L'orgue en France
Les histoires de la musique^ en général, les écrits sur l'org^te, en particulier, fourmillent d'erreurs et de méprises sur V origine^ les formes primitives, les développements intérieurs apportés au « j^oi des instruments », comme le nommait Guillaume de Machaut au xiv* siècle. Il est bon néanmoins de savoir, tant par saine curiosité que par le profit pratique quon peut en retirer, la manière dont est né, dont a grandi Pinstr^ument devenu si complexe de nos jours, encore que tious puissions y retrouver la sonorité des temps passés, si nous savons nous y prendre. C'est a combler cette lacune, et à satisfaire ce besoin de science musicale, que visent les études qui vont suivre.
Lorgne antique, autour duquel tant de commentateurs se sont égarés, n'a été r objet d'un t}\ivail vraiment scientifique que vers la fin du dernier siècle, avec Clément Loret, l'excellent organiste. Dans plusieurs études remarquables, il mettait au point, le plus complètement qu'on pouvait le faire, ce qui concernait la fameuse question de /'hydraule, qui fit couler tant d'encre ; Cl. Loret fixa définitivement le principe de sa soufflerie. Mais, depuis, la publication critique des Pneumatika de Héro d'Alexandrie, les documents recueillis ou les monuments f^eproduits, permirent de fixer un grand nombre des points restés jusqu'ici obscurs. Nous précisons donc et complétons, dans ces pages, les recherches et même les découvertes modernes faites à ce sujet, ne laissant dépeints d'interrogation qu'aux détails sur lesquels rien d'autre ne permet jusqu'ici d'être rensei-
Mais nous en savons asse'\ désormais pour mettre en pleine lumière la construction, la valeur, le rôle de l'orgue dans l'antiquité.
Et nous faisons ensuite le même travail sur l'orgue au moyen âge et jusqu'à l'aurore des temps modernes.
Que de Légendes, en effet, sur ce chapitre !
Les orgues frappées à coups de poings, que tant d'historiens de la musique voudraient nous faire admettre comme la base de l'art inslrumejital du moyen âge, ne résistent pas à l'examen des faits, et à la publication des pièces authentiques. Et il suffit de mentionner ici le talent magistral de M. Marcel Dupré, dont il fallut les doigts habiles pour faire applaudir tel trio du XII^ou du XI H'' siècle. Le rôle de l'orgue dans l' accompagnement, aussi bien que les progrès constants de sa facture^ dans la période de ce qu'on est convenu d'appeler le bas moyen âge, mon^ treront que ce n'est pas d'aujourd'hui que les grandes cathédrales ont connu la distinction entre le grand orgue et l'orgue de chœur.
Enfin, comme l'histoire doit être non seulement « le flambeau dupasse », ce qui serait peu, et cia-iosité puî^e, soutient vaine, mais le guide de l'avenir, on lira, dans ces pages, que le répertoire de nos pièces d'orgue peut être reculé bien au delà des périodes habituellement acceptées ; que divers styles que ïon croit très modernes ont déjà été autrefois pratiqués ; et que rifiterprétation la plus classique des grandes formes de la musique d'orgue ne peut que gagner de savoir comment les inte?prétaient, sur quels Jeux les exécutaient, les maîtres qui les créère7it et les perfectionnèrent^ — depuis Pérotin sur lorgne pri?nitif de Notre-Dame de Paris encore inachevée^ jusqu'à Titelou^e sur le fameux trente-deux pieds de Rouen, et à Claude Raquette, lointain successeur du premier^ qui faisait réso7iner de la variété des jeux et de formes neuves les voûtes de la cathédrale à l'époque de Louis XIII.