‹ L'orgue de Jean-Sébastien BachChapitre 51 sur 61 · P. VI · texte numérisé non relu

P. VI

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Mais, dans ce cas, Bach emploie une notation spéciale :

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Dans sa méthode de clavecin, Ph. E. Bach, parlant d'une telle figure (§ 24), s'exprime ainsi : «Il ne faut pas jouer trop vite la première note de cette figure, si la mesure est lente ou modérée : on devrait alors rester trop longtemps sur la seconde. On doit l'appuyer doucement, mais non la marteler violemment. »

«Jouez flautato», dit W. Rust1 au sujet, dans une partie d'orchestre, d'une telle indication : ce serait alors le coup de langue du flûtiste que l'on doit jouer, d'après Quantz (Essai d'une méthode pour apprendre à jouer de la Flûte traversière. Berlin 1752) avant le temps, c'est-à-dire que la

1 B. G. XIII, p. XVI. On retrouve aussi ce groupement dans la partie de flûte de Ta et in unum » delà messe en si mineur.

première des deux notes devrait être considérée comme écrite ainsi :

Dans une leçon de solfège de J. G. Walther i, faite en 1708, cette indication, appelée punctus serpens, signifie que les notes doivent être coulées, c'est-à-dire liées deux par deux. Voilà, sans doute, l'interprétation la plus juste, qui se rapprocherait assez de ce que S. Scheidt appelle «imitatio violistica».

A une telle exécution se rapportent, du reste, des notations analogues de Frescobaldi2 et de Muffat3.

1 L'autographe faisait partie'de la collection Ph. Spitta.

2 Toccata II (tibro I).

3 Toccata 6a (adagio) et Toccata 3a de l'«Apparatus musico-organisticus ».

Nous donnerons ici, pour faciliter la lecture de notre travail, un court aperçu de la vie de J. S. Bach.

Bach naquit le 21 mars i685 à Eisenach. Son père, Ambroise Bach, était musicien de ville; son oncle, Jean - Christophe Bach, organiste1.

1 Veit (Guy) Bach, né à Gotha, dans la deuxième moitié du XVIe siècle, était, dit-on, d'origine hongroise; on le considère comme l'ancêtre de la famille Bach. C'est le premier représentant de cette race de musiciens qui fournissait à la plupart des villes du centre de l'Allemagne des «cantors» et des organistes. A Erfurt, par exemple, la direction de la « musique du conseil» leur appartint de 1625 à 1735,, et même après leur disparition, on disait encore en parlant des musiciens de ville : les « Bach».

A dix ans, il perdit sa mère; Tannée suivante, son père, et fut recueilli par son frère aîné, organiste à Ohrdruf. Là il suivit les cours du lycée, où renseignement dé la musique tenait une large place ; aussi le choeur de chant formé par les élèves était renommé. Le jeune Jean-Sébastien, doué alors d'une jolie voix de soprano, en faisait partie, tout en travaillant le clavecin, sous la direction de son frère, élève de Pachelbel. Le zèle qu'il apportait à cette étude était tel qu'il déroba, pour le copier la nuit, à la lueur du clair de lune, un recueil de morceaux que son frère lui interdisait de jouer, voulant se réserver à lui seul le droit d'en vaincre les difficultés.

Il ne resta pas longtemps à la charge de ce dernier, dont la famille s'accroissait peu à peu. En 1700, sans doute sur la recommandation d'Elias Herda, «cantor» au lycée d'Ohrdruf, Bach est admis à l'école Saint-Michel de Lunebourg; mais ce n'est déjà plus tout à fait un élève; en échange de l'instruction générale qu'il recevait, il devait servir à ses camarades en quelque sorte de répétiteur pour le chant, tout au moins de coryphée. Lorsque sa voix fut dans la mue, ce qui se produisit bientôt, il fut chargé

de tenir le clavecin, pour accompagner les chœurs aux répétitions, ou de faire, à l'orchestre, une partie de violon ; il avait, en effet, appris cet instrument dès sa première enfance, son père étant bon violoniste. Il dut profiter alors des excellents conseils de Georges Bœhm, organiste à l'église Saint-Jean de Lunebourg et musicien de mérite; l'influence de ce dernier se trahit dans bien des compositions de lajeunesse de Bach, surtout dans des chorals. La situation de Lunebourg lui permit aussi, dès cette époque, d'aller à Hambourg — à pied — entendre Adam Reinken et Vincent Lûbeck, ou à Celle, où l'orchestre de la cour ducale exécutait de la musique française, alors à la mode, se plaint Matheson, non à cause d'une valeur que ce critique allemand lui dénie, mais simplement, — les derniers revers de la fin du règne de Louis XIV n'avaient pas encore terni cet éclat, — parce qu'elle était française.

En 1703, Bach quitte l'école Saint - Michel, ayant plus fait de musique, pendant qu'il y était, qu'il n'avait dû approfondir le programme, d'ailleurs assez restreint, des connaissances qu'on y pouvait acquérir : non que l'on ne s'en soit tenu,

pour lui, à une instruction par trop élémentaire, mais il fut de beaucoup inférieur, par sa culture intellectuelle, à la plupart des grands musiciens de son temps, — Haendel et Matheson, par exemple, — qui avaient été à r<r Université ».

Son peu de fortune ne lui aurait pas permis, d'ailleurs, de suivre de tels cours. Sorti de l'école Saint-Michel, il est obligé de se subvenir à lui-même; son talent de violoniste lui vient alors en aide, et c'est comme tel qu'on l'admet à Weimar, non pas dans l'orchestre de la cour, mais dans un orchestre que le frère de Wilhelm Ernst, duc régnant, le prince Johann Ernst, entretenait à ses frais. Il n'y fut pas longtemps ; dès l'été de 1703, à la suite d'un voyage à Arnstadt, où il s'est fait entendre sur l'orgue du Temple-Neuf, construit en 1701 par Wender, facteur de Mlihlhausen1, on lui offrit le poste d'organiste à cette église. La position était modeste (70 thalers de traitement), mais avantageuse pour Bach, qui pouvait se perfectionner à loisir dans le jeu de l'orgue et s'exercer à la composition pour les

1 Wender avait une certaine renommée locale, mais il e'tait inhabile et peu consciencieux.

voix; il avait, en effet, un chœur à diriger, et sa première cantate est datée d'Arnstadt. En outre, si maigre que soit son salaire, il lui permet de faire quelques économies pour faire le voyage de Lûbeck, près de Buxtehude, qu'il désirait dès longtemps connaître, car, si de son frère Christophe il avait reçu les méthodes de Pachelbel, Georges Bœhm, d'une autre école, lui avait déjà imposé ce dualisme dont naîtra, quand un autre élément s'y sera ajouté, par surcroît, son originalité propre. C'est à la faveur d'un congé, obtenu pour un mois, que Bach, à la fin d'octobre 1705, se rend d'Arnstadt à Lûbeck: il n'était de retour qu'en février 1706. De ce voyage il rapportait une virtuosité nouvelle et la susceptibilité d'un jeune artiste qui, dès maintenant, se croit un maître; la première déçut singulièrement la communauté. Il accompagnait à présent le choral avec la fantaisie exagérée de Buxtehude; les oreilles des fidèles ne pouvaient se faire à de telles fioritures, et, chose plus grave, leurs voix s'y méprenaient, et le choeur tombait dans le désarroi. D'où scandale, partant réprimande du consistoire. Bach n'avait-il pas, au surplus, singulièrement outrepassé les limites

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de son congé? et puis, pourquoi maintenant négligeait-il son chœur? plus jamais de musique? Et d'autres griefs encore... Piqué au vif, Bach répondit en affectant désormais l'excès opposé en accompagnant, et en livrant complètement à eux-mêmes ses choristes, qui le dégoûtaient par leur sottise et leur grossièreté. Pour le reste, il ne s'en expliqua point, mais chercha une autre place ; plus d'un an se passa en ces tiraillements. A la mort de G. Ahle, organiste à l'église Saint-Biaise de Muhlhausen, il brigua son poste : il lui échut à la suite d'un concours, et Bach s'y installa dans l'été de 1707. La même année il épouse sa cousine, Maria Barbara Bach (17 octobre).

La situation, au point de vue pécuniaire, n'était pas mauvaise lf mais l'orgue détestable. Aussi Bach n'eut-il de repos avant d'avoir obtenu du conseil une réparation ; il fit lui-même un devis, trouvé si judicieux qu'on l'approuva. Mais les travaux étaient à peine commencés que le duc de Saxe-Weimar, Wilhelm Ernst, lui fit

1 II touchait 85 thalers et avait divers avantages en nature.

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offrir la place d'organiste à la cour (1708). Bach accepta ; Mûhlhausen était en proie à des dissensions confessionnelles : piétistes et orthodoxes étaient en luttes ouvertes, où se perdaient les efforts de Bach à établir une «musique régulière toute pour la gloire de Dieu»1, dit-il luimême, à quoi, du reste, les piétistes s'opposaient par doctrine2; circonstance aggravante, le surintendant de l'église Saint-Biaise, Frohn, était un des plus ardents disciples de Spener, fondateur de la secte, et Bach, fermement attaché aux anciennes traditions, avait pris pour parrain de son premier enfant Eilmar, pasteur de l'église «Beatae Mariae Virginis», qui les défendait.

Bach passa neuf ans à Weimar ; ce temps fut pour lui le complément des études déjà faites, et le plus brillant de sa carrière de virtuose. Il se fait entendre dans les cours voisines, et sa réputation est assez grande pour mettre en fuite

1 Une de ses cantates « Gott ist mein Kônig» fut gravée à Mûhlhausen, en parties séparées, chezBrûckner (1708).

2 Gfr. Philipp Spitta. Johann Sébastian Bach. Vol. I, p. 354.

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Marchand, que Ton appelait alors le ((grand Marchand», convié, en 1717, à une sorte de tournoi musical avec lui. De nombreuses cantates marquent aussi cette période, ainsi que des œuvres de musique de chambre. Bach avait, en effet, dans les dernières années de son séjour, ajouté à son emploi d'organiste les fonctions, sinon le titre, de directeur de la musique de chambre à la cour, suppléant au vieux Drese, trop âgé pour les remplir effectivement. A la mort de ce dernier, à la fin de 1716, Bach espérait hériter de sa succession; il n'en fut rien, et ce manque d'égards le détermina à se rendre à l'appel que lui fit, Tannée suivante, le prince d'Ânhalt-Cœthen.

A Cœthen, plus d'orgue à tenir, plus de musique d'église à diriger, — le prince était calviniste, — mais d'autres fonctions, auxquelles Bach, bien préparé par sa nouvelle expérience acquise à Weimar, suffit en composant la plupart des suites et sonates de violon, de viole de gambe, de flûte, de clavecin; de plus, la première partie du clavecin bien tempéré, — ceci nous importe singulièrement pour la parenté qu'on peut établir entre des pièces d'orgue

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et des pièces de ce recueil, — est datée de Cœthen.

Une vie qui aurait pu, dès lors, être si calme, Bach traité comme un ami par son prince et n'ayant plus le souci que d'une musique intime, fut traversée, en 1720, par une catastrophe subite ; à son retour d'un voyage à Carlsbad, Bach retrouve son foyer désert : sa femme, Maria Barbara, était morte.

Bach, malgré sa douleur, dut se ressaisir assez vite, puisque, le 22 septembre de la même année, nous le voyons diriger, à Hambourg, la cantate : « Celui qui s'élève sera abaissé », et entraîner, par ses improvisations à l'orgue, Adam Reinken dans un élan d'admiration qu'il n'avait jamais eu que pour lui-même.

Resté seul avec des enfants en bas âge, Bach ne tarda pas à se remarier, cette fois avec une bonne musicienne, Anna Maria Wûlken, qui lui servit souvent de copiste et pour laquelle il composa diverses pièces (3 décembre 1721).

A la mort de Kuhnau , «canton) à l'école Saint-Thomas de Leipzig (1722), Bach pose sa candidature. Il n'était pas un inconnu à Leipzig, où l'on avait eu une assez grande confiance en

lui pour l'appeler, seul expert avec Kuhnau, à examiner l'orgue de l'église de l'Université, en 1717. Il y eut cependant quelques hésitations: Bach ne fut intronisé que le 3i mai 1723. Outre les leçons de musique et la direction des choeurs à Saint-Thomas et à Saint-Nicolas, le « cantor», troisième de l'école par ordre de préséance, avait encore certaines fonctions de surveillance et, de plus, des cours de latin à faire, ce dont Bach s'affranchit aussitôt qu'il le put.

Ce n'était pas, en somme, pour Bach une place très avantageuse par elle-même et où son indépendance soit sauvegardée; bien des tracasseries, en dehors d'un travail parfois accablant, lui étaient réservées de la part du directeur de l'école, ou, plus indirectes, de la part de musiciens envieux; malgré tous ces déboires et les difficultés de sa situation, adoucies, il est vrai, tant que le célèbre Gessner fut à la tête de l'école, Bach ne dut jamais songer à quitter cette place. En la sollicitant, il avait considéré les facilités qu'il en aurait pour élever sa famille, toujours plus nombreuse.

Nous avons signalé le petit nombre relatif de compositions pour orgue datant de cette pé-

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riode; il n'en fut pas de même pour les autres compositions de musique religieuse : sur 295 cantates, partagées en cinq années liturgiques, Bach en écrivit environ 266 à Leipzig; 5 «Passions», l'« Oratorio» de Noël (1734), de Pâques (1736), de F Ascension , de nombreux motets, composés de 1723 à 1734, — il ne nous en reste que quelques-uns de complets, d'autres sont apocryphes, — 4 ((messes brèves», la messe en si mineur, faite de 1730 à 1737, signalent aussi sa prodigieuse activité dans ce genre de musique. En outre, il ne reste pas sans écrire de nombreuses pièces de musique profane, les concertos pour plusieurs clavecins en particulier, publie des ouvrages d'étude qu'il grave luimême, et termine la deuxième partie du clavecin bien tempéré. Si nous ajoutons au temps consacré à ces travaux de composition le temps donné aux devoirs de sa charge, — leçons, répétitions, etc., — à de nombreux élèves, nous verrons pourquoi cette dernière époque est peu fertile en incidents biographiques. Nous devrons cependant signaler ce fameux voyage à Berlin en 1740, dernier triomphe du «vieux Bach». Ce fut à ces excès de fatigue que Bach dut de

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perdre la vue dans les dernières années ; la maladresse des chirurgiens fit le reste.

Bach mourut le 28 juillet 1760; il fut enterré dans le cimetière de Saint-Thomas, mais sa tombe est aujourd'hui perdue à la suite de transformations que Ton fit à ce cimetière à la fin du du siècle dernier.

DE

Edition de la Société Bach en 35 volumes gr. in-f°, (Texte allemand) à J7JO fr. le volume broché; 40 fr. le volume relié.

LEIPZIG, Breitkopf et Hartel, éditeurs, PARIS, Librairie Fischbacher.

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