et, sur son piédestal d’hommes et de fleurs* apparut splendide et vivante statue. Son corps, aux sveltes plénitudes, aux courbes gracieuses, se détachait sur les roses, pareilles à des bouches, aux roseurs délicates, aux pourpres ardents, aux blancheurs • pâmées, -sur le mauve des iris et le bleu suave des myosotis, semblant des v*ux minuscules et intenses, grands ouverts, au bas de ce marbre frissonnant et qui l'admiraient. Des clochettes de fuchsias comparables à des essaims de ballerines en miniature, aux multicolores jupes teintées de nuances vives ou apâlies; d’orgueilleuses tiges de glaïeuls d’or, rouges, safranées ou roses, ou bleues et constellées de tâches de sang; des clématites en touffes neigeuses, et des lilas violets, des ancolies et des anémones, des branches, de seringas, des fleurs de magnolias écloses en coupes, entouraient îlessalinc, l'encensaient de parfums.

Tout ce qui n’était pas Elle tombé à ses pieds, elle était toute nue

cf déesse. Des milliers de spectateurs enthousiastes saluèrent l’Impératrice nue, Flore et Vénus tout ensemble, et les voix de la foule clamaient ;

- Avt, diva Messalina. Rcgina floruml Salut, divine Messaline , Reine des fleurs!

Ses seins étaient plus beaux que les plus fraîches des pivoines blanches et rosées. Sa bouche saignait d’un rouge vivace au point d'éteindre l’incarnat des boutons de grenadiers fleuris. Ses veux d'or et d’améthystes paraissaient faits de pétales délicats et lucides des orchidées de l’Inde, baignés de lumière. Sa poitrine, marmoréenne, ses hanches renflées harmonieusement, ses cuisses longues, fermes et grasses, ses genoux lisses et blancs, ses pieds et sesvnains rosés, toutes ces magnificences palpitantes et vivantes, gonflées de sève amoureuse, semblaient d'une Olympienne qui, dans Rome, escortée des merveilles de la nature, serait descendue. Ave, diva! Regina floruml

La dot.

Quand le Flamine de Romutus, Dial, — vêtu de la loen'a blanche l longs poils, qu’attachait près de la gorge une broche d’or gemmée d’une grosse améthyste, et coiffé de la calotte à touffe de laine où s’érige, pointu, Tape* en bois d'olivier, — eût béni le mariage,

3e préteur compta à Silius le million de sesterces.

Des esclaves le chargent en un coffre sur le dos d’une mule, que deux affranchis conduisent vers la maison de Silius, où est ie Fo^er.

L’orgie nuptiale.

AUX JARDINS DE LUCULLUS. — Sur des triclinia, les invités des nouveaux époux boivent et mangent. Des bêtes entières, rôties, sont dépecées par les esclaves. On apporte des paons, des faisans parés de leurs plumes. Messaline s’amuse, très contente. Une truie, debout au milieu de marcassins de lait, domine la table. Et les faces ivres rient sous les couronnes de fleurs. Quelques jeunes femmes sont,

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déjà, à demi-nues. Et des parfums vaporisés tombent du vélum avec des pétales de roses effeuillées.

Des gladiateurs, par trois couples, combattent avec le glaive et le bouclier. Trois successivement tombent, baignant dans leur sang. Et tous applaudissent et s'exaltent. Des comédiens clament des vers. Enfin, des danseuses grecques mêlées à de sveltes négresses aux petits seins raides, — nues, blanches et noires, mais belles, — viennent en longues théories et portant d’immenses guirlandes odorantes. Elles dansent, en s’offrant avec des poses lascives. Hommes et femmes, excités jusqu’à la folie d’amour, s’enlacent. De ci, de là, des esclaves vigoureux emportent une Augustane qui s'abandonne et dont les voisins de lit sont trop ivres pour l’étreinte.

Hessaline, à présent, plus luxurieuse que jamais, célébrait, dans le palais, le simulacre d’une vendange parmi la splendeur de l’automne. Autour des pressoirs foulant les raisins, des cuves d’où coulait le Vin nouveau, des femmes ceinturées de peaux de bêtes s’ébattaient, sacrifiaient, bacchantes en folie. Lu*um, elle-même, les cheveux épars agitait un th^rse, le caressait, tandis que Silius, couronné de lierre, dirigeait le chœur lascif du balancement de sa tête et du frappement de ses cothurnes.

Enfin, Vers la douzième heure, les époux partent pour la maison quptiaie, tandis que les invités encore debout, brandissent des torches, jettent parmi les hoquets des : - « Hument loi Mais

l’orgie continue, et bientôt des patriciennes brament, vautrées sur les coussins en des poses d’offrande de plaisir, à qui ne répliquent plus leurs amants exténués, crient : — i Advcntant asini î i Tout! coup, m assène les 3 ncs demandés

Or, dans les jardins, où l’orgie du palais débordait, Vettius Valens, un jeune aruspice, distingué et protégé par l’impératrice, était grimpé sur la cime d’un arbre, d’où il indiquait, par un geste érotique, ce que faisaient en ce moment les nouveaux époux. Alors, plusieurs lui demandèrent, tout à coup, ce qu’il apercevait de là-haut, et l’aruspice, en gaîté, clama parmi les rires :

— Je vois venir d’Ostie une tempête épouvantable.

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