Cornet
L'église Saint-Thomas avait, de plus, un petit orgue. Cet instrument, abandonné, puis remis
1 Réunie au quintaton de 8, dit Adlung, le aGeigen- Regal» sonne presque comme un instrument à cordes.
2 Cromorne. Appelé aussi lituus (clairon) par Praetorius (Syntagma musicum. Tome II, G. i5, p. 40), Adlung nous donne cette facile étymologie : cor, et morne (triste, discret).
LA REGISTRATION ET LES ORNEMENTS l65
en usage, était, au temps de Bach, dans la tribune auprès du grand. On y remarquait un jeu de «Trichter- Régal» (Régale en entonnoir), sorte de voix humaine. Cet orgue servit à l'exécution de la Passion de saint Matthieu, concurremment avec l'autre.
Lorsqu'il jouait en présence d'étrangers, Bach aimait à les étonner par son originalité de registration. « Après avoir tout d'abord taxé de folie l'accouplement de certains jeux, dit Forkel l, ils étaient bien étonnés d'entendre l'admirable effet produit par cet accouplement, communiquant tout à coup à l'orgue une sonorité variée et originale qu'on se serait en vain efforcé d'atteindre par les anciennes mé thodes...
ce Pour essayer un orgue, la première chose qu'il faisait était de tirer tous les jeux et déjouer le grand orgue avec tous ses accouplements. Il avait l'habitude de dire, en forme de plaisanterie, qu'il désirait avant tout savoir si l'instrument avait de bons poumons. »
1 Vie, travaux et talents de Bach (trad. Grenier, p. 160 et i65).
l66 L'ORGUE DE JEAN-SÉBASTIEN BACH
A cet art de registration se joignait la facilité d'improvisation la plus féconde.
« Si des amis l'invitaient, en dehors du service religieux; et cela se présentait très souvent, à se faire entendre à l'orgue, écrit Kirnberger l, il choisissait un thème quelconque et s'en servait pour improviser dans toutes les formes de composition pour l'orgue, sans pour cela l'épuiser quand même il aurait joué, sans interruption pendant deux heures ou plus. Il l'employait d'abord pour un prélude et une fugue sur le grand-jeu. Puis, son habileté dans l'art de registrer se montrait dans un trio, un quatuor, etc., toujours sur le même thème. Venait un choral, et ce thème servait de contrepoint à la mélodie dans des imitations ingénieuses, à 3 ou 4 parties. Enfin, il concluait par une fugue à plein jeu, se rapportant au même thème, auquel il réunissait, les confondant, les premiers arrangements qu'il en avait faits. »
1 Die wahren Grundsâtze zum Gebrauch der Harmonie (Berlin 1773), p. 53. Cf. aussi Mizler ^Necrolog, p. 171) et Forkel (p. 22).
Pour les ornements, cadences, etc., Bach nous a laissé, dans une méthode destinée à son fils, Friedmann, une Explication (sic) des signes employés par lui pour noter ces ((agréments» qu'il appelle des manières. Le voici :
:fc=r-z=q
Mordant Trillo u. Mordant.
Trillo
CO /vw
Cadence — ^
Doppelcadence
idem
fi-0-t
ûCpttlf
Doppelcadence und Mordant
4St
~rr-j r~
idem
■zxt
Accent steigend {en montant)
Accent {attend (en descendant)
Accent u. Mordant
6Ht=
Accent u. Trillo
"efem
La plupart de ces ornements1 ne commencent pas, comme le tableau nous l'indique, sur la note qui en est marquée.
Cependant, si une cadence se trouve au début d'une pièce ou qu'elle agrémente un intervalle caractéristique (par exemple, dans la fugue en fa mineur), on devra énoncer tout d'abord la note essentielle. De même, si une telle résolution se trouvait en désaccord avec la marche des autres parties.
La mordante, — c'est le «pincé simple» ou
i Clavier-Bûchlein , vor Wilhelm Friedrnann Bach angefangen in Gôthen den 22. Januar, anno 1720.
pincement des Chambonnières, Couperin et Lé Bègue, qui l'avaient emprunté aux joueurs de luth l, — est généralement diatonique, avec cette restriction cependant que, si la note sur laquelle elle doit porter est marquée d'un accident, dans la même mesure, on doit l'observer en l'exécutant.
On doit jouer ces ornements « en valeur et sur le temps2»; cependant, il ne faudrait pas affecter une rigueur excessive à ce sujet ; Bach n'exigeait pas une telle précision et n'attachait pas à ces figures une importance si grande qu'elle ne lui permît, dans des copies faites par lui de mêmes pièces, de leur suppléer par d'à peu près équivalentes. Certaines sont, du reste, d'un emploi assez rare: par exemple, l'accent. Nous ne le trouvons employé, dans les pièces d'orgue du moins, que dans un arrangement du choral « Allein Gott in der Hôh' sei Ehr» (Gloria in excelsis). Cette pièce est on ne peut plus ornée
1 Cfr. A. Méreaux: «Les clavecinistes de 1637 à 1790. Tableau synoptique et comparatif de tous les agréments avec leurs signes et leur effet» (Heugel).
2 L. Diémer : « Les clavecinistes français du XVIIIe siècle» (Durand et Schœnwerk).
et nous présente la plupart des signes employés par Bach; nous empruntons à l'intéressant ouvrage de M. E. Dannreuther : « Musical Ornamentation » l , la transcription, en notation entière, des six premières mesures de ce choral. Un tel exemple sera plus instructif que tout ce que nous pourrions dire à ce propos, si le lecteur prend soin de comparer cette résolution au texte musical fourni par les éditions usuelles 2.
Adagio
ÈEB:
P8fa
1 Ce travail contient, avec de nombreux exemples, une étude sur l'« ornementation », de G. Diruta à J. S. Bach dans la première partie, de Ph. E. Bach à nos jours dans la seconde (Novello, Ewer et G°, éditeurs à Londres. — Paris, Librairie Fischbacher).