LE BOURREAU
Certes, mais ça ne m'amuse plus; ils font tous la même grimace!... C’est inouï, combien les hommes ont peu d’imagination dans la mort!
Pour cette fois, tu iras lentement et...
NARCISSE
Point du tout, l’important est d’en décapiter le plus possible. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de se distraire. Pour les jeujc habituels, n’as-tu pas tes esclaves?... Tiens, voici Pompeius Urbicus et Saufelius Trogus... Un seul bourreau ne suffira pas]
Sur un signe de Claude , des soldais s'emparent des deux coupables et les décapitent. Apres eux, viennent Titius Proculus, le garde du corps donné (ce qui n'était pas une sinécure , certes) par Silius à Messaline ; Decius Calpurnianus, le préfet du guet ; Sulpicius Rufus, intendant des jeux ; Vettius Valens et le grand Aruspice. Toutes les têtes de ces hommes suspects roulent aux pieds de l'Empereur qui contemplent ces exécutions d’un œil atone. C’était le tour de Césoninus, un beau garçon charmant. Voilà que vingt prétoriens superbes intercèdent ; et ses vices le sauvent. Claude est un peu écœuré par la vue et l’odeur du sang, quand le bourreau fait avancer l’histrion fameux, Mnester , qui déchire ses vêtements, se disculpe presque, se lamente avec quelque éloquence. Claude , ébranlé, penche vers la cléinence.
NARCISSE
Tu ne «ois pas. Divinité, qu’il joue encore la comédie?
Mnester est exécuté < malgré ses hurlements discourtois, qui allongèrent son supplice. Et c'est , maintenant, Traulus Moutonus, un jeune chevalier romain, de mœurs très régulières, mais de corps attirant. Messaline l'avait appelé et renvoyé dans la même nuit, le trouvant trop bête, et, d’ailleurs, passant vite du désir au dégoût.
Juncus Virgilianus, sénateur, se traînait aux pieds | de Claude, implorant sa grâce', et, voyant tous ces cadavres tronqués auxquels il allait ressembler , ses dents claquaient de terreur si bien qu'il ne pouvait quasi prononcer une parole ; * Cé..a Cé... Cé,.. César ! Pi... pi.,. / pi... pi... pitié ! » Narcisse indulgent, on ne sait pourquoi, opinait de la tête.
Nonl... Il m’aga... ga... ga... gace... Je n’aime pas qu’on bé..,bé... bé... bégaie plus -que moi.,. (Le sénateur perd la tète.) Et Silius?
NARCISSE
On vient de l'arrêter en plein Forum, le voici.
SIL1US, avec hauteur.
Que me reproche-t-on?...
CLAUDE
Ce qu’on... qu’on... te reproche?... Vraiment, la question est singulière!... Tu as volé la statue de mon père, les reliques des Auguste et des Tibère!... Tu m’as dévalisé... Tu t’es assis sur mon trône et tu as cou... cou... cou... couché dans mon lit!... Tu as pris mon Empire et ma femme! Tu t’es vau... vau... vautré dans ma pourpre!...
S1LIUS.
C’est bien, je suis prêt!.,.
CLAUDE, qui étrangle de rage .
Scélérat! Bandit! Chien! Pourceau!...
SILIUS
Cocu!... ( D’un geste, il ordonne inutilement au bourreau d’essuyer le billot , rouge en effet du sang et des caillots de ses prédécesseurs dont les têtes et les corps, séparés, gisent autour. Surmontant un peu de dégoût, il s’agenouille avec grâce.).,. Je meurs en beauté!...
CLAUDE
Cocu!... Toi aussi, Silius !.. . Je suis bien con... con... tent, j’ai le dernier mot.
Lt sang gicle la moelle du cerveau de Silius jaillit sur lés genoux de l'Empereu» , qui fait, mentalement, une comparaison libertine.